Le Canada imposera à partir du 8 septembre des droits de douane de 15 à 50 % sur plusieurs produits importés des Etats-Unis, en réponse aux nouvelles surtaxes décidées par Washington. Ottawa prévient également qu’il prendra des mesures supplémentaires si le secteur automobile canadien est à son tour davantage taxé par les Etats-Unis.
Les nouvelles surtaxes canadiennes concerneront notamment l’acier et les produits laitiers, mais aussi le matériel agricole, les produits de l’industrie du papier, les équipements électroniques et les appareils électroménagers. Leur niveau sera fixé à 15, 25 ou 50 %. Le montant des droits canadiens correspondra, “au dollar près”, à celui des surtaxes américaines appliquées depuis samedi aux produits canadiens, a précisé le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.
Le gouvernement canadien affirme ne pas avoir souhaité engager cette nouvelle phase du conflit commercial avec Washington. “Nous n’avons pas choisi” cette guerre commerciale, qui constitue un “défi sans précédent” pour le Canada, a déclaré François-Philippe Champagne, rappelant que les Etats-Unis restent de loin le principal partenaire commercial du pays. Ottawa assure néanmoins vouloir maintenir une réponse commune face aux mesures américaines. “Le Canada n’acceptera jamais qu’un autre pays lui dicte la voie à suivre*, a ajouté le ministre.
Le Premier ministre Mark Carney avait annoncé vendredi la rupture des négociations commerciales avec Washington, estimant que les conditions proposées par l’administration américaine étaient injustes. En réaction, les Etats-Unis appliquent depuis samedi de nouvelles surtaxes sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, notamment le ciment, les boissons alcoolisées et les crosses de hockey. Certaines de ces mesures concernent également des produits jusque-là couverts par l’Accord Canada-Etats-Unis-Mexique (ACEUM).
La tension s’est également accrue autour de l’automobile. Donald Trump a annoncé lundi que les droits de douane américains sur les véhicules et les produits automobiles, déjà affectés par son offensive commerciale, pourraient passer de 25 à 50 % au 1er janvier prochain. “Bien évidemment, nous riposterons” si cette hausse se concrétise, a déclaré la ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, assurant que le gouvernement défendrait les emplois du secteur.
Ottawa a parallèlement annoncé une enveloppe de 7,5 milliards de dollars canadiens, soit environ 4,6 milliards d’euros, pour accompagner les entreprises affectées par les droits de douane. Les mesures doivent notamment renforcer leur trésorerie, soutenir l’indemnisation du chômage et financer un “Fonds de diversification pour un Canada fort”, destiné à aider les secteurs concernés à développer de nouveaux débouchés à l’exportation. Le gouvernement encourage également les consommateurs à privilégier les produits nationaux. “Acheter Canadien a plus de sens que jamais”, a déclaré François-Philippe Champagne.
La stratégie de Mark Carney intervient alors que l’économie canadienne tente de se redresser après une récession technique au premier trimestre. Le renforcement des tensions commerciales avec Washington fait peser de nouvelles incertitudes sur les perspectives économiques du pays.
La décision du gouvernement bénéficie toutefois d’un soutien majoritaire dans l’opinion. Selon un sondage réalisé durant le week-end, 76 % des personnes interrogées approuvent la rupture des négociations commerciales avec les Etats-Unis, tandis que 62 % soutiennent les mesures de représailles.
De son côté, Donald Trump a poursuivi mardi ses critiques contre le Canada. Il a notamment évoqué la possibilité de rebaptiser le lac Ontario en “Lac d’Amérique”, affirmant que les Etats-Unis ne comptaient plus “faire beaucoup de business avec l’Ontario”. Cette déclaration fait écho à sa décision, après son retour à la Maison Blanche, de renommer le golfe du Mexique en “golfe d’Amérique”.
Le gouvernement canadien avait notamment justifié la rupture des négociations par les conditions américaines concernant la langue française. Selon Ottawa, le projet d’accord aurait notamment porté sur les subventions à la culture francophone, la place des médias francophones en ligne et l’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada. Donald Trump a rejeté ces accusations mardi, affirmant qu’il ne se mêlerait pas des affaires des Canadiens francophones et qualifiant de “mensonge” l’explication avancée par Mark Carney.
Textes et photo : AFP











