Catégorie : Opinions

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Anosipatrana

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Anosipatrana

    Anosipatrana, ou Anosi-ampatrana, l’île d’une certaine altitude et sans forêt, serait une des plus anciennes cités aux alentours de l’Antananarivo collinaire. Sa fondation remonterait au temps du Roi Andriamasinavalona, à la fin du 17ème siècle.

    Anosipatrana, c’est, plus prosaïquement, la déviation qui contourne le rond-point fatal d’Anosizato si on doit rejoindre Andohatapenaka. À quel point, la vision automobile a réduit à leur juste fonctionnalité «de passage» des sites autrefois oubliés dans leur solitude altière. Pour le titulaire basique du Permis B, cette éventuelle page d’histoire relèverait de la science-fiction alors qu’elle pourrait tellement instruire l’automobiliste condamné à rouler au pas dans les embouteillages.

    Anosipatrana ? Deux des rois fondateurs de l’Imerina, Andriamasinavalona et son arrière-arrière-petit-fils Andrianampoinimerina, avaient choisi Anosipatrana comme résidence d’une épouse royale : respectivement Renikotofananina et Rasendrasoa. Leur généalogie respective (et celle des familles d’Ilanivato) dépasse le cadre de cette Chronique.

    Mais, Anosipatrana, ce sont également trois ou quatre (voire ?) maisons qui se dédient à la perpétuation de la passion du «lambalandy», le lamba de soie. Malheureusement, bien trop souvent, les visiteurs ne s’y rendent que pour acquérir le nombre réglementaire de linceuls dont on enveloppe le défunt qui n’a pas encore choisi de se faire incinérer.

    Anosipatrana, île d’autrefois rattrapée par les tentacules de la voirie automobile. Encombrée en permanence par des étrangers en transit, entre Antaninarenina ou Anosy-Ampefiloha et Faliarivo ou Fenoarivo, qui ne font que passer. L’enfer intermédiaire entre la ville-dortoir et la ville-bureau : la ville-correspondance.

    Anosipatrana ? Aucun de ceux en correspondance n’aura sans doute remarqué deux repères qui me réconcilient toujours avec une certaine idée de la civilisation. Juste en face du temple protestant à la magnifique pente de toiture, inauguré le 2 mars 1894 en présence de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony, existe, même modestement, une École primaire publique. Quelques mètres plus loin, sur la même rue, qui avait dû être le boulevard principal dans une autre vie pas encore automobile, se tient fièrement, une église catholique érigée à la fin des années 1930. À un coude derrière, tout un complexe scolaire, qui illustre ce qui ne me fait pas encore désespérer : une pastorale sans instruction (publique) ni éducation (nationale) n’a aucune légitimité.

  • VANF ANTRANONKALA : Ranobe mangeniheny

    VANF ANTRANONKALA : Ranobe mangeniheny

    Andriantany, ho an’ny ankabeazan’ny olona, dia io lakandrano maloto feno fako io, mitety ny faritra iva manontolo : «Paraky», Ampefiloha, Isotry, 67 hektara, Ankazomanga…

    Tsy misy mahatadidy intsony fa Andrianampoinimerina (1792-1810) no nanoritra io lakandrano io, izay fahanan’Ikopa etsy Ankadimbahoaka ambany atsimo andrefan’i Soanierana. Tsy fanariam-pako sy ranon-dolana velively no niheveran’Ny Ombalahibemaso azy, tamin’izany, fa ho fampidiran-drano amin’ny tanimbarin’i Betsimitatatra.

    Tamin’iny herinandro lasa iny, nisy somary nangatsiatsiaka kely noho ny mahazatra : hatsiaka nentin’ny rano niditra ny tanimbary iny. Ankehitriny anefa, tapaka ny lalan’ny rano noho ny fanotofana manemitra ny «route digue». Miala etsy Andohatapenaka mihazo ny «village artisanal» amin’ny sampanan-dalana mankany Andriantany sy Ambohitrimanjaka, firifiry akory ny trano, orinasa, fivarotana, manditsa-tena amin’ny toeran’ny tanimbary fahiny : «gare routière», ny kianja fanaovana rubgy, ny «Akoor Digue» manontolo, ny «Village de la Francophonie», ny toby fiadiana amin’ny valala, ary ny orinasa Opham, io vao niorina farany io.

