GUILLOT RAMILISON, DIRECTEUR GENERAL DE LA SPM – « La SPM joue son rôle de régulateur »

La State Procurement of Madagascar (SPM SA) est devenue depuis quelques semaines l’entité habilitée par l’Etat pour importer du carburant. Et selon son directeur général, toute la législation et toute la réglementation sur l’importation de ce produit sensible ont été respectées. Pour l’instant, la SPM SA a importé du gasoil pour la Jirama en utilisant la licence de cette compagnie nationale. Pour Guillot Ramilison, la SPM joue là son rôle de régulateur.

 

 Quel est le rôle de la SPM SA (State Procurement of Madagascar) dans l’importation du carburant par l’Etat?

Peut-être avant de répondre à cette question, j’aimerais mettre le rôle de SPM d’abord dans le contexte, et après on va comprendre par rapport à cette question. La SPM joue le rôle de régulateur, ça c’est la première des missions qui est la plus importante, et après on doit, dans le sens régulateur, constituer un stock dans tous les produits qu’on aura besoin, c’est-à-dire produits pétroliers, produits de première nécessité. Tout le monde, quand on parle de première nécessité, on a toujours en tête alimentaire, mais première nécessité ça peut être également dans le bâtiment. Donc, ça c’est ce que le SPM joue. Maintenant, si on doit revenir sur votre question, ça a commencé je pense avec un petit incident en février, quand on avait une menace de pénurie. (…)
l’État ne se sentait pas en sécurité, et je mettrais entre guillemets, dans le sens, on avait toujours parlé de stock stratégique, de 45 jours, 21 jours, maintenant réellement c’est 6 jours, c’est pas viable pour l’État.
Donc je pense que c’est là que l’idée a germé, et que quand on a été nommé fin mars, le président, c’était le premier dossier que j’ai eu, c’était le pétrole, et on a montré qu’on serait capable de le faire.

Mais la SPM a-t-elle les compétences pour intervenir dans un secteur qui est quand même très spécialisé et qui nécessite des compétences pointues ?

Et c’est là que je me suis permis de faire, dans notre boîte on dit toujours Mercato. Donc j’ai sollicité pas mal de mes collaborateurs qui sont déjà chevronnés dans le métier, et je peux mentionner le dernier DG de Solima, qui était anciennement également ministre des Hydrocarbures, en la personne de Marcel Bernard. C’est presque (4:30) une sommité dans ce secteur. Et après on a pris pas mal de gens également qui sont très chevronnés dans le secteur, je parle de mon directeur de relations publiques anciennement journaliste, mon directeur commercial qui a 30 ans de banque derrière lui, mon directeur administratif des affaires juridiques, c’est quelqu’un qui est vraiment très chevronné. Bref, tout le monde devrait avoir la culture de résultat. Et la dernière recrue, c’est un ancien du secteur également qui connaît bout du doigt le nombre des tanks, des bacs de stockage, jusqu’au millimètres près. Donc quand on commence à discuter avec les gens, les gens commencent à se dire tiens, ils sont pas aussi novices que ça, et sans fausse modestie je pense que l’équipe est prête.
Le rôle de SPM c’est maintenant de jouer ce rôle de régulateur, et de mettre à l’abri tout ce qui est pénurie pour la Jirama d’abord. Parce qu’on sait très bien que la Jirama se heurte à plusieurs problèmes, qui peuvent être des niches peut-être, mais quand elles les rassemblent, ça devient presque un facteur de ralentissement d’une belle production de leur part.
Il y a les vols, il y a les livraisons qui n’arrivent pas à temps, le gasoil des fois qui n’est pas d’une certaine qualité, et je reviens sur cette qualité du gasoil, tout à l’heure, mais sachez madame Lova Rabary que la qualité du gasoil qu’on a importé, et je pèse bien mes mots, elle est la meilleure que le pays ait jamais importé, depuis depuis.

Mais qui est-ce qui se charge du contrôle de ce carburant que vous importez ?

