Catégorie : Opinions

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE Voiture électrique : sans fil ni fuel

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE Voiture électrique : sans fil ni fuel

    «They created a rechargeable world» : John Goodenough (physicien américain, né en 1922), Stanley Whittingham (chimiste anglais, né en 1941) et Akira Yoshino (chimiste japonais, né en 1948), ont donc créé un monde rechargeable depuis les téléphones mobiles jusqu’aux véhicules électriques en passant par les ordinateurs portables.

    La trouvaille de la batterie Lithium-ion aura préparé une Humanité sans fil ni fuel. Mais laisse en suspens les difficultés à recycler proprement le nickel et le cobalt contenus dans les batteries Li-ion.

    Goodenough, Whittingham Yoshino : récompensés du Prix Nobel 2019 de chimie, au moment même où leur invention risque d’apparaître obsolète au vu d’une autre technologie, moins coûteuse à produire, moins encombrante et cependant plus autonome, surtout moins problématique à recycler : la batterie Aluminium-air, qui fait à la planète l’économie d’une pollution collatérale par le nickel et le cobalt usagés.

    En 2014, le lundi de la semaine du Grand Prix de Formule 1, la start-up israélien Phinergy, en collaboration avec la société américaine Alcoa (Aluminium Company of America) et Hydro-Québec, avait lancé sur le circuit Gilles Villeneuve, une Citroën C1 électrique fonctionnant non avec des batteries au Lithium-ion, mais avec une batterie à l’Aluminium-air. Cinq ans plus tard, le géant pétrolier Indian Oil décide de financer l’usine où Phinergy fabriquera ses batteries Alu-air en Inde.

    Recherches et Développement : ces mots n’auront jamais eu autant de sens qu’à chaque révolution scientifique obligatoire. La transition vers l’automobile électrique a été fixée pour l’ensemble des pays européens à 2040, contraignant les constructeurs (les groupes Volkswagen et PSA-Fiat-Chrysler sont européens) à faire davantage que l’alibi écologique d’un modèle hybride allégeant une gamme riche en V6 turbo-diesel et autres six cylindres essence.

    Que le Lithium-ion semble aujourd’hui sur le point d’être supplanté par l’Aluminium-air n’annonce rien de définitif. Tesla serait en train de développer une batterie à base de graphène promettant 90% encore de capacité au bout de 1000 cycles de recharges rapides pour une autonomie de 800 km.

    Le thermique est bientôt mort, vive l’électrique. Mais, lequel ? La Pile zinc-air (NantEnergy : moitié moins chère que le Li-ion) ou la pile à électrolyte solide (par Innolith : 50.000 cycles de recharge contre 1000 au Li-ion) ? En 1969, les travaux sur le Li-ion avaient été financés par le pétrolier Exxon, pour anticiper la crise du pétrole qui s’annonçait. Les pétroliers se refont une bonne conscience écologique en investissant dans les recherches sur les énergies renouvelables : faire aussi pratique, aussi accessible, aussi autonome, mais plus propre, que les moteurs essence ou diesel. Et surtout aussi grand public.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE Soavimbahoaka, Ambatobe, Analamahitsy : maux ordinaires d’Antananarivo (3)

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE Soavimbahoaka, Ambatobe, Analamahitsy : maux ordinaires d’Antananarivo (3)

    À l’entrée du lycée technique d’Ampasampito, prendre vers Soavimbahoaka. Depuis 2011, y existe un sanctuaire dédié à Raphaël-Louis Rafiringa (1856-1919), premier Frère des Écoles Chrétiennes en 1876 et béatifié par le Pape Benoît XVI en 2009, devenant le deuxième Bienheureux malgache après Victoire Rasoamanarivo. Mais, les automobilistes sont trop pressés, trop stressés, trop énervés, pour s’y intéresser et aucun panneau ne le signale à d’éventuels «touristes».