    Rehefa nanapa-kevitra ny jeneraly Gallieni fa ho eo Soarano no fiantsonan-dalamby (nisokatra taona 1910) dia nofaritany nanaraka ny lakandrano Andriantany ny lalamby, hatreo Soanierana. Nanomboka teo, indrindra rehefa nakarina indray ny fefilohan’Ikopa taorian’ny safo-drano goavana tamin’ny 1959, no nanita-kevitra hanototra ny tanimbary anelanelan’Andriantany sy Ikopa ny olona. Tsy diso anjara amin’izany kitoatoa izany koa ny Fanjakana na dia ny nametrahana fotsiny ny tobin’ny taxi-brousse etsy akaikin’ny «Fasan’ny Karana» aza : korontana sy loto mihanaka sy miparitaka manenika ny manodidina azy rehetra.

    Andranotapahina, ho an’ny ankabeazan’ny olona, dia ilay farihy eo am-pototry ny vohitr’Ambohidratrimo, isan’ny Tendrombohitra Roambinifolo. Manapaka azy eo afovoany mantsy ny Lalana RN4 Antananarivo-Mahajanga. Mitombo an’isa anefa ny Andranotapahina ka ahiana mihitsy ho ritra tanteraka ny faritra sasany, sady efa izay koa moa no tanjona tsy miloaka ahafahana mamaritra tany vaovao, sitrany ahay ho «lotissement» manditsa-kitrokely.

    Andranotapahina, na tanimbary-tapahina, ambadiky ny «Village de la Francophonie». Andranotapahina eny Laniera vakian’ny «Route de la Francophonie». Andranotapahina, Dorodosy efa ho ritra etsy Imerimanjaka, vakian’ny «By-Pass» sy ny tototototra maro tsy nahazoana alalana na nanomezana «dérogation» ombieny ombieny.

    Mamaly faty ny rano indraindray : ka toerany taloha teo ! Ny ankizy atsy ho atsy, voatery anaty boky sisa vao hahita izany hoe tanimbary, anefa Betsimitatatra no naha Antananarivo an’Antananarivo. Misy voambolana efa naman’ny vakoka sahady ihany koa : hetrina, fompotra.

    Ny zavamaniry (ahitra, zozoro, herana, ampanga, hisatra) nanarona taloha ny hetrina, ka voatototry ny antsanga sy ny fasika ary ny fotaka an-taona maro no lo ka mivadika ho arina antsoina hoe fompotra. Hetrina voasaro-drano taloha ka najariana ho tanimbary io Betsimitatatra ampototr’Antananarivo io, Moriandro ihany koa anelanelan’i Mahitsy sy Ambohimanoa. Misy teny hafa koa, havan’ny hetrina ihany, dia honahona (etsy anelanelan’Ambohipeno sy Ambohibato) sy heniheny : samy tany voasaro-drano avokoa ireo. Raha tondraka tanteraka Ikopa dia ho voasaro-drano mangeniheny Betsimitatatra.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Machine à remonter le temps de l’esclavage

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Machine à remonter le temps de l’esclavage

    Nous sommes le 20 août 2019, à Betafo, l’ancien chef-lieu du Vakinankaratra sous la monarchie merina, et pourtant une machine à remonter le temps a ressuscité sur la place du marché, l’image d’un couple vendant à l’encan un esclave. Celui-ci, comme avant l’irruption de la République française en terre malgache, avait-il été réduit en esclavage faute d’avoir honoré ses dettes ou en punition de quelque faute communautaire ?

    Ralaimongo (1884-1943), le célèbre nationaliste auquel Jean-Pierre Domenichini (1937-2018) avait consacré son mémoire de D.E.S. d’Histoire en 1960-1961, était né à Antoebe, près d’Ikalamavony. Alors qu’il avait neuf ans, le village fut razzié et le jeune Ralaimongo emporté parmi les captifs. Son propriétaire finit par l’adopter et il grandit en homme libre avant que ses oncles ne viennent, en 1898, le récupérer.

