Catégorie : Opinions

  • VANF ANTRANONKALA_ONLINE : Internet, c’était déjà demain

    VANF ANTRANONKALA_ONLINE : Internet, c’était déjà demain

    1969,1989, 1991 : les petits pas d’Internet, un grand pas pour l’Humanité. Pour le meilleur du partage des connaissances illimitées. Pour le pire de tant de stupidités trop présentes sur les réseaux sociaux.

    L’ancêtre d’Internet est né le 2 septembre 1969 avec l’échange de fichiers, via un câble, entre deux calculateurs de l’UCLA (Los Angeles), et qui donnera naissance au concept d’Arpanet. C’est en mars 1989, que le CERN (centre européen de recherche nucléaire) mit en ligne la première page web. Et en 1991, le chercheur britannique Tim Berners-Lee créa le World Wide Web.

    Que toutes ces dates aient été si soigneusement consignées fait penser à ces capitaines de navires partis à la conquête des océans et qui ont bâti la légende des «grandes découvertes» avec la listing de leurs petites dates : tel jour, telle île inhabitée, baptisée arbitrairement du nom d’un roi qui n’y mettra jamais les pieds…

    Internet aurait vingt-cinq à Madagascar. La seule chose dont je me souvienne, c’est qu’en juin-juillet 1996, je pouvais envoyer par mail mes Chroniques depuis les États-Unis. Mais, qu’il me fallait parfois me rendre à la poste d’Antaninarenina pour faxer vers Ankorondrano un article rédigé sous Word 5.1 sur un Mac Classic 512 ko.

    Internet, sans les ordinateurs appropriés, ce fut longtemps un fil à la patte inacceptable pour nous autres nomades dans l’âme. Combien de fois, au bord de la mer, j’avais arpenté la plage, une clé reliée à mon PowerBook, à la poursuite des barres de connexion. C’était la préhistoire. Comme d’essayer d’apparier les GSM de l’époque avec un ordinateur portable alors que bluetooth relevait encore de la science-fiction : c’est en mai 2000, qu’Ericsson, Nokia et Toshiba (que sont ces marques hélas devenues : l’Ericsson T28 avec la possibilité d’un modem greffé à sa base, le beau Nokia 6600 sous Symbian…) se rejoignaient sur la plate-forme Bluetooth SIG (Special Interest Group).

    L’époque où je pouvais hésiter entre un Psion Series 5 et un Mac PowerBook G3 et que le Nokia 9110 Communicator de mon cousin réunissait le meilleur des deux mondes. On raisonnait encore en infrarouge. IrDA faisait très moderne. L’autre acronyme USB était inconnu de mon Wallstreet de la fin des années 1990. Ce n’est pas si loin. Et pourtant, je parle déjà d’un temps, et cétéra…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : 70 ans : le bel âge de la retraite

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : 70 ans : le bel âge de la retraite

    Avoir soixante-dix ans aujourd’hui, c’est être de 1949. Pas assez tôt pour avoir connu le 29 mars 1947, mais depuis suffisamment longtemps pour peut-être avoir vu de Gaulle à Mahamasina, promettant le retour de l’indépendance en s’adressant au palais de Manjakamiadana (22 août 1958) ; regarder les représentants des assemblées provinciales danser après avoir voté pour la République (14 octobre 1958) ; assister au 13 mai 1972 ; voter OUI au référendum-plébiscite du 21 décembre 1975…

    1949 : c’était la victoire d’Israël sur les armées arabes (7 janvier), le point IV de Harry Truman sur l’assistance américaine aux pays en voie de développement (20 janvier) la naissance du pacte atlantique (4 avril), l’admission d’Israël aux Nations-Unies (11 mai), la naissance de la République fédérale d’Allemagne (23 mai), la proclamation de la République populaire de Chine (1er octobre), l’indépendance de l’Indonésie (2 novembre), l’indépendance du Cambodge (8 novembre), la visite de Mao Tsé-toung à Moscou : d’ailleurs à l’occasion du 70ème anniversaire de Staline.

    Staline qui ne mourra que quatre ans plus tard, laissant à la postérité un adjectif, «stalinien», de sinistre réputation. Si le nazisme avait été jugé et condamné en 1945, on attend toujours le Nuremberg du communisme. Justement, le procès de Nuremberg se clôt en 1949 (14 octobre).