    Les convois automobiles se faufilent ici, surtout pour échapper aux éternels embouteillages du rond-point d’Ampasampito, qui attend toujours son échangeur fly-over. Ce dispositif ne ferait plus se rentrer dedans les flux Nord-Sud (Nanisana-Avaradoha) et Est-Ouest (Ampandrianomby-Anjanahary). Pour la petite histoire, l’échangeur de la Porte de Bagnolet, à Paris, que connaissaient bien les équipages d’Air Madagascar logés au Novotel proche, fonctionne depuis 1969. Pour une approche plus visionnaire, refusant de sacrifier la marche humaine sur l’autel de la déesse bagnole, une promenade est proposée au coeur de cet échangeur : démarche de «reconquête des espaces publics».

    Mais, ici, loin du périphérique parisien (qui peut être passerelle ou se faire frontière), il s’agit de la petite rue qui part du cimetière d’Anjanahary pour descendre vers la station agricole de Nanisana. Autrefois, elle pu aurait pu s’appeler la «route du vin» avec le cépage Jacquez du vignoble de Soavimbahoaka : «since 1933» s’il n’avait pas disparu entretemps.

    La rue nous fait longer les ordures qui envahissent la chaussée. Sur ce monticule malodorant, au milieu d’une nuée de mouches, deux sans domicile entretiennent un brasero surréaliste par une chaleur caniculaire.

    Moins de chance pour «Le Pic Vert» à Ambatobe : les invités de cet «espace» vont devoir mettre une roue dans le gros tas d’ordures en surplomb immédiat de la pépinière arboricole du SNGF (silo nationale des graines forestières). Les arbres de la reforestation s’exportent moins que ne voyagent les microbes embarqués sur la gomme des Michelin et autres Good Year. On ne sait, avec leur odorat exacerbé, si les mouches préfèrent le fumet des mets fins servis aux tables d’à côté ou si elles se contentent des exhalaisons pestilentielles des ordures non ramassées.

    À Analamahitsy, juste à l’angle qui mène à ce qui fut la pépinière et jardin d’essais, jusqu’à ce que de mystérieuses affectations ne privatisent 80% des parcelles, le même topo d’une montagne d’ordures en bord de route. Soavimbahoaka, Ambatobe, Analamahitsy : topo de tout Antananarivo.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Pas de raccourci sur une île-continent

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Pas de raccourci sur une île-continent

    Une interview est forcément réductrice. De celle de la Française aux origines malgaches, Aurélie Champagne, sur Radio France internationale (30 octobre 2019), je n’aurai retenu que la naïveté d’une famille établie en France, donc un peu de la diaspora malgache, à croire pendant des années que le patronyme «Razafindrakoto» signifie «fils de prince».

    La diaspora malgache peut être tout à fait sympathique, mais pas à entretenir ce genre de cliché. Rakoto, ce serait à la rigueur l’aîné. Il est vrai que Radama II, avant son accession au trône en 1861, était familièrement appelé Rakoto ou Rakotondradama pour entretenir la fiction de sa parenté avec le roi Radama (1810-1828) : ce qui était biologiquement impossible parce que ce dernier est mort plus de neuf mois avant la naissance de Rakoto dont seule sa mère, la reine Ranavalona (1828-1861), connaissait exactement le père.

    Je n’ai pas encore lu le roman d’Aurélie Champagne, mais le teasing est un condensé éloquent des raccourcis du kit exotique : «ombiasy», «amulettes», «zébu». Heureusement, elle reconnaît dans une autre interview (Le Point, 5 août 2019) avoir «un rapport très distancié, voire fantasmatique, à l’île».

    L’île en question, est une très grande île avec son archipel intérieur, à multiples facettes, à coutumes très diverses, à CSP (catégorie socio-professionnelle) tout aussi complexes que dans n’importe quelle autre société d’ici ou de là-bas : selon que l’on soit de la capitale ou de la province, de la ville ou de la campagne, député MDRM à l’Assemblée nationale française ou rebelle dans la forêt de l’Est, universitaire ou analphabète, plutôt bar à bières ou évangéliste dans la brousse…

    Je suppose que pour un média international, il serait moins vendeur de parler de Madagascar sur le même mode, «pas d’amalgame, pas de cliché, pas de raccourci», dont on traiterait un sujet sur cette autre île qu’est l’Australie : là-bas, non plus, il n’y a pas que les Aborigènes et leur Uluru (ou Ayers Rock) désormais interdit aux touristes depuis le 26 octobre 2019 ; il n’y a pas non plus que l’équipe des Wallabies, double championne du monde de rugby ; il n’y a pas que les paysages du livre «Les oiseaux se cachent pour mourir» ou Nicole Kidman sur fond d’Outback dans le film «Australia». Entre le bush et Melbourne, c’est à peu près la même année-lumière qu’entre les maquis de Moramanga en mars 1947 et le Sommet 2016 de la Francophonie à Antananarivo.