    Le Code des 305 articles, promulgué le 29 mars 1881, réglementait les aspects de l’esclavage en ses articles 39 à 49 inclus. L’article 40, par exemple, maintenait l’interdit d’exportation des esclaves hors d’Imerina. Si la traite des esclaves à destination des Mascareignes avait été supprimée grâce au traité du 23 octobre 1817 entre Robert Farquhar, le Gouverneur de l’île Maurice, et le Roi Radama, l’esclavage domestique avait subsisté jusqu’à l’arrêté d’abolition du 27 septembre 1896 : ce simple arrêté, alors que la modification d’une coutume relevait de la compétence du législateur, fut signé in extremis par le Résident Général Hippolyte Laroche treize jours après qu’il eut reçu l’ordre de transmettre ses pouvoirs au général Gallieni…

    En 1874 et 1877, les esclaves «masombika», enlevés au Mozambique, bénéficièrent d’une émancipation globale. Victimes de razzias, hommes libres insolvables ou repris de justice, pouvaient rejoindre la classe des nés-esclaves mais avec la faculté de se racheter. Cent trente cinq ans plus tard, en décembre 2012, une mission des Nations Unies s’était rendue à Madagascar pour enquêter sur l’esclavage moderne : servitude pour dettes, travail forcé, mariages forcés, servitude domestique, travail des enfants dans les mines et les carrières.

    C’est quoi l’esclavage, c’est quoi être esclave. Tous les jours, dans les rues d’Antananarivo, à l’arrière de carrioles à bras, des aides poussent avec leur front le lourd chargement que ne parviendrait pas à tirer seul celui qui tient les brancards : hô, hisse, hue ! Tous les jours, dans les rues d’Antananarivo, de pauvres bougres ploient l’échine sous le poids de deux sacs de charbon qu’il faut décharger du camion Mercedes vers le commerce anachronique qui alimente des besoins tout aussi anachroniques, et surtout absolument pas écologiques. Il est mort depuis longtemps ce Vietnamien qui, dans le quartier de Soanierana, transportait à longueur de journée, et tout l’année, des «daba» d’eau depuis la fontaine publique jusqu’au seuil de nombreux ménages sans robinet : 1970, 1980, 1990, 2000…

    En novembre 2016, organisant son conclave à Antsirabe, l’Union de la Presse Francophone avait fait appel à des pousse-pousse pour le déplacement de ses invités. Éternel dilemme : faut-il s’abstenir de ce moyen de locomotion à traction humaine pour être en paix avec sa conscience et les droits de l’homme, ou emprunter le pousse-pousse et contribuer ainsi à faire vivre les 260.000 familles que cette (pénible) activité concerne ?

    Malgré les mises en garde, des centaines de femmes malgaches s’entêtent à vouloir aller travailler dans des pays arabes où elles s’exposent à toutes les formes de maltraitance. Plusieurs fois déjà, l’État malgache avait cru bon d’affréter un vol-charter pour les en rapatrier sur l’argent du contribuable. Mais, lequel est le pire esclavage : leurs conditions serviles dans les émirats ou leur extrême pauvreté sur leur tanindrazana, avec son cortège d’exploitation et de sévices ?

    Concernant plus spécialement le travail des enfants, un programme de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) essaie de renverser le paradigme chez les parents qui justifient par leur pauvreté le travail de leurs (jeunes) enfants : en fait, c’est en privant leurs enfants d’école que les parents perpétuent le cycle dans lequel l’éducation et la possibilité de s’élever socialement, qu’un minimum d’instruction laisse espérer, n’ont pas leur place.

    Fléau dans le fléau, le travail des enfants. Il ne faut pas aller bien loin. Au cœur même de la Capitale Antananarivo, là-bas, tout au bout du cinquième arrondissement, des enfants assistent leurs parents dans leur entreprise obstinée de raser à coups de ciseau et de marteau la colline rocheuse d’Ambatomaro. Caillasses, gravillons, moellons, partent vers des chantiers publics ou privés, portés sur leur tête par une myriade d’enfants. Je ne sais quelle situation pleurer le plus : l’esclavage de ces gosses ou la destruction au grand jour, et sans réaction des pouvoirs publics, d’un patrimoine paysager constitutif du dicton bien connu : «Miala Ankatso dia Ambohidempona».

  • BOBEL ET LES RÉSEAUX SOCIAUX

    BOBEL ET LES RÉSEAUX SOCIAUX

    Sur les réseaux sociaux à Madagascar, ou ailleurs dans le monde, les jeunes sont des cibles de choix pour les arnaques, mais également pour les prédateurs. Quand on voit que certains jeunes ont des milliers d’amis, dont ils n’ont rencontré physiquement qu’un dixième au maximum, la question de la sécurité physique devient fondamentale, surtout lorsque l’on a aucune garantie de savoir qui est réellement en face.

