L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté vendredi une résolution visant à promouvoir une représentation cartographique plus fidèle à la taille réelle des continents. Porté par le Togo et l’Union africaine, le texte invite notamment les États et les organisations internationales à privilégier des projections comme “Equal Earth”, qui donnent à l’Afrique une superficie visuellement plus proche de sa réalité. La résolution a été adoptée par 164 voix contre une, celle des États-Unis, avec six abstentions. La France figure parmi ses coparrains.
L’initiative africaine entend ainsi s’attaquer à une distorsion héritée de la projection de Mercator, largement utilisée dans les cartes du monde. Conçue à l’origine pour la navigation maritime, cette projection agrandit visuellement les territoires situés aux hautes latitudes, notamment l’Europe et l’Amérique du Nord, tandis qu’elle réduit l’apparence de l’Afrique et d’autres régions proches de l’équateur.
Le texte de l’ONU estime que cette représentation contribue à “minimiser dans les esprits la taille de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud” et à perpétuer une vision déséquilibrée du monde. “Les cartes façonnent notre compréhension du monde”, a déclaré le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, à la tribune de l’Assemblée générale. Selon lui, les représentations cartographiques influencent l’éducation et les perceptions collectives et peuvent transmettre des représentations erronées “de génération en génération”.
Pour le chef de la diplomatie togolaise, l’initiative ne vise “aucune nation, aucune civilisation ni aucune tradition cartographique”, mais cherche à promouvoir “une connaissance fondée sur la rigueur scientifique, le respect de la vérité et l’égale dignité de tous les peuples”.
Le Togo et l’Union africaine ont porté le projet de résolution au niveau des Nations unies. Son adoption constitue une initiative africaine visant à faire évoluer la manière dont le continent est représenté dans les supports cartographiques utilisés à l’échelle internationale.
La France, ancienne puissance coloniale en Afrique, a également soutenu le texte. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a défendu vendredi cette évolution lors d’un discours à la Sorbonne. “Changer de carte ne change évidemment pas le monde. (…) Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire oeuvre de vérité”, a-t-il déclaré.
Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre la résolution. Leur représentante à l’ONU, Yaryna Ferencevych, a dénoncé un texte et un “agenda idéologique” qui, selon elle, détournent l’institution de ses priorités. “Plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations entre les pays, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle”, a-t-elle déclaré, appelant les États à rejeter la résolution.
Avec AFP