    J’aurai sans doute l’occasion de lire «Zébu Boy» (éditions Toussaint Louverture, août 2019). Et ce serait l’objet d’une autre chronique Antranonkala sur les «pleins pouvoirs littéraires» qu’Aurélie Champagne s’est accordée.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE Antaninarenina : maux ordinaires d’Antananarivo (2)

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE Antaninarenina : maux ordinaires d’Antananarivo (2)

    L’esplanade d’Antaninarenina devient infréquentable. Sur les photos d’antan, on voit un jardin bien entretenu, pas l’ombre d’un marchand ambulant, des voitures bien alignées. Carte postale, me diriez-vous. Mais si, justement.

    Carte postale d’une époque où la discipline régnait encore. Une longue éducation, patiemment inculquée et rigoureusement appliquée, avait fait que les gens respectaient l’ordre et la propreté. Propre chez soi, propre sur soi, propre et ordonné dans l’espace public.

    Carte postale d’une époque où la rigueur ne tolérait pas qu’un parking pour dix voitures en accueille le double en quinconce, de travers, mais surtout n’importe comment. Aujourd’hui, c’est un spectacle navrant quotidien depuis l’ancienne place de la Pergola jusque devant Le Buffet du Jardin et les anciens Grands Magasins de Madagascar. Les taxis squattent la moitié des places et ne sont pas les derniers à faire fi du Code de la route, coupant en sens interdit directement depuis l’ancien Comptoir National d’Escompte, dont le dôme répondait à son homologue de l’actuelle banque BMOI, avant qu’une faute de goût qui a trouvé mécène ne ponde ce bâtiment sans personnalité.

    Carte postale d’un bon vieux temps qui n’a pas connu sur l’esplanade d’Antaninarenina des stands de friperies cohabiter avec des étals d’huîtres sans aucun dispositif de refroidissement par un temps caniculaire. En attendant que tout le monde prenne plat auprès du marchand de «vary sy laoka» : de vrais «fatapera» qui brûlent du vrai charbon arraché à la forêt de l’Est. Le siège de l’Office National de l’Environnement est juste de l’autre côté de la rue.

    En fin d’après-midi, les pavés de la place portent les stigmates bientôt indélébiles de la graisse que personne n’a pensé nettoyer. Il faut attendre la nuit pour que la place retrouve une tranquillité douteuse. Alors, l’esplanade, pourtant située dans l’exact prolongement du palais d’Ambohitsorohitra, dont elle est en quelque sorte le parvis, est plongée dans le noir, faute d’éclairage public. Une obscurité inquiétante et menaçante qui rend aventureuse une simple pérégrination vers Analakely et ses commerces nocturnes.

    Jusqu’en 1895, un marché aux esclaves se tenait encore à Antaninarenina, quelque part à l’emplacement de l’ancien cinéma Roxy. Carte postale d’odeurs trop humaines, de bruits de pièces qui passent d’acquéreur à maquignon, de pleurs de familles qu’on sépare. Peu reluisant. C’est pourtant la pensée terrible qui me vient devant Antaninarenina qui dégénère en cloaque ordinaire du tiers-monde.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE Soanierana : maux ordinaires d’Antananarivo

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE Soanierana : maux ordinaires d’Antananarivo

    Lalàna Andriamanantena Georges : la carte Google faisant foi, cet ancien nom n’a donc pas complètement disparu même si l’usage lui a préféré les noms plus génériques de Fiadanana et de Soanierana. Il s’agit de la route pavée qui relie le carrefour Tsimbazaza-Ankadilalana à Soanierana, depuis les anciens bureaux du Fivondronana d’Antananarivo jusqu’aux deux camps militaires de «RTS» et «CAPSAT».

    Rue Georges Andriamanantena, le seul à retenir parmi les inconnus dont l’administration municipale d’une époque «progressiste», sous prétexte de dé-franciser les noms de rue de la Capitale, a fantaisistement affublé les rues de ce quartier en particulier, et d’Antananarivo en général.