    Bobel (référence au « bibiolona ») ou beau et belle ? Les comptes fake sont légions, et ils sont d’ailleurs conçus par les prédateurs pour présenter de façon parfaite. Une photo idéale de profil, des centres d’intérêts qui peuvent rassurer, des images publiées qui confortent l’interlocuteur ou l’interlocutrice, tout est pensé pour donner un sentiment positif et la sensation d’échanger avec une personne saine. Un vrai motif donc de ne pas étaler au grand jour sa vie privée et ses habitudes.

    Dans un monde du paraître connecté, de l’égocentrisme numérique, la tendance est malheureusement contraire…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Vuvuzéla d’un samedi nuptial

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Vuvuzéla d’un samedi nuptial

    Faut-il vraiment que les nouveaux mariés klaxonnent à tout-va dans la Ville ! Ils voudraient attirer l’attention de tout le monde, mais ils devraient déjà faire attention tout court aux suites de cette convention pour-faire-comme-tout-le-monde mais véritable tue-l’amour.

    L’ordonnance 62-089 du 1er octobre 1962 relative au mariage prétend que le mariage est la «base naturelle et morale de la famille» tout en se résignant à deux chapitres sur le divorce : «permettre à des époux, qu’une mésintelligence grave et persistante sépare, de mettre fin à une union définitivement compromise». Parmi les seize document conciliaires de Vatican II, la Constitution pastorale «de Ecclesia in mundo huuis temporis» (L’Église dans le monde de ce temps) promulguée le 7 décembre 1965, cite «l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations» comme ternissant la «dignité du mariage». Très en déphasage par rapport au «monde de ce temps», l’Église catholique parle de «consentement personnel irrévocable», «indissoluble unité», «fidélité perpétuelle», qui «exclut tout adultère et tout divorce» : je ne sais laquelle, de l’ordonnance sans illusion sur la nature humaine, ou de la constitution pastorale d’un meilleur des mondes qui n’est pas de celui-ci, ces jeunes mariés auront entendue par-delà le boucan de leur alarme nuptiale.

    Que des gens se marient, après tout, c’est leur droit, mais pourquoi importuner le reste du monde avec le vuvuzéla d’un avertisseur sonore dont l’usage devrait être strictement réglementé. C’est le cas typique d’un événement privé qui déborde abusivement sur l’espace public. On devrait pouvoir porter plainte pour tapage sur la voie publique.

    Comme si la Ville n’était pas déjà suffisamment polluée par tout ce bruit : karaoke, caravane publicitaire, sono à même le trottoir, propagande de politicards sur fond du tintamarre de leurs nombreuses casseroles. Et donc désormais, klaxon de convoi nuptial.

    Dans son livre «Tonga soa Vazaha», d’après une idée originale de Jean Pierre Badano, Jacques Rombi le Marseillais, écrit que les concerts de klaxons, ininterrompus dans la capitale malgache, n’ont pas la même connotation que chez son homologue phocéenne et que le klaxon fait partie ici de l’ambiance sonore générale. Je ne sais pas, mais il ne me semble pas qu’il en ait toujours été ainsi. Il y a encore quarante ans… À moins qu’avec l’âge mes oreilles soient devenues plus irritables aux bruits parasites. Mais, le droit au silence devrait faire partie des droits constitutionnels de chaque citoyen qui refuse d’être sourd. Ou de le devenir à force de décibels invasifs.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Enchères sur le Groenland

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Enchères sur le Groenland

    Donald Trump voulait acheter le Groenland, avec ses 56.000 habitants. «Heureusement, le temps où vous pouviez acheter et vendre d’autres pays et populations est révolu», lui a répondu Mette Frederiksen, Première Ministre du Danemark dont le Groenland est un territoire d’outre-mer, dirigé par un Haut-Commissaire.

    Derrière la brusquerie désormais légendaire du personnage, la récente manifestation d’intérêt de Donald Trump pour le Groenland n’est pas totalement fantasque. En 1867, année de l’acquisition de l’Alaska pour le contrôle du détroit de Bering, les États-Unis avaient déjà formulé semblable intention ; de même qu’en 1946, en prévision de la «Guerre froide» ; depuis 1941, à 1500 kilomètres du Pôle Nord, Thulé est la base aérienne la plus septentrionale de l’US Air Force, sur la côte Nord-Ouest du Groenland ; enfin, sur la côte Sud-Ouest du Groenland, cette fois, existe également la base navale de Gronnedal (Kangilinnguit), construite par l’US Army en 1942.