On est professionnels, et je pèse bien mes mots, on n’est pas des amateurs. On respecte toutes les règles et les normes de ce pays. Par rapport à ce produit, je n’ai jamais demandé la détaxation, pourtant je fais partie de l’État, et pourtant le prix de notre produit est moins cher que pour tout le monde.
Bon, je ne rentre pas dans les calculs, mais il y a ce qu’on appelle le premium, c’est-à-dire ce que les compagnies prennent après le prix PLatts. On a rajouté tout ça dans notre calcul de prix, avec l’appui de l’OMH (Office malgache des hydrocarbures), donc on fait tout avec l’appui d’OMH, et dans le calcul de prix, et dans le respect de nos produits. Donc ça, ça confirme ce que je viens de vous dire.
Là, le bateau, quand il était venu, certes il y avait les réquisitions, mais du moment que le bateau était venu, on a respecté tout. Contrôle qualité, contrôle tout, tout, tout, tout. Et d’ailleurs, c’est à partir de là que les laboratoires de GRT, confirment donc avant le déchargement, ont montré que c’est le gasoil le plus, c’est le meilleur qu’on a jamais eu.

Ce prix bas dont vous parlez, c’est le prix à la livraison pour la Jirama, incluant tout ce qui est logistique et transport ?

Je parle du prix à l’arrivée à la Jirama. C’est-à-dire, en prenant, dans le bac de Jirama par exemple à Ambohimanambola, je parle de ce prix-là, en tenant compte du transport, en tenant compte de nos coûts, de nos charges, parce que vous savez, la SPM a contracté auprès d’une banque, on n’a pas pris de l’argent du trésor. Certes, il y avait la garantie de l’état derrière la LC qu’on a initiée, mais il y a des charges, et c’est là que toute l’équipe s’est vraiment donnée la main, et moi je tire ma révérence par rapport à ce que mon équipe a fait. On a encore pu réaliser un chiffre en deçà du meilleur prix qu’on a donné à la Jirama. Et c’est, je dirais pas une prouesse, mais vraiment c’est quelque chose qu’on doit mettre en exergue.
Vous savez, avec l’expérience et les explications de mes experts, le produit quand il est dans le bac, il change de volume. Donc quand il fait froid, on a un volume. Quand il fait chaud, c’est un autre volume. Donc imaginez qu’au moment où on vend avec une chaleur qui monte, c’est en notre défaveur. Et tout ça on a calculé. Et pour aller encore plus loin, on a fait une commande spot. Vous savez, une commande spot n’est pas la même que pour les autres qui peuvent étaler les coûts, les pertes sur l’année. Nous, on a fait une commande spot pour une fois, une seule cargaison. Donc le calcul qu’on a fait, c’est en tenant compte de cette commande spot qui est largement, qui est supérieure en termes de prix par rapport à ce qu’eux, ils prennent mensuellement.