    En 1945, George Orwell, qui n’était pas encore l’auteur de «1984», avait publié une satire du stalinisme. Dans «La ferme des animaux», qui ont pris le pouvoir, c’est bientôt la dictature des cochons : une perversion des idées généreuses de «Sage l’Ancien», le cochon-philosophe utopiste.

    Quand, à 50 ans, on a su rafler la mise, mais qu’à 60 ans, on se fait botter le cul, que faut-il faire pour ses 70 ans ? Accepter peut-être que l’avenir est derrière soi. S’interroger si on a appris de ses échecs. Philosopher que si on avait pu être providentiel, on ne sera jamais le Messie. Ne pas passer la main au vide, à la condition d’avoir su préparer une relève. Mais, surtout ne pas se croire irremplaçable. À soixante-dix ans, on peut se permettre d’être l’Ancien, un Sage.

    Comment déjà on dit dans les romans : toute ressemblance sera fortuite.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Araignée maçonne, araignée tisserande

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Araignée maçonne, araignée tisserande

    À peine éclose, et déjà tisserande douée. Je veux bien qu’elle soit programmée pour ça, mais pourquoi lui dénier tout mérite simplement parce que ça lui est inné ? Quand, comme moi, on est manchot de ses dix doigts, cette figure parfaitement géométrique, qui semble tenir à rien, et qu’on dit pourtant pouvoir résister à une forte tempête, est proprement fascinante.

    Elle avait profité de la nuit pour tisser une belle toile sur le séchoir mural qui d’ailleurs, une fois déployé, imite le dessin de ses rets. «Araignée du matin : chagrin» : c’est Milou qui marmonne ainsi dès la première page de «Tintin au Congo». C’est vrai qu’elle n’a pas bonne réputation, l’araignée, différente au possible de nous autres humains. Mais, je ne voulais tuer personne, aussi, avec de grandes précautions je l’ai déplacée.

    Mais, en nous évitant de petits drames de voisinage, je n’avais pas fait attention à une toile déjà existante. Ma «protégée», après un bon moment d’observation, chassa la propriétaire et s’appropria purement et simplement les lieux. La primo-possédante, de taille plus petite, devint sans domicile. Elle se remit aussitôt à l’œuvre : un centimètre par minute…

    Alors, certes, il est plus souvent question d’arachnophobie que d’arachnophilie. Une charmante famille de bestioles aussi engageantes que les scorpions, les acariens ou les araignées. Il faut avoir, étant gosse, écrasé le ventre d’une maman-araignée enceinte et voir s’en échapper une multitude d’araignées minuscules, mais déjà parfaitement formées et diablement rapides, pour ressentir un malaise animal : comme les bébés-araignées détalent dans tous les sens, certaines semblent vouloir prendre d’assaut la semelle qui a tué leur mère. À ce moment précis, j’aurais voulu être le Spiderman de Stan Lee et Steve Ditko : projeter la toile, se balancer au bout en Tarzan et coller au mur le plus loin et le plus haut grâce aux super-pouvoirs des tarses-ventouse.

    Arachnophile, le Jésuite Paul Camboué (1849-1929) l’était. Arrivé à Madagascar en 1882, il y vivra 47 ans. Dans la région d’Arivonimamo, il put observer l’apprivoisement de la borocera madagascariensis qui se nourrit de feuilles de tapia ou d’amberivatry, produisant le «landibe» ou soie sauvage. Paul Camboué tenta l’expérience des aranéides séricigènes : il s’agissait de notre halabe, «araignée géante» dite «Néphile dorée» (nephila madagascariensis). Dans sa recherche du fil le plus long, le Révérend Père constata que les araignées supportent cinq à six dévidages de leur abdomen par mois, avant de mourir, donnant quatre mille mètres de fil contre mille deux cent mètres pour le bombyx sérigène.