    En décembre 2016, la Chine aurait voulu prendre pied au Groenland en rachetant cette ancienne base navale américaine, mais le Premier Ministre danois de l’époque, Lars Lokke Rasmussen, avait bloqué la transaction. Un «Livre Blanc», publié en 2018, résume les projets que nourrissent les Chinois pour le Groenland dont la ville de Shanghai, à des milliers de kilomètres de la région du «Soleil de minuit», avait accueilli, le 10 mai 2019, le Forum du Cercle Arctique.

    Quant à la Russie, dont l’Oural transite vers le Cercle polaire Arctique, elle assurera en 2021 la présidence tournante du Conseil de l’Arctique, instance créée en 1996 et qui regroupe huit États riverains des régions circumpolaires (Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Russie). Preuve de l’intérêt géopolitique que représente cette partie du monde, la Chine, mais aussi l’Inde, la Corée du Sud et la Pologne, sont membres observateurs du Conseil de l’Arctique depuis 2013. Si Madagascar avait eu des ambitions de «gendarme du monde», nous aurions organisé un Forum de l’Arctique sur la ligne du Tropique du Capricorne, avant d’envoyer des pirogues à balancier laboratoires revendiquer nos droits à la recherche scientifique en Antarctique, en vertu du traité du 1er décembre 1959, quarante-huit jours après la proclamation de la République malgache…

    Aux côtés des États riverains, huit associations de peuples autochtones sont également membres du Conseil de l’Arctique : leur présence n’a rien d’anecdotique quand on sait que la construction de la base américaine de Thulé avait nécessité la déportation de la population Inuit locale, dont des membres furent encore réquisitionnés pour participer à la décontamination radioactive consécutive au crash, le 21 janvier 1968, d’un bombardier B-52 américain transportant quatre bombes à hydrogène.

    Sans même encore évoquer les nouvelles routes maritimes entre l’Occident et l’Extrême-Orient que le réchauffement climatique ouvrirait au Nord du Canada et de la Russie, le Groenland, et ses deux millions de kilomètres carrés, est un territoire pivot qui permet de contrôler les mers entre Islande, Groenland et Norvège.

    On attribue au Viking Erik le Rouge la «découverte» du Groenland en 982. Indifférents à cette date arbitraire, des générations d’Inuits n’ont rien su de la «découverte» d’une terre qu’ils habitaient déjà, sans d’ailleurs rien soupçonner des ses potentiels d’émirat du Nord : allusion aux ressources en pétrole, or, gaz, diamant, uranium, zinc et plomb, qu’on prête au Groenland.

  • GANGSTA PARADISE

    GANGSTA PARADISE

    D’où vient le mot « gangsta » ? Il trouve son étymologie de « gangster ». « Gangsta » est utilisé dans l’argot, pour signifier le membre d’un gang de rue urbain. Dans le domaine de la musique, on le retrouve dans le « gangsta rap ». La politique et l’argot négatif d’un nom de scène sont-elles compatibles même pour un artiste ? Bonne question.

    Erreur de jeunesse dans le choix artistique avant de se lancer en politique ? Ou gangster un jour gangster toujours (lié uniquement à l’étymologie de « gangsta ») ? Ce qui est certain, c’est qu’en politique le terme peut interpeller, en cette période pré-électorale des communales, et que l’artiste s’est déclaré candidat à la mairie, mais la ville d’Antananarivo ne souhaiterait probablement pas se transformer en « gangsta paradise » après les élections… (comme nous sommes dans le domaine artistique, ni voir qu’une référence musicale, liée à Gangsta’s Paradise du rappeur Coolio, du film Esprits rebelles sorti le 9 août 1995).

    L’on peut aimer sa ville, vouloir la servir en tant que magistrat communal, avoir des intentions politiques saines à première vue, mais faire tourner une capitale d’un pays sera sans doute plus difficile que de faire tourner le moteur de jeunes danseuses, ou d’encourager au « rombo » dans une battle de danse. « Atosika tsara » jusqu’à la Présidence de la république après la mairie ? Ou simple reconversion de carrière, surfant sur le succès des députés artistes ?