Donc, vous allez vendre à la Jirama. Est-ce que vous êtes sûr que vous allez être payé?
Posez la question à tous les gens qui ont fait un accord PPI avec eux. Ils sont tous payés. Ils sont tous payés. Donc pourquoi ils paient les autres, ils ne paieraient pas SPM ?
On avait une réunion avec le FMI (Fonds monétaire international) il y a deux mois de cela, et tout le monde était unanime qu’ils ont fait vraiment un effort. Je ne pense pas que c’est le cas avec tous les pétroliers maintenant. La Jirama paie.
Dans votre rôle de régulateur, y aurait-il possibilité que la SPM devienne fournisseur de carburant sur le marché local?
Dans notre statut, c’est prévu. Il ne faut pas oublier que la licence que SPM utilise actuellement, (14:15) c’est la licence de la Jirama. Donc nous, on n’a pas encore de licence.
Peut-être dans le futur, on verra. Entre-temps, il y a pas mal de contacts également avec les gens qui sont dans le secteur, et dans la distribution, et dans le transport, et dans le stockage. Parce que vous savez, je pense que l’arrivée de SPM, les gens voient ça comme un élément perturbateur. Moi, je vois ça plutôt comme un miroir. Tout le monde arrive maintenant à se regarder en face.
Mais la cargaison que vous avez commandée a quand même perturbé le volet logistique et le stockage des carburants …
Je vous pose une question, rien qu’à Tananarive, pourquoi on n’utilise pas le dépôt de Soanierana ? Nous, à SPM, on a posé cette question. Pourquoi on n’utilise pas ça ? Et après, on a taxé l’État, il y avait ce projet qui était initié, je pense, il y a cinq ou huit ans de cela, par rapport à une autre aire de stockage, plus conséquente qu’à l’arrivée. Tout le monde se dit, c’est l’État qui est le frein. Mais est-ce que les pétroliers se sont posés la question, pourquoi ils mettent (16:13) le frais de passage assez haut ? C’est-à-dire, (16:27) ce n’est plus, comment on dit en anglais, take it for granted.
Comment se fait-il que la loi qui régit le secteur pétrolier aval ait été déclarée conforme à la Constitution début août, et qu’une commande arrive moins d’une semaine après ?
Quand vous gérez un pays, vous anticipez. Les gens croient que quand on pilote un avion, on fait un pilotage à vue. Notre président, c’est un homme d’État qui anticipe beaucoup. Vous vous souvenez du voyage qu’il a fait au Nigeria. Donc, depuis ce voyage, on travaille dans les coulisses. Et c’est ça que j’apprécie beaucoup dans la manière dont il prend les rênes. C’est qu’il ne parle pas beaucoup, mais il donne beaucoup d’instructions et de suggestions à toutes les sociétés étatiques, y compris SPM, pour suivre ce qu’il a annoncé.
Depuis notre passage au Nigeria, parce que j’étais parmi la délégation, même si on n’a pas fait de publicité là-dessus, on a travaillé sur un autre niveau. Et les autres, qui sont les constitutionnalistes et les juristes, ont travaillé chacun dans un secteur. Et le résultat, c’est ce que vous avez vu.
Là, vous avez discuté avec une société nigériane, mais est-ce qu’il n’y a pas de risque que le carburant que vous importez provienne d’un pays sous sanctions internationales?
Pour le moment, on a fait un contrat avec une compagnie nigérienne. Je pense qu’on respecte tout là-dessus. On discute beaucoup avec leurs traders qui sont au Nigeria et en Suisse. Je dis bien Suisse. Est-ce que les traders en Suisse vont s’amuser à prendre du pétrole d’un autre pays que vous avez mentionné ? Je ne sais pas, ça m’étonnerait. Donc, pour vous dire qu’il y a beaucoup de, excusez-moi le terme, de supputations. Croyant qu’on est des amateurs et qu’on va faire n’importe quoi. Non.
Certes, il y avait beaucoup de visites aussi. Le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale et le président lui-même. Mais je n’ai jamais eu d’instructions dans ce sens.
Vous parlez de régulation, mais n’y-a-t-il pas plutôt un risque d’interventionnisme de l’Etat qui risquerait plutôt de perturber le marché?
Vous croyez que la France n’intervient pas quand ils ont un problème ? Vous vous rappelez de ce que la France a fait par rapport à la compagnie Total? Vous appelez ça interventionnisme ou régulation ? Quand un certain Donald Trump intervient pour qu’il n’y ait pas trop de déstabilisation par rapport à l’économie, vous appelez ça interventionnisme ? Je ne pense pas qu’un pays dans ce monde verrait le navire à la dérive sans qu’il intervienne. Mais il y a une chose que j’aimerais quand même qu’on se pose la question. Est-ce que l’interventionnisme ou peut-être toutes les affirmations négatives ont leur raison d’être quand on commence à titiller la monopolie ? Le monopole, je veux dire, le monopole de certaines personnes, je ne sais pas. A Maurice, il y a le STC, personne n’en parle State Trade and Commerce. En Malaisie, on a le STC. En Inde, on a le STC. Et je veux même vous étonner, aux États-Unis, il y a le STC.
Pourquoi pas Madagascar ?
Mais est-ce qu’on peut parler de monopole quand on a quatre opérateurs sur le marché ? N’est-ce pas là une approche anti-secteur privé, plutôt?
Leclerc vend du gasoil et de l’essence. Est-ce que c’est le même prix que les pétroliers ? Je m’arrête là.
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