Goma, grande ville de l’est de la République démocratique du Congo et fief du M23, ou Mouvement du 23 mars, groupe armé rebelle principalement actif dans dans le Nord Kivu. C’est là, depuis la résidence de Joseph Kabila, que l’annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), présidé par l’ancien chef de l’Etat, a été faite. Les hauts responsables du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), ancienne branche politique du groupe armé désormais dissoute avec la naissance du FRN, y occupent des postes de vice-présidents.
Dans une déclaration politique, les membres du mouvement disent s’être unis pour « mutualiser leurs forces, ressources et moyens » et vouloir « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens y compris la force ». Joseph Kabila, dont les apparitions publiques sont rares et qui garde le plus grand secret sur ses déplacements, s’est montré devant la presse aux côtés de plusieurs hauts responsables du M23, sans prendre la parole.
Le M23 a plusieurs fois affiché sa volonté de renverser le président Félix Tshisekedi. En mai 2025, Joseph Kabila avait lui-même déclaré dans une allocution en ligne que « la dictature doit prendre fin en RDC », se disant prêt à « jouer sa partition ». Après plusieurs années passées hors du pays, il était réapparu à Goma quelques jours plus tard, un retour qui avait inquiété Kinshasa dans un contexte d’intensification du conflit dans l’est.
Depuis, la justice a rattrapé l’ancien président. À la demande du gouvernement, son immunité parlementaire a été levée. Jugé en son absence, il a été condamné fin septembre à la peine capitale pour trahison et crime de guerre, la justice militaire le considérant comme l’un des initiateurs de l’AFC.
Cette annonce surprise intervient dans un climat politique incertain. Félix Tshisekedi, 63 ans et successeur de Joseph Kabila, arrive au terme de son second et dernier mandat en 2028, la Constitution limitant à deux le nombre de quinquennats. Or, depuis plusieurs mois, la majorité présidentielle prépare l’opinion à une modification, voire à un changement de Constitution, qui pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat.
L’opposition y voit une manœuvre pour se maintenir au pouvoir, mais peine à mobiliser. Ses rassemblements de juin et de septembre à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes ont été émaillés de heurts et presque systématiquement dispersés par les forces de l’ordre. Les Nations unies ont déploré « au moins un mort » lors du premier, et l’opposition a dénoncé « l’assassinat » de l’un des siens lors du second.
L’histoire ne manque pas d’ironie : entre 2001 et 2019, Joseph Kabila avait lui aussi tenté de prolonger son règne au-delà de deux mandats en modifiant la loi électorale. La pression de la rue et de la communauté internationale l’avait contraint à renoncer, après une répression des manifestations anti-Kabila qui avait fait des dizaines de morts.
Pendant ce temps, l’est du pays reste en proie aux violences depuis plus de 30 ans. Lors d’une offensive spectaculaire en janvier et février 2025, le M23, soutenu par l’armée rwandaise, s’est emparé de Goma et de Bukavu face à des forces congolaises dépassées. Les tentatives de médiation ont échoué jusqu’ici : l’accord signé en décembre par Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington n’a eu aucun effet concret sur le terrain, et le cessez-le-feu conclu en juillet 2025 entre Kinshasa et le M23, dans le cadre d’une médiation qatarie, n’est pas respecté.
Avec AFP

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