    Plus solide que l’acier, aussi souple que le caoutchouc, la toile d’araignée permet des applications multiples : cordes de violon, vêtements plus résistants que le Kévlar, composants électroniques biodégradables, implants cardiaques minituarisés. Cent trente ans après les essais de Paul Camboué, la startup allemande AMSilk, spécialisée dans la biotechnologie, a transformé des bactéries avec un ADN de soie d’araignée pour obtenir un fil de synthèse trois fois plus extensible qu’une toile d’araignée naturelle : Adidas serait intéressé. De son côté, la marque de vêtements The North Face a développé une parka de soie artificielle d’araignée avec une autre start-up, japonaise, Spiber. Les hommes veulent de l’araignée sans l’araignée.

    Cette Chronique porte son nom, «Antranonkala», la toile d’araignée. Arachnéen, un adjectif finalement premium : fil délicat, dentelle fine, soie éthérée. Chef d’œuvre de la nature. Je voulais rendre un petit hommage à cette petite bête pas toujours bienvenue.

  • MICA : MINE INNOMABLE CONTRE ARGENT

    MICA : MINE INNOMABLE CONTRE ARGENT

    Plus de 10.000 enfants travaillent, comme des esclaves d’un autre temps, dans des mines artisanales de mica dans le sud de Madagascar, des enfants dont les plus petits doivent avoir entre 3 et 5 ans. Une maman, dénommée Solange, avec son enfant de 4 ans sur le dos, est obligée de descendre sous terre, au fond de la mine, pour une misère, ce au péril de sa vie. Une image qui choque, qui marque à vie. Solange de déclarer « On a pas d’argent, on a pas le choix », le triste constat d’une population abandonnée à elle même. Un scandale humanitaire, révélé il y a quelques semaine maintenant par NBC NEWS, en collaboration avec l’association Terre des Hommes [Nous vous invitons à consulter ce lien https://www.nbcnews.com/news/all/army-children-toil-african-mica-mines-n1082916], qui a ému le monde entier, soulevé l’indignation aux États-Unis, où des grandes marques sont pointées du doigt pour manque de suivi, sur la traçabilité de leurs achats en Chine. Un scandale repris par de nombreuses rédactions francophones ou anglophones dans le monde, démontrant la défaillance des contrôles, l’absence d’alternative dans cette zone minée par la pauvreté extrême, l’avidité des acheteurs chinois qui imposent leur loi.

    Ce spectacle désolant, innomable, se déroule à Andranondambo, où les enfants et leurs familles peuvent passer 7 jours sur 7, plus de 10 heures par jour, à descendre dans les mines de mica, à séparer le précieux minerai, mais il ne sera précieux qu’après avoir quitté les mines. 46.000 tonnes de mica ont été exportées par la Grande île en 2018, dont 91% envoyés en Chine. Un volume qui a permis à Madagascar de concurrencer progressivement l’Inde, pays dans lequel également 22.000 enfants travaillaient pour le mica en 2016. Une situation similaire dénoncée par l’association Terre des Hommes, obligeant les dirigeants de ce pays, et les acheteurs des produits transformés, à prendre des mesures. Cette mise sous les feux des projecteurs de l’Inde, entre autres, semble avoir déplacé en partie le problème à Madagascar… Pendant que le volume exporté de l’Inde pour le minerai commençait à baisser, avec un prix à la hausse qui a triplé, Madagascar commençait à exporter plus, en divisant ces prix par deux, en une dizaine d’années [Voir le rapport https://www.terredeshommes.nl/sites/tdh/files/visual_select_file/tdh_mica_madagascar_rapport.pdf]. Est-ce là le secret de notre compétitivité ?

    Le compte rendu de l’association Terre des Hommes stipule « Il est urgent que les entreprises internationales, s’approvisionnant en mica, et en produits à base de mica, ainsi que le gouvernement malgache assument la responsabilité des conditions problématiques dans le secteur du mica et contribuent à améliorer le respect des droits des enfants ». Oui, nous souhaitons voir Madagascar attirer les investisseurs internationaux, devenir un pays attractif pour les miniers, développer nos exportations de minerais en milliards de dollars dans tout le pays, mais la situation à Andranondambo n’a rien d’une mine, si ce n’est les trous adaptés à la taille des enfants. Le MICA à Madagascar : MINE INNOMABLE CONTRE ARGENT.