    Bref, un conseil aux jeunes qui se lancent dans le domaine artistique, anticipez votre nom de scène si vous souhaitez un jour vous lancer en politique, et briller sous la lumière des projecteurs des médias…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Course en taxi

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Course en taxi

    Renault Dauphine, Citroën Ami 6, Simca Aronde, Peugeot 203 : les taxis d’avant arboraient sur leur pare-brise une vignette soigneusement abritée derrière un carré de verre. Tarif de jour, tarif de nuit, ville haute, ville basse, attente…

    Les chauffeurs de cette époque savaient qu’en remontant la rue Jean Andriamady, ils arriveraient à la jonction des rues Gallieni-basse et Gallieni-haute, avant de descendre la rue Romain-Desfossés pour déboucher Place Goulette. Aujourd’hui, il faudrait se situer d’après le collège Rafiringa, l’hôtel Palissandre, les kiosques des bouquinistes à Ambohijatovo…

    Certaines fois, de guerre lasse, et résigné au nivellement par le bas, j’ai renoncé à expliquer où est le Ministère des Affaires étrangères pour aller au plus simple : le «Tribunal». Les gens se rendent apparemment plus souvent au prétoire qu’ils ne se soucient des «Raharaham-bahiny».

    Lalana Andriamifidy ? Le chauffeur contemporain vous regarderait comme un extra-terrestre. Dire que, dans un documentaire, j’ai vu comment les candidats à conduire un «cab» dans Londres devaient connaître par cœur le plan des rues de cette métropole internationale…

    Cette ignorance des chauffeurs de taxi, et de la génération actuelle en général, rend d’autant plus ridicules les prétentions socialo-marxistes à avoir baptisé les rues d’Antananarivo de noms de leaders progressistes parfaitement inconnus ici. Cette indifférence a également permis, malheureusement, que le nom du fondateur d’Antananarivo, Andrianjaka, ne trône pas aux alentours du Rova, mais croupit dans la basse plaine inondable d’Ambodin’Isotry. Tout comme les noms des rois Andriamasinavalona et Andrianampoinimerina se perdent dans le fouillis glauque d’Analakely.

    Rien ne va plus. Les chauffeurs de taxi de cette époque ne trimbalaient pas un bidon d’essence dans l’habitacle. Ni ne squattaient la moitié des parkings d’Antananarivo. Pas plus qu’ils ne confondaient taxi et taxibe, ne prétendant pas vouloir embarquer d’autres clients alors qu’ils vous avaient déjà à bord. Le bon vieux temps.

  • ANTANANARIVO 2019 – NI NI ?

    ANTANANARIVO 2019 – NI NI ?

    Marc Ravalomanana envisagerait-il d’utiliser encore une fois la mairie d’Antananarivo comme tremplin politique pour les présidentielles à venir ? Andry Rajoelina annoncera-t-il un candidat IRD/TGV pour la course à la mairie d’Antananarivo également, pour sécuriser définitivement ses acquis, ce après sa large victoire aux législatives (trilogie PRÉSIDENCE-CUA-ASSEMBLÉE) ?

    1) Marc Ravalomanana : difficile de le voir renoncer, lui ou son épouse d’ailleurs, au statut très particulier de la capitale. Certes détenir le statut d’opposant c’est bien (mais si peu à l’assemblée nationale, avec ses quelques députés uniquement), être maire de la Ville des Mille, serait 1000 fois mieux dans le paysage politique pour briguer la Présidence de la dernière chance et à l’international. Mais s’il venait à gagner, face à un pouvoir central fort, qui détient également le pouvoir de légiférer en plus des clés de la finance, Antananarivo pourrait se retrouver encore une fois comme un simple outil politique, un escalier à des fins autres, sans la place qu’elle mérite vraiment. En outre, statistiquement, il devra composer avec des conseillers municipaux issus de la mouvance présidentielle, qui se donneront à cœur joie pour bloquer ses initiatives, politique politicienne oblige.

    2) Andry Rajoelina : au regard du faible taux de participation aux législatives, même s’il en est sorti vainqueur, et des statistiques des présidentielles sur Analamanga, incluant la CUA donc, celui-ci prendrait un grand risque à perdre la capitale dans ce début de mandat. Il en sortirait affaibli et cela pourrait même mettre à mal sa vision IEM. Comment donner un élan à pays, lorsque l’on ne dispose pas des clés de la capitale, pire entre les mains d’un opposant ? Pourtant celle-ci est, et reste, la vitrine de Madagascar, un argument politique du « asa vita no ifampitsarana » (ni voir aucune liaison politique). Sans oublier que 10 après 2009, sa popularité porte encore les stigmates de la crise. N’oublions pas, qu’à l’époque, que l’autoritarisme de Marc Ravalomanana avec sa volonté de monopoliser la trilogie de la voie royale, a finalement aidé Andry Rajoelina à l’accession à la mairie. Par ailleurs, même si le candidat IRD/TGV gagnait, ce dernier devra aussi composer avec des conseillers municipaux belliqueux.

