Enquête sur le terrain. Les équipes de l’Autorité nationale chargée des mesures correctives commerciales (ANMCC) mènent des missions dans plusieurs bassins rizicoles du pays afin d’évaluer les effets de la forte progression des importations sur la production nationale. Producteurs, organisations paysannes, rizeries et collecteurs sont notamment interrogés sur leurs coûts, leurs prix, leurs volumes, leurs stocks et leurs difficultés d’écoulement. L’ANMCC doit notamment déterminer si l’augmentation des importations cause, ou menace de causer, un dommage grave à la branche de production nationale et s’il existe un lien de causalité entre les deux phénomènes.
Les missions menées dans l’Analamanga, le Bongolava, l’Alaotra-Mangoro et le Menabe, avant de se poursuivre dans le Boeny et le Sofia, visent à confronter les données disponibles au niveau national avec la réalité des producteurs et des opérateurs de la filière, notamment sur les conditions de commercialisation du paddy. Ces descentes sur terrain interviennent dans le cadre de l’enquête de sauvegarde ouverte le 31 août 2026 sur les importations de riz décortiqué, semi-blanchi ou blanchi, ainsi que de riz en brisures.
L’enquête a été ouverte alors que les importations de riz ont connu une forte hausse dans le pays en 2025. Selon la notification transmise par Madagascar à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les volumes sont passés de 262 002 tonnes en 2024 à 800 812 tonnes en 2025, soit une hausse de 205,7% en un an. Dans le même temps, la part des importations dans la consommation de la branche de production nationale est passée d’environ 17% à près de 50%.
Les données communiquées par l’ANMCC à l’OMC font également état d’une dégradation de plusieurs indicateurs de la production nationale entre 2023 et 2025. La production et les ventes ont diminué respectivement de 25,6% et 25,4%, tandis que la part de marché de la branche de production nationale est passée de 84% à 67%. Le taux d’utilisation des capacités de production a, lui, reculé de 35% à 24%.
L’enquête ne vise toutefois pas à conclure automatiquement que les importations sont responsables de ces difficultés. L’ANMCC doit également examiner les autres facteurs susceptibles d’avoir contribué à la situation de la production nationale et établir, sur la base des éléments recueillis, l’existence éventuelle d’un dommage grave ou d’une menace de dommage grave.
L’ouverture de cette procédure intervient moins de deux semaines après la décision du Conseil des ministres du 19 août de suspendre temporairement les droits de douane et taxes appliqués au riz importé. Cette suspension était intervenue alors que la loi de finances rectificative avait instauré un droit de douane de 20% sur plusieurs catégories de riz et une TVA de 5% sur le riz de luxe. Le gouvernement avait alors justifié son choix par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement du marché, la production locale ne couvrant pas encore l’ensemble des besoins.
Parallèlement, la State Procurement of Madagascar (SPM) intervient par des achats de paddy auprès de producteurs de plusieurs régions, dans un contexte de difficultés d’écoulement. L’enquête de l’ANMCC doit durer environ neuf à douze mois, selon l’avis d’ouverture. Les personnes ou entités intéressées disposent de 30 jours à compter de sa publication pour se faire connaître et présenter leurs observations. Des auditions publiques peuvent également être organisées à la demande des parties intéressées ou à l’initiative de l’ANMCC.