    Illustrations : Nino, copies d’écran de NBC News

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mauvais débats

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mauvais débats

    Ce 29 mai 2019, la question des îles malgaches devenait une affaire présidentielle. À l’issue de leur rencontre, les présidents français et malgache tinrent une conférence de presse commune dont le contenu mérite d’être rappelé.

    Le président malgache a ainsi, et pour la première fois, formulé publiquement et dans un face-à-face qui ne fut pas un tête-à-tête, une demande qui a toujours été exprimée dans la discrétion d’un tour de table (révision des accords de coopération en juin 1973), par le silence très officiel d’un télégramme diplomatique (du Ministre des Affaires étrangères au Secrétaire général des Nations Unies, février 1976), via la procédure désincarnée à l’Assemblée Générale de l’ONU (résolution 34/91 du 12 décembre 1979 nommant les îles malgaches), ou dans les apartés plus ou moins officiels entre techniciens et hauts fonctionnaires.

    Andry Rajoelina a parlé à son homologue français, et tous les Malgaches en furent témoins : «Pour le peuple malagasy, l’appartenance des îles éparses est une question d’identité nationale. En mon personnel et au nom des 25 millions de Malagasy, je demande solennellement et officiellement de trouver une solution pour la gestion ou la restitution des îles éparses à Madagascar».

    De son côté, le président français a reconnu que sur ce sujet («des îles éparses»), «on a eu une discussion très franche et très directe : ma volonté est que nous ayons de manière partenariale, un vrai dialogue et un travail politique pour aboutir à une solution commune (…) Un sujet qui méritait mieux que les recours juridictionnels, les contentieux et les mauvais débats».

    Emmanuel Macron a ensuite annoncé une date, le 26 juin 2020, commémoration du retour de l’indépendance de Madagascar, pour l’aboutissement de ce «travail conjoint (vers des) perspectives communes de développement». Là, aussi, tout le monde a entendu.

    Au-delà des «halako bika tsy tiako tarehy», si on a envie que la question des îles malgaches (terminologie onusienne que fait sienne Madagascar) devienne véritablement une question d’identité nationale, il faut considérer cet échange entre les deux présidents de la République comme la meilleure «base légale» possible. La virulence de certains propos comme l’extrémisme de certaines postures sans oublier le manichéisme de certaines subjectivités, nourrissent de «mauvais débats». En matière d’opinion publique, on peut craindre que tout ce qui est excessif ne devienne pas toujours insignifiant.

  • VACANCES PARISIENNES

    VACANCES PARISIENNES

    Rencontre romantico-politique entre Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina à Paris, mais pour quel motif, pour ce réchauffer mutuellement durant le rude hiver de la capitale française, et partager ainsi les souvenirs d’une belle époque révolue ? Vacances parisiennes pour deux ex-présidents en manque de sensations et de pouvoir ? Mais par miracle ces deux là pourraient s’embrasser fraternellement [quand on sait leurs différents] ? Franchement à Madagascar, quand cela concerne la politique, même le meilleur scénariste de télénovelas, ou d’histoires à l’eau de rose, ne pourrait inventer de tels rebondissements…

    Car il est plus qu’évident que sur la Grande île, en politique, les meilleurs ennemis d’hier deviennent souvent l’idylle d’aujourd’hui, avant que l’un d’eux ne passe pour le cocu de demain. Messieurs ! Nous ne croyons pas au hasard, et en avons marre du cinéma, surtout si la crédibilité des auteurs peut être remise en doute ! Mais laissez nous vous dire, preuve en est le taux de participation aux urnes, que la majorité silencieuse est devenue aujourd’hui le premier pouvoir démocratique de Madagascar. Une épée de Damoclès, pour tous les politiciens, au pouvoir ou non, quelle que soit leur couleur (bleu, orange, bleu dégradé en vert, rouge, nouvelle, ancienne, ou modifiée par des couches successives à en perdre son latin).