    Fiadanana-Soanierana ou le parfait condensé de la réalité quotidienne d’une Ville abandonnée à elle-même.

    SALETÉ. Devant le portail de Capsat, s’amoncellent des ordures dont les strates vieilles de plusieurs jours de non-ramassage ressemblent à quelque cloaque archéologique. Une odeur pestilentielle est propagée par une rigole qui envahit la chaussée. Sur le trottoir opposé, un commerce de charcuterie et glaces, plusieurs épiceries de marchandises générales, une échoppe de petite quincaillerie, un «trano manga» de mofo gasy et ramanonaka… Habitude ou résignation, fatalisme : personne ne semble incommodé du spectacle et de la puanteur des ordures. D’autres ordures, en face de la Brigade des recherches ou à portée de vue des bureaux municipaux d’Ankadilalana attendent d’être ramassées. En attendant, un vent sec et poussiéreux en éparpille alentour débris et microbes.

    SALETÉ TOUJOURS. Des riverains, particuliers logés à l’ancienne ou professionnels dans des locaux patentés sans les commodités réglementaires minimales, jettent directement aux égoûts des seaux d’un liquide des plus douteux. En face, on devine l’improbable cours d’éducation civique dans les classes du Collège catholique Maria Manampy : comment expliquer aux enfants que cette odeur-là, justement, est celle de l’incivisme qu’aucun sous-développement ne saurait excuser ? D’ailleurs, la ruelle attenante, entre les deux Collèges, Sainte-Chantal et Maria Manampy, empeste la pisse et d’autres déjections très humaines. Le cours d’éducation civique devient réquisitoire contre la dégueulasserie de bien de congénères, malheureusement compatriotes, auxquels on accorde encore le droit de vote.

    INCIVISME. Parlons-en. Il y a encore quarante ans, subsistaient derrière les murs du CEG (Collège d’Enseignement Général) de Tsimbazaza, et au pied de l’Église catholique de Soanierana, les gradins d’un ancien amphithéâtre comme celui d’Antsahamanitra. Quels permis de squatter le domaine public et autorisation de construire après occupation de mauvaise foi ont fait qu’aujourd’hui s’y entassent plusieurs maisons particulières ?

    INCIVISME TOUJOURS. Devant le portail du camp militaire, avait autrefois été établi le terminus de la ligne 13 des taxibe. De nos jours, aux côtés de boxes provisoirement précaires dont on devine qu’un rien de fait accompli leur donnera un ancrage définitif, s’improvise un parking de jour, le camp militaire ouvrant sa forteresse au parking de nuit. Les militaires ne sont pas des policiers, mais peut-être les premiers seraient avisés de signaler aux seconds, dans quelque EM-Mixte-O, ces automobilistes qui prennent en sens interdit les deux axes Soanierana-Ankadimbahoaka et Ankaditoho-Antampon’i Soanierana.

    INFRASTRUCTURES. Je parle décidément d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : devant ce qui fut un «Magasin M», la chaussée en pavés s’effondre sur elle-même comme peuvent en témoigner les nombreux automobilistes venant de Iavoloha ou Tanjombato qui, le matin, contournent les embouteillages d’Andrefan’Ambohijanahary pour se retrouver nez-à-nez, calandre-à-calandre, pare-choc contre pare-choc, avec le flux qui arrive de Mahamasina. Difficile de croire qu’il y a quarante ans, cette rue était librement à double-sens : aucun véhicule n’en encombrait en permanence la moitié de la chaussée, transformée en parking.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La politique de notre géographie

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La politique de notre géographie

    On parle des «îles malgaches» ou des «îles éparses», mais c’est oublier que «Madagascar et dépendances» compte 263 îlots dont certains sont propriété privée. Que savent nos écoliers des Nosy Lava, Nosy Mitsio, Nosy Ankarea, Nosy Tsarabanjina, Nosy Sakatia, Nosy Komba, Nosy Ankazoberavina, Nosy Iranja, Nosy Saba…

    Nos cours d’histo-géo ne nous apprennent que le strict minimum : la formidable superficie de la «Grande île» qui en fait la cinquième plus grande île du Monde, laissant déjà de côté les pourtant très courues Nosy Be et Saint-Marie. Bien peu d’entre nous connaissent la baie de Moramba (14E53.34 – 47E20.40) dont les ilots évoquent, dit-on, ceux de la baie d’Along en Thaïlande.