    La meilleure option pour les tananariviens ne serait-elle donc pas de pousser au « ni ni » dans les urnes ? Antananarivo mériterait une perle rare, loin des querelles politiques et du bis repetita de guerre d’ego, un homme ou femme dont la volonté ne serait pas de chercher la magistrature suprême, mais de se donner corps et âme uniquement au développement de la ville et au bien-être de ses habitants. Antananarivo ne doit plus être un outil politique !

    Le TIM ne se retirera jamais de la capitale (sauf miracle), pourtant il reste tant de communes à briguer, permettant également de renforcer son rôle de leader de l’opposition. Si le Président de la République, Andry Rajoelina, n’a pas dégainé la carte PDS, même au forceps, c’est que politiquement le doute subsiste. Rappelons que Andry Rajoelina, est le Président d’une Nation, il se doit ainsi de penser certes aux enjeux politiques de la capitale, mais veiller également à ce que le pays ET Antananarivo puissent se développer dans les meilleures conditions. Et si pour démontrer son amour pour la ville, pour le bien du développement, l’IRD/TGV ne présentait pas un candidat ? Un geste de générosité, absent de calcul politique, un geste d’apaisement, en poussant un(e) candidat(e) autre d’ouverture, dont les idées s’aligneraient à la vision présidentielle. Et puis finalement si on joue pas, on perd pas…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Plaidoyer pour Ranavalona 1ère (1828-1861)

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Plaidoyer pour Ranavalona 1ère (1828-1861)

    Ranavalona 1ère, 28 juillet 1828 – 16 août 1861. Il y a 158 ans disparaissait une souveraine caricaturée par la littérature occidentale et diabolisée par la tradition chrétienne. Les deux tiers de son long règne, de juillet 1836, date du départ des derniers missionnaires britanniques, à sa mort en août 1861, furent caricaturés en «Tany Maizina», période obscure, temps de deuil.

    Et pourtant ses 33 ans de règne ne furent pas que hécatombes de zébus et persécutions des Chrétiens. Il faut situer ses décisions dans le contexte malgacho-malgache de cette époque ainsi qu’à la lecture du choc frontal de la société traditionnelle avec les innovations apportées par les missionnaires britanniques en particulier, et les visiteurs européens en général.

    Le 18 juillet 1857, aux Laborde, Lambert, Finaz, Webber, Pfeiffer, la Reine reprochera notamment : «Vous avez voulu établir la république, affranchir les esclaves, établir l’égalité de tous sans distinction de nobles», «Vous autres, vous n’avez pas de rois, mais vous êtes des républicains, vous entraînez les gens à penser comme vous, vous cherchez à changer le gouvernement et à supprimer les esclaves» (Adrien Boudou, Le complot de 1857, Imprimerie moderne de l’Emyrne, 1943, p. 48 et 68).

    Dans sa thèse de doctorat, Bakoly Domenichini-Ramiaramanana souligna que «la collecte des hainteny sous cette reine, et, sans aucun doute, à son initiative, semble avoir été un point d’un vaste programme politique de sauvegarde et de promotion de la société et de la culture malgaches traditionnelles» (Du Ohabolana au Hainteny, Karthala 1983, p.233). La cohérence de cette politique générale de sauvegarde du fonds authentiquement national l’obligeait à cette hostilité envers les doctrines chrétiennes dont le discours égalitaire était proprement révolutionnaire et menaçait les fondements mêmes de la société féodale de cette époque.

    Sur le plan intellectuel, Bakoly Domenichini-Ramiaramanana fut une des premières à avoir réhabilité la contribution essentielle de Ranavalona 1ère qui fit procéder à une collecte des hainteny : «Ranavalona I et les hainteny ou la valeur exemplaire d’une collecte de textes traditionnels» (Annales de l’Université de Madagascar, série Lettres et sciences humaines, n°9, 1968) et «Hainteny d’autrefois, Poèmes traditionnels malgaches recueillis au début du règne de Ranavalona I» (Librairie Mixte, 1968).

    Ranavalona avait autorisé la venue et le séjour de Baker (octobre 1828) et de Freeman (juin 1830), inaugurant une collaboration intellectuelle avec les Malgaches Raharolahy, Ramarotafika et Rasatranabo, qui durera de décembre 1829 à juin 1835. C’est notamment grâce à la contribution de ces derniers que put paraître, avec la caution de Ranavalona, le dictionnaire bilingue de 1835.