    À l’aube de 60 années d’Indépendance, notre pays, notre terre, n’a que trop vécu dans la manipulation, la politique d’un autre temps, l’infantilisation de masse, sans pour autant que ce ne soit en majorité la faute d’une puissance étrangère [trop facile de leur jeter la première pierre]. Pitié ! Arrêtons de déformer la « Démocratie » [Forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple], comme bon nous semble, et au détriment des nôtres, que l’on soit au pouvoir ou non d’ailleurs. Messieurs ! « Dans une guerre il n’y a ni vainqueurs ni vaincus: il n’y a que des victimes », si l’on rapporte cette phrase de Michel del Castillo dans le contexte malagasy de la politique, il n’y a qu’une certitude, les victimes c’est nous, et jamais les dirigeants…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Nommer un pays, c’est écrire son histoire

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Nommer un pays, c’est écrire son histoire

    En 1891, devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Grandidier de l’Académie des Sciences lisait une note qu’on peut résumer en cinq points : 1.Madagascar n’est pas le nom sous lequel les habitants désignaient leur île ; 2.Marco Polo, racontant son voyage en Asie de l’année 1290, désigna sous le nom de Madagascar une région sur la côte orientale africaine ; 3.Martin Behaim mit, au Nord de Zanzibar, sur son globe de 1492, une île sous le nom de Madagascar ; 4.le Portugais Diogo Diaz «découvrit» la Grande île le 10 août 1500 et la marqua sous le nom de «Sao Lourenço» ; 5.Oronce Finé fondit en une seule île le Saint-Laurent des Portugais et le Madagascar imaginaire de Behaim. On était en 1531.

    Ceux qui écrivent l’histoire et dessinent les cartes, font l’histoire. Un récit légendaire ici, une approximation là, le mythe des «grandes découvertes» partout : et c’est un malentendu originel qui finit par désigner leur île à l’insu de ses habitants et donner à ceux-ci, sans qu’ils le sachent d’abord, un nom finalement d’emprunt : Madagas (Waldseemüller, 1516), Madagaskarsche (Frederick Van Houtman, 1595), Malégass (J.R. Forster, 1772)…

    Buki en swahili, Komr pour les Arabes, Wak-Wak (de l’Ouest) chez Ibn al-Faquih écrivant au 10ème siècle, Kouen-louen (de l’Ouest) dans des textes chinois : l’archipel des Foko peuplant l’île ne faisaient pas encore nation et chaque ethnie n’avait baptisé que la région de son établissement. Il y avait des Merina, des Betsileo, des Sihanaka, des Antemoro, des Sakalava, des Antankarana, des Antandroy, des Antanosy, des Betsimisaraka, des Tanala, des Antesaka, des Mahafaly, des Tsimihety, des Bara, des Vezo, des Antefasy, des Bezanozano, des Antambahoaka, mais pas de Malgaches unis. Antanandro, Antandrano, Ampatrana, Anala, Antsiraka : mais toujours pas de Malgaches. Dix-huit ? La première carte ethnique, établie par Alfred Grandidier et publiée en 1908, en dénombrait vingt-cinq…

    Qui dénombre, qui détaille, qui classifie, qui catégorise, qui nomme. Plusieurs toponymes de la Grande île et ses dépendances sont clairement portugais : Joao de Noua, capitaine du navire «Flor de la mar», laissa son nom à l’île Juan de Nova (janvier 1506) ; la déformation de la graphie d’Antonio Gonçalves donna le nom de la baie d’Antongil (février 1506) ; la baie de Diégo-Suarez porte le nom de Diogo Soares qui y fut envoyé en 1543. Signalons le tracé de la «Ilha de Sam Lourenço» (Madagascar), «extraordinairement exact pour son époque», qui est l’œuvre de Francisco Rodrigues (1513-1515).

    Pour la petite histoire, longtemps, les géographes s’étaient demandés si Juan de Nova n’était pas Nosy-Vao, que fréquentaient les pêcheurs sakalava, mais que l’histoire retiendra comme ayant été «découverte» par le grand Alfonso Albuquerque (1453-1515), futur vice-roi des Indes.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Une allégation pour la peine de mort

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Une allégation pour la peine de mort

    6 décembre 2019, une dépêche de l’AFP annonçant l’exécution par la police indienne de quatre violeurs fait le tour des rédactions. Les violeurs avaient été arrêtés la semaine dernière après le viol collectif d’une vétérinaire de 27 ans qu’ils avaient enlevée, après avoir crevé un pneu de son scooter. Leur forfait accompli, ils l’avaient tuée et brûlé son corps. La foule en colère avait failli les lyncher dans le commissariat où les violeurs étaient détenus : une parlementaire aurait justement voulu les voir «lynchés en public» ; un autre parlementaire avait réclamé leur castration ; la sœur de la victime a fait part de sa joie. À l’annonce de leur exécution sommaire par la police, une partie de la population de Hyderabad a publiquement applaudi à cette justice faite.