    À une époque, fleurant bon les manuels concoctés sous d’autres cieux, on disait volontiers que Madagascar, c’est la France et le Bénélux réunis. Une référence franco-centrée. Et Madagascar, dont on savait qu’elle est un archipel intérieur de dix-huit ethnies, se découvre être archipel extérieur avec ses dépendances sans contestation et les «îles malgaches : Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India, Europa» que l’administration gaullienne lui a soustraites en avril 1960.

    Cette réclamation de souveraineté commence dans les manuels de géographie, à l’édification des plus jeunes pour leur donner envie d’une discipline finalement fondamentale dans la souveraineté d’un pays. Savoir que Europa, à 330 km au Nord-Ouest de Tuléar, est l’île éparse la plus vaste avec ses 3000 hectares. Savoir que Juan de Nova (17S03 – 42E43 : 4,4 km2), «découverte» par le Portugais Joao de Noua en 1506, est l’île éparse la plus proche de Madagascar, à 150 kms au large de Tambohorano (mais à seulement 285 km de l’Afrique).

    Les «îles malgaches» portent des noms bien peu malgaches : Les Glorieuses (11S31.24 – 47E22.05 : 7,7 km2), Juan de Nova, Bassas da India (21S27.51 – 39E37.45 : 0,2 km2), Europa. Si les riverains malgaches, qui avaient pu les fréquenter, les avaient nommées, c’est à une Société de Géographique malgache d’en établir la traçabilité.

    «Un État a la politique de sa géographie» disait un Corse célèbre, Napoléon. Fondée le 15 décembre 1821, dont par de nombreux compagnons de la Campagne d’Égypte de Bonaparte, la Société de Géographie de Paris au 184, Boulevard Saint-Germain, revendique fièrement d’être «la plus ancienne Société de Géographie du Monde» : devant Berlin (1828), Londres (1830), Francfort (1836) Mexico (1859), Saint-Pétersbourg (1845), New York (1852), Vienne (1856), Genève (1858).

    Les Maréchaux Gallieni et Lyautey, anciens de Madagascar, en furent sociétaires. Guillaume Grandidier (1873-1957), autre ancien de Madagascar, en fut le Secrétaire général. Son père, Alfred Grandidier (1836-1921), mourut quelques mois juste avant le centenaire de la Société de Géographie de Paris. Les Grandidier père et fils, explorateurs inlassables des contrées malgaches, ont légué un monument historique, géographique et ethnographique, aujourd’hui encore inégalé sur Madagascar. Il faudra nous souvenir qu’un État a aussi la souveraineté des cartes géographiques établies par ses soins.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : À propos des îles malgaches

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : À propos des îles malgaches

    Voilà bientôt 40 ans, le 12 novembre 1979, le Représentant permanent de Madagascar auprès de l’ONU demandait au Secrétaire Général l’inscription à l’ordre du jour de la 34ème session de l’Assemblée Générale «la question des îles malgaches Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India». Et, depuis sa 36ème session, l’Assemblée Générale inscrit régulièrement cette question des îles malgaches à son ordre du jour provisoire. L’Assemblée Générale en sera bientôt à sa 75ème session.

    Ces quarante ans, c’est exactement le temps écoulé depuis la «jurisprudence malgache» de 1979, conclue par la Résolution A/RES/34/91 du 12 décembre 1979 : «Invite le Gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le Gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées, qui ont été arbitrairement séparées de Madagascar ; Demande au Gouvernement français de rapporter les mesures portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de Madagascar et de s’abstenir d’en prendre d’autres qui auraient le même effet».

    L’argumentaire malgache relevait les contradictions dans la position française : «La France, jusqu’en 1960, n’a cessé de confirmer l’unité organique de Madagascar et de ces îles, consacrée juridiquement par la loi d’annexion du 6 août 1896, déclarant «Madagascar et les îles qui en dépendent» colonie française et réaffirmée par les décrets du 9 septembre 1899, du 8 avril 1908 et du 23 février 1918 pour l’archipel des Glorieuses, par les arrêtés du 21 novembre 1921 et du 16 juin 1932 pour Juan de Nova et par l’arrêté du 20 décembre 1949 pour Europa».

