SPECTACLE – Joely transforme les réalités du quotidien en plus de trois heures de rires avec “Marina Mafy”

Rire, mais aussi regarder la réalité en face. Pendant plus de trois heures, Joely enchaîne les sketchs dans une salle comble avec “Marina Mafy”, dimanche au Palais des sports de Mahamasina. Famille, parentalité, violence, santé mentale, conditions sociales, éducation, sexualité, vieillesse, religion ou encore contes de fées. L’humoriste aborde des sujets parfois tabous ou inconfortables en les transformant en ressorts comiques.

Après la première partie animée par quatre humoristes plus ou moins connus, le spectacle commence par une reprise de “We Are the World”, interprétée par plusieurs de ses personnages fétiches : Joely Kely, Narindra, Seheno, Rondro, Diamondra, Mme Edwige et Mamie Julienne. Puis les lumières s’éteignent avant l’entrée de Joely, qui apparaît sur une plateforme élévatrice. Le ton est donné.

Avant de s’attaquer au quotidien de son public, l’humoriste rend hommage à ceux qui l’ont précédé. Fou Hehy, Gottlieb, Francis et Zafihita sont cités parmi les pionniers de l’humour malgache. Un hommage qui rappelle, en filigrane, que faire rire est aussi un travail.

Durant tout le spectacle, l’humoriste montre une connaissance précise des réalités auxquelles son public est confronté. Certaines scènes font immédiatement réagir la salle, comme celles autour des enfants, de la parentalité ou de ces objets du quotidien que beaucoup reconnaissent. Les chaussures neuves qui doivent d’abord passer chez le cordonnier avant de pouvoir être portées, les biscuits BN, le cahier M, les souvenirs des soirées arrosées, ou encore les écarts entre riches et pauvres deviennent autant de points de départ pour provoquer le rire.

Mais derrière les rires, les sujets abordés sont souvent plus sérieux. Joely parle notamment de la violence envers les enfants et les femmes, de la santé mentale, des inégalités sociales, de l’éducation, de l’addiction aux écrans, de la prévention des grossesses non désirées. Des réalités qui, selon l’artiste, “doivent être évoquées, pour pouvoir être comprises et éventuellement changer”.

Cette capacité à passer du rire à la réflexion constitue l’un des fils conducteurs de “Marina Mafy”. Joely s’appuie sur des situations familières pour aborder des questions plus profondes, notamment les rapports familiaux, les normes sociales et les peurs qui accompagnent la vie quotidienne. Il rend également hommage aux mères, dont le regard, mais aussi le rôle et les sacrifices deviennent une nouvelle source de situations comiques, mais aussi de reconnaissance.

Le spectacle laisse par ailleurs une large place à l’interaction. Joely interpelle les spectateurs, réagit à leurs réponses et improvise en fonction de leurs réactions. Ces échanges donnent au spectacle une dimension moins figée qu’une simple succession de textes préparés.

La maîtrise de l’ensemble laisse apparaître l’important travail d’écriture et de préparation que l’artiste a fait pendant près de six mois. Sur scène, cette préparation se traduit par un spectacle sans couac apparent, malgré les improvisations et les changements de rythme provoqués par les réactions de la salle.

Joely boucle finalement son spectacle avec ses personnages. Narindra qui obtient enfin le “viens” de Michaël, mais qui ne pourra pas venir parce que l’astéroïde frappe la terre au moment où elle doit sortir. L’humoriste termine sur “Shine bright like a diamond, avant de proposer sa propre traduction : « Tiako ianareo marina mafy ».

Pendant plus de trois heures, Joely aura ainsi fait rire une salle venue chercher du divertissement. Mais “Marina Mafy” aura également servi de miroir à une société qu’il connaît pour y avoir vécu avant son départ en France et dont il continue de suivre de près les évolutions. Un spectacle où les rires permettent aussi de parler de ce qui, dans le quotidien, fait parfois moins rire.

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