    Le 16 décembre 2012, à bord d’un bus de New Dehli, une étudiante de 26 ans était violée par six individus qui l’achevèrent en l’empalant avec une barre de fer. Le 29 décembre, Jyoti Singh, mourra d’une hémorragie interne dans un hôpital de Singapour, où le Gouvernement indien l’avait envoyée pour soins. Sur les six accusés, quatre sont condamnés à mort. Un, mineur au moment des faits, est condamné à trois ans de prison. Le chauffeur du bus se suicide dans sa cellule avant le procès.

    Il était 21 h 30 dans cette métropole moderne, et qu’on pensait civilisée, de New Dehli. Jyoti Singh rentrait chez elle après avoir été au cinéma. Elle travaillait dans un call-center d’IBM pour financer ses études de physiothérapie. L’opinion publique indienne s’était émue de son cas et de vives protestations s’ensuivirent que la police avait brutalement réprimées.

    Le 3 décembre 2017, le journal anglais The Guardian demandait : «Cinq ans après le viol collectif et l’assassinat de Jyoti Singh, qu’est-ce qui a changé pour les femmes en Inde» : 33.000 viols étaient encore recensés en 2017. Les parents de Jyoti Singh ne comprenaient pas, que cinq ans après leur condamnation à mort, et sept mois après la confirmation de la peine capitale par la Cour suprême, les agresseurs de leur fille n’avaient toujours pas été exécutés.

    POST-SCRIPTUM : Le 10 décembre, la photographe espagnole, Sofia Moro, exposera au Cercle Germano-Malagasy/Goethe Institut et un débat s’ensuivra sur le thème de «Who deserves to die : an allegation against the death penalty». Qui mérite de mourir et qui mérite la peine de mort ? Les violeurs de Jyoti Singh et les violeurs des 33.000 victimes indiennes. Pour ne citer qu’elles. Les droits de l’homme et de la femme, constamment convoqués au chevet des assassins, des violeurs et des kidnappeurs, sont faits également pour les gens normaux qui ne pensent ni à assassiner ni à violer ni à kidnapper.

     

     

     

     

     

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le foot, c’est du sérieux.

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le foot, c’est du sérieux.

    Le site de France-Football, le journal qui a inventé le Ballon d’Or, renseigne qu’ils étaient 176 jurés pour désigner le Ballon d’Or 2019.

    Ceux qui prétendent que le Sénégalais Sadio Mané (Liverpool) n’a pas reçu le Ballon d’Or parce qu’il est Africain, découvriront que les journalistes africains ont voté Messi devant Sané. Plutôt que de penser à un vote raciste ou souhaiter un quota de discrimination positive qui ne stigmatise que ceux qui en ont besoin, pourquoi ne pas accepter que les journalistes africains savent (désormais*) voter simplement pour les meilleurs : 1.Messi (Argentine, 187 points), 2.Sané (Sénégal, 170), 3.van Dijk (Pays-Bas, 154), 4.Ronaldo (Portugal, 111), 5.Salah (Égypte, 68).

    *Désormais, parce que, de mémoire, un journaliste malgache avait eu l’idée saugrenue de glisser le nom d’un compatriote parmi les meilleurs joueurs du monde. Allons, un peu de sérieux. Quoique : le journaliste sénégalais avait quelques raisons objectives de penser que son «pays» méritait le Ballon d’Or 2019…tout comme le journaliste argentin qui a voté Messi…ou le panéliste portugais qui a voté pour Ronaldo… Au moins, ces trois joueurs évoluent-ils chez la Confédération la mieux organisée (UEFA), dans trois des quatre meilleurs championnats du monde (Angleterre, Espagne, Italie) et au sein de trois clubs historiques (Liverpool, Barcelone, Juventus) régulièrement sociétaires de la (vraie) Ligue des Champions, la compétition inter-clubs la plus relevée au monde.