    Le droit international, c’est cette résolution onusienne 34/91 de 1979 dont on s’empresse de préciser qu’elle n’a pas valeur contraignante. Mais, du droit international, on sait ce qu’il en a toujours advenu : selon qu’on soit du bon ou du mauvais côté d’un Traité (Vienne 1815, Versailles 1919, Yalta 1945…), selon qu’on soit Turc ou Kurde, selon qu’on soit Britannique ou Mauricien, selon qu’on soit Français ou Malgache.

    L’autre 23 octobre 2019, s’ouvrait à Sotchi, le premier Sommet Russie-Afrique/Océan Indien (tout comme nommer «les îles malgaches», c’est se les approprier, protester de l’Indianocéanie devient une posture insulaire existentielle). La Russie s’était abstenue lors du vote de la Résolution du 22 juin 2017, proposée par l’île Maurice pour faire également de la question de Chagos une affaire de décolonisation inachevée. Mais, l’intérêt manifeste de deux membres permanents du Conseil de Sécurité, la Chine (inauguré en 2000, le Forum Chine-Afrique/Océan Indien en est à sa huitième édition) et la Russie, pour cette région du monde, doit être encouragé par une posture autochtone «sans exclusive, ni exclusivité».

  • LA GLORIEUSE COLONIE EN 2019

    LA GLORIEUSE COLONIE EN 2019

    Pendant que l’actualité locale dirigeait nos yeux vers la pénurie de carburant, ou sur la ville soleil à venir, le monde tournait, et vite. Emmanuel Macron ne fait ni une ni deux, se pose dans la zone des îles Éparses, plus précisément l’île de la Grande Glorieuse, pour y déclarer « c’est la France ». Gloups…

    Sauf erreur, sans refaire toute l’histoire de Madagascar depuis son indépendance, tout en sachant que Macron n’est pas venu en « colonie » de vacances sur un territoire bien malgache (en théorie certes, car l’armée française y est présente en signe de paix, et que depuis 2007 les îles Éparses sont considérées en tant que 5ème district des Terres Australes et Antarctiques françaises [TAAF]), et qu’en date du 29 mai 2019, il avait convenu « un vrai dialogue, un travail politique, pour aboutir à une solution commune », propos du président de la République française qu’il ne saurait nier, on pouvait donc s’attendre à une approche différente et moins souverainiste, pour ne pas dire colonialiste avec un « (ici) c’est la France ».

    Certes, il serait cloué au pilori dans l’Hexagone, si dans les prochains mois [ndlr : avant le 26 juin 2020], Macron ne venait pas à obtenir un bon accord avec Madagascar sur le dossier des îles Éparses, mais franchement, là, ce n’est pas en prétextant la défense de l’environnement et le développement de la recherche, pour mettre la charrue avant les bœufs et ridiculiser tout simplement Madagascar. « Un sujet qui méritait mieux que les recours juridictionnels, les contentieux, et les mauvais débats » disait-il en mai, et pourtant tout semble donner l’envie de faire le contraire.

    Si Macron, avait le style diplomatique de Trump (ne change rien dans le fond, juste différent dans la forme), il est fort à parier qu’on pourrait lui porter ses propos : « On discute si tu veux, mais ici c’est la France ».

    * www.2424.mg est un média en ligne francophone, qui partage les valeurs véhiculées par la France, sa culture, notre histoire commune, qui prône la fraternité entre les peuples, mais est et restera « indépendant » [ndlr : ni voir aucun lien avec les îles Éparses, ni sarcasme, une simple formule journalistique]

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Message français depuis la Glorieuse

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Message français depuis la Glorieuse

    Ironie et hasard des calendriers. Le jour même, et à la même heure, où le président français Emmanuel Macron mettait les pieds sur l’île de la grande Glorieuse, une réunion convoquée par les ministères de l’Environnement et des Affaires étrangères devait valider le «chapitre Madagascar dans l’Atlas régional de l’Océan Indien occidental des Aires Marines Protégées» avec comme enjeu l’opposition à l’intention de la France d’inclure dans ses AMPs les îles Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa dont Madagascar revendique la propriété.

