Savez-vous que le juge peut autoriser le mariage d’une jeune fille de moins de 18 ans si ses parents ou son tuteur le demandent et donnent leur consentement ? Cette autorisation est certes conditionnée par le consentement de la jeune fille et par l’existence d’un motif grave apprécié par le juge, mais elle est prévue par la loi, à titre d’exception à la règle fixant l’âge matrimonial à 18 ans. Et à Madagascar, l’enquête Mics 2025 révèle que 42 % des jeunes femmes malgaches âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant leurs 18 ans. La suppression de cette dérogation légale figure parmi les principales revendications portées lors d’un plaidoyer de haut niveau organisé à Antananarivo le 1er octobre dernier.
Sur la Grande île, le mariage des enfants reste une réalité préoccupant, avec une proportion nationale en hausse par rapport à 2018, où elle s’établissait à 40 %. Certaines régions sont particulièrement touchées. La proportion de jeunes femmes mariées avant 18 ans atteint 57,6 % dans l’Atsimo Atsinanana, 57,4 % dans le Melaky, 54,2 % dans le Menabe, 53,1 % dans l’Atsimo Andrefana et 52 % dans la Sofia, selon les résultats de la même enquête. Les conséquences de ces unions sont multiples, allant de l’interruption de la scolarité à l’exposition accrue aux grossesses précoces et aux violences, en passant par la réduction des perspectives d’autonomie des filles. À l’échelle mondiale, près de 650 millions de femmes et de filles vivantes aujourd’hui ont été mariées durant leur enfance, selon l’Unicef.
La loi malgache sur le mariage et les régimes matrimoniaux fixe à 18 ans l’âge légal du mariage à Madagascar, mais elle prévoit elle-même une dérogation pour des “motifs graves”, sous réserve d’une autorisation judiciaire et du respect des conditions légales. La suppression de cette exception constitue l’une des principales revendications formulées lors du plaidoyer du 1er octobre. Le même plaidoyer souhaite alors que la Grande île s’appuie sur la Loi type de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sur l’éradication du mariage des enfants pour renforcer le dispositif juridique malgache et mieux protéger les filles contre les unions précoces.
Le plaidoyer a été organisé par le projet de gouvernance Santé et droits sexuels et reproductifs du Forum parlementaire de la SADC, en collaboration avec le Caucus Genre, le Réseau parlementaire national pour la justice reproductive et plusieurs partenaires, dont le ministère de la Population et des Solidarités, le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) et l’Unicef. La rencontre du 1er octobre a réuni des représentants des institutions publiques, des parlementaires, des acteurs judiciaires, de la société civile, des leaders traditionnels et religieux, des jeunes ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Les discussions ont porté sur le renforcement du cadre juridique, la mobilisation des communautés et l’accompagnement des enfants exposés aux mariages précoces. Les travaux doivent aboutir à des recommandations et à une feuille de route précisant les responsabilités des différents acteurs ainsi que les actions prioritaires à mettre en œuvre. À l’occasion de la Journée internationale de la fille 2026, placée sous le thème “Mettre fin aux mariages précoces des filles et renforcer l’engagement en faveur de leurs droits”, l’enjeu est de traduire les engagements en mesures concrètes pour prévenir les mariages d’enfants et garantir les droits des filles.