    Cette année, un trophée Lev Yachine, du nom du seul gardien de buts à avoir remporté le Ballon d’Or en 1963, a été inventé pour «consoler» les goalkeepers dont les multiples parades ne seront jamais aussi spectaculaires qu’un improbable retourné acrobatique dès 40 mètres à la Zlatan Ibrahimovic ou un somptueux coup-franc dans la lucarne de Lionel Messi. Le gardien brésilien Alisson Becker (7ème au général) en fut le premier lauréat et, n’était-ce le handicap de son poste particulier, il devance ses coéquipiers van Dijk (2ème), Sané (4ème), Salah (5ème), au niveau palmarès 2019 avec la Ligue des Champions et la Copa America.

    Entre 2010 et 2015, le jury avait été étendu aux membres de la Commission de football de la FIFA ainsi qu’aux sélectionneurs des 208 pays membres de la Fédération internationale. Depuis, France-Football a repris la propriété du Ballon d’Or et restauré le vote du seul panel de journalistes. L’an dernier, le trophée Kopa est venu récompenser le meilleur joueur de moins de 21 ans : en hommage à Raymond Kopa, Ballon d’Or 1958, ce prix est décerné par un jury composé des anciens Ballon d’Or. Des gens censés bien connaître le football.

    Coïncidence ou compétence ? Les jurés des Seychelles et de Nouvelle-Zélande, deux pays qui ne brillent pas particulièrement pour leur football, sont les deux seuls à avoir placé le top 5 du Ballon d’Or dans l’ordre : 1. Lionel Messi (Argentine, Barcelone), 2. Virgil van Dijk (Pays-Bas, Liverpool), 3. Cristiano Ronaldo (Portugal, Juventus Turin), 4. Sadio Mané (Sénégal, Liverpool), 5. Mohamed Salah (Égypte, Liverpool).

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Tout-plastique

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Tout-plastique

    Saluons l’initiative «Kopakelatra». Les mots «écoresponsabilité» et «préservation de l’environnement» faisaient partie du «discours» courant. Il manquait un autre mot, exemplarité, à l’œuvre.

    Les anciennes brasseries, désormais STAR tout court, ont pris l’initiative de la collecte des bouteilles plastiques vides auprès de 24 points, en supermarchés (Jumbo Score, Supermaki, Leader Price, Shoprite, Shop Liantsoa) et stations-service (la liste sur kopakelatra.star.mg).

    La démarche est vertueuse rien que par le peu d’éducation qu’elle induit : être sensibilisé au problème, en prendre conscience, faire l’effort en conséquence. Nous avons tous déjà vu ces bouteilles en plastique que charrient les égouts à ciel ouvert : leur voyage dans les eaux huileuses et glauques d’Andriantany est une pollution absolue qui n’a rien de la poésie d’une bouteille à la mer; un mot confié au courant ou aux vagues et qui s’en va rencontrer le hasard. Certaines bouteilles ont été trouvées au bout de 50 ans d’errance. D’autres après avoir parcouru la moitié de la Terre, en l’occurrence les océans. Et un petite détail qui fait la grande différence de sympathie : ce sont des bouteilles en verre.

    Le degré de dégradation associé au temps de dégradation serait plus favorable à une bouteille de bière, qui peut certes encombrer le paysage jusqu’à 4000 ans mais se décomposer en portant moins préjudice à la nature grâce aux matières premières «naturelles» (sable et calcaire) qui sont les ingrédients du verre ; en revanche, la bouteille d’eau minérale en plastique, très majoritairement à base de pétrole, se dégrade dix fois plus rapidement mais laisse une empreinte moins naturelle.

    Pour acquérir une bonne conscience écolo, on pourra toujours énumérer les produits en plastique, qu’on se promet d’éviter, mais dont on se passe cependant difficilement au quotidien, et dès le réveil : rasoir jetable qui n’a de métallique que ses lames multiples, tube de dentifrice, gel douche, shampooing, boîte de coton-tiges, capuchon de déodorant. Ma fiole de Noni, mon sachet de sésame noir, mon gingembre en poudre conditionné en multiples sachets de 7500 mg… Le tout-plastique conspire à nuire à la nature.