    Sur l’île de la «Grande Glorieuse», le président français, après un long développement sur un «nouveau modèle» axé sur la préservation de la biodiversité, a lâché un «(Ici), c’est la France». Décolonisation inachevée lui reproche-t-on depuis Madagascar : mais, Emmanuel Macron sera accusé de haute trahison s’il lâchait un seul centimètre carré de «terre française». Le grand public français, à 10.000 kms, ignore ces îles dans le Canal de Mozambique, mais l’opposition souverainiste et nationaliste se tient vraisemblablement à l’affût du moindre faux-pas.

    Du côté comorien, le président Ahmed Abdallah avait revendiqué les îles Glorieuses, le 18 janvier 1980, lors d’une visite à Paris : «les îles Glorieuses appartiennent aux Comores en raison de la proximité avec le banc du Geyser. Dès que nous aurons récupéré Mayotte, nous revendiquerons officiellement les Glorieuses». Cependant, sur le plan géographique, les îles Glorieuses sont plus proches du Cap d’Ambre ou de Nosy-Be (222 km) que de Mayotte (253 km). Sur le plan politique, Mayotte avait choisi de rester française par le premier référendum du 22 décembre 1974 : 5.110 OUI (36,18%) contre 8.783 NON (63,82%). Un second référendum du 8 février 1976 confirmera ce choix à 99,4%. Enfin, le 29 mars 2009, les Mahorais acceptèrent que leur île devienne le 101ème département de France.

    Dans un premier processus d’appropriation, Madagascar a décidé de renoncer au (trop) générique «îles éparses» pour parler des «îles malgaches». Malgré quatre décennies de revendications portées par trois présidents de la République (Didier Ratsiraka, Hery Rajaonarimampianina, Andry Rajoelina), nous n’en sommes qu’au tout début d’un long et complexe processus.

     

     

     

     

     

     

     

     

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mahaleo éternel

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mahaleo éternel

    La mort de Fafah, chanteur du groupe Mahaleo, est l’occasion d’insister sur la valeur ajoutée de ce groupe mythique. «Ailleurs, ils seraient des stars : ici, ils sont sociologues, médecins, acteurs du développement paysan».

    La notoriété de Mahaleo n’est plus à démontrer depuis le premier concert en 1972 jusqu’à l’ultime représentation en date de ce mois d’octobre 2019, en passant par les séries des «cinq heures fois trois jours d’affilée» d’il y a une petite trentaine d’années. Trois générations différentes se retrouvent autour des mêmes mélodies, que tout le monde connaît par cœur.

    Leurs fans ont grandi avec les membres du groupe : c’est ce qui permet cette symbiose presque familiale. Raoul était de 1951, Nônô de 1952, Fafah de 1954. Parmi les survivants du groupe, Bekoto (1953) fait désormais office de doyen, mais guère plus vieux que Charles, Dama et Dadah (tous de 1954). Ceux de leur génération, jeunes sexagénaires, ont maintenant l’âge d’être grands-parents. Ceux qui, comme nous, les ont découverts à l’adolescence, ont grandi avec leurs chansons pour plus tard les transmettre, presque sans faire exprès : je me surprends à émouvoir ma fille en lui annonçant la mort de Fafah, dont elle fredonne les duos avec Dadah…

    On peut tout faire avec le répertoire des Mahaleo : se laisser aller à la mélancolie en solitaire, faire la fête avec des amis, feu-de-camper en famille, draguer à l’insu de tout le monde, se languir de Madagascar à un rassemblement de la diaspora malgache, et plus rarement jouer les exégèses de leurs textes.

    La «variété» malgache de ces années 1970s parle un malgache tellement simple mais tellement pur à la fois. Un jour, on ira chercher des mots oubliés et des expressions qui sembleront doucement désuètes dans les chansons des Mahaleo, Lôlô sy ny Tariny, Erick Manana. Des mots pourtant de tous les jours, mais consacrés parce qu’ils ont gardé quelque chose, un vieux fonds, d’aucuns diraient la quintessence.

    Rien qu’à ce titre, Mahaleo rejoint à mon panthéon païen, Air Madagascar et la THB.