La délivrance d’un certificat environnemental au projet d’extraction de phosphate en mer porté par Namibian Marine Phosphate (NMP) par les autorités namibiennes suscite des inquiétudes chez des organisations environnementales et dans le secteur de la pêche. Ceux-ci redoutent les conséquences du dragage des fonds marins sur les écosystèmes et les ressources halieutiques.
Le certificat, délivré courant août, concerne le projet Sandpiper, situé à environ 120 kilomètres au large de Walvis Bay, dans l’ouest de la Namibie. NMP prévoit d’y extraire du phosphate, une matière première utilisée notamment dans la fabrication d’engrais.
L’autorisation environnementale ne permet toutefois pas, à elle seule, le démarrage immédiat de l’exploitation commerciale. L’entreprise indique devoir encore obtenir plusieurs autorisations, notamment celles nécessaires à la mise en place des infrastructures terrestres.
Le projet prévoit un dragage contrôlé d’environ 1,7 kilomètre carré de fonds marins par an, avec un objectif de production de trois millions de tonnes de concentré de phosphate par an. Selon NMP, la superficie concernée représenterait, sur les 20 années couvertes par le certificat, environ 0,002 % des fonds marins namibiens.
Risques pour les écosystèmes marins
La délivrance du certificat ravive cependant les inquiétudes liées aux conséquences environnementales de cette activité. Des scientifiques et des associations écologistes redoutent notamment la formation de nuages de sédiments lors du dragage et leur impact sur les habitats marins et les espèces présentes dans la zone.
La scientifique marine Bronwen Currie estime que l’excavation pourrait remettre en suspension des métaux lourds et d’autres substances présentes dans les sédiments. Selon elle, ces éléments pourraient affecter la chaîne alimentaire marine et, à terme, les stocks de poissons exploités commercialement.
Le spécialiste de l’environnement Peter Cunningham met également en garde contre les effets potentiels des nuages de sédiments sur les habitats marins, les zones de reproduction des écrevisses et les espèces en période de reproduction.
Ces inquiétudes sont particulièrement sensibles en Namibie, où la pêche commerciale constitue une activité économique importante. La Confédération des associations de pêche de Namibie aurait ainsi envisagé de contester la validité du certificat gouvernemental, selon des informations de presse.
Une première mondiale contestée
NMP affirme que le projet ne donnera pas lieu à une exploitation commerciale immédiate. L’entreprise, détenue à 85 % par une société minière basée à Oman, avait déjà obtenu une licence en 2011. Le projet avait toutefois été interrompu en 2013 en raison de préoccupations relatives à ses conséquences sur l’environnement marin et la pêche.
Si le projet aboutit, Sandpiper pourrait devenir la première exploitation commerciale au monde de phosphate par dragage des fonds marins à cette échelle, selon les organisations écologistes.
Ocean Conservation Namibia dénonce ainsi une activité dont les conséquences environnementales resteraient, selon elle, insuffisamment éprouvées. L’ONG estime que le projet pourrait exposer les habitats marins, la qualité de l’eau et les pêcheries à des risques importants.
Les opposants au projet soulignent également que l’exploitation de gisements de phosphate offshore a été abandonnée ou freinée dans d’autres pays en raison notamment des risques environnementaux et économiques. La délivrance du certificat namibien ne constitue donc pas encore le début de l’exploitation, mais elle marque une avancée majeure d’un projet qui continue de susciter de fortes réserves.
Avec AFP