    Certes préparés de longue date, plusieurs ouvrages fondamentaux n’en appartiennent pas moins à l’ère de Ranavalona 1ère : les dictionnaires malgache-anglais et anglais-malgache de David Johns avec la collaboration de Raharolahy (1835), le dictionnaire de Joseph John Freeman avec la collaboration de Ramarotafika et Rasatranabo (1835), l’Histoire de Madagascar de William Ellis (1838), la grammaire d’Edward Baker (1845), le dictionnaire de Joseph Webber (1853 et 1855), la grammaire de David Griffiths (1854). Sans oublier l’impression du Nouveau Testament (1830) et l’achèvement de la Bible (21 juin 1835).

    Ranavalona avait inauguré son règne en liquidant les proches parents de son époux et prédécesseur : rien de révolutionnaire puisque ce dernier, dont la mère était du Marovatana, avait fait assassiner plusieurs Avaradrano de la proche famille de celle qui était encore la princesse Imavo. Ranavalona n’était pas non plus ce puits sans fond d’ingratitude : quand, le 23 juin 1830, après dix ans de séjour et de labeur, David Jones, le parrain de l’alphabet-abidia, quitte Antananarivo, Ranavalona 1ère ordonna qu’il fût salué au son du canon. En juillet 1857, faisant expulser Jean Laborde, compromis dans le complot Lambert, elle lui accorda la permission exceptionnelle d’emporter ses biens meubles et de rester un jour de plus contrairement à ses complices, expulsés dans l’heure : Ranavalona n’avait pas oublié que la cité industrielle, de celui qu’elle fit naturaliser andriamasinavalona, avait fabriqué les armes que les soldats merina opposèrent au débarquement français de 1845 à Tamatave.

    Radama a certainement permis l’arrivée des premiers missionnaires qui s’employèrent à fixer l’abidia (l’alphabet) malgache et formèrent les Roambinifololahy (les douze premiers élèves). Mais, les Reines Ranavalona 1ère et Rasoherina (1864-1868) surent reconnaître leurs compétences et les envoyèrent comme ambassadeurs à Londres : Raharolahy et Rasatranabo en mars 1837 ; Rasatranabo-Rainandrianandraina et Ralehimaholy-Rainifiringa en mars 1864.

    Cette ambassade de 1837 avait proposé que les Britanniques fournissent une assistance technique mais sans prosélytisme religieux. Malentendu dont Ranavalona ne porte pas la seule responsabilité. Deux ans auparavant, le 1er mars 1835, Ranavalona avait fait interdire le christianisme et les deux derniers missionnaires, Johns et Baker, avaient déjà quitté Antananarivo en juillet 1836.

    Ranavalona ne fut pas Catherine II de Russie (impératrice de 1762 à 1796), surnommée «La Grande» ou «La Minerve des Arts». Née dans une Europe en effervescence culturelle et baignant au confluent des courants intellectuels les plus brillants, Catherine II parlait l’allemand (sa langue maternelle), le français (des Lumières, ses protégés : Voltaire, Diderot, d’Alembert) outre le russe (de ses millions de sujets). Avec Catherine II, Ranavalona partagerait peut-être le surnom de «Messaline», pour les nombreux amants qu’on leur prêta, ou d’avoir succédé difficilement à leur époux : coup d’État en Russie, légitimité questionnée à Anatirova.

    Mais, Ranavalona n’avait pas été envoûtée par un Raspoutine, âme damnée d’une autre Romanov, Alexandra Feodorovna. Les décisions de Ranavalona avaient la cohérence d’un objectif clair : la spécificité de sa culture et de sa société héritée de la dynastie des Roambinifolomanjaka. Son identité, dirait-on plus tard. Une attitude qui n’était pas plus condamnable que celle d’un Bismarck ou d’un de Gaulle. Certes, sans les correctifs de l’instruction et la culture générale de l’Histoire majuscule.

    POST-SCRIPTUM :

    Discours du porteur de la lance «Tsi-tia-lainga», huissier des décisions de justice, lors de la seconde et définitive expulsion de David Griffiths en septembre 1840, alors qu’il s’adonnait à l’exfiltration clandestine de Chrétiens vers l’île Maurice : «Meloka ianao. Raha mba terak’ity tany ity ianao, dia maty mihitsy ny ainao, natao tsy tratry ny masoandro milentika akory. Saingy vahiny ary ianao, sady nahavita soa tamin’ity tany ity tany aloha, ka noho izany, tsy matin’Itompokovavy ny ainao. Koa izao no tenin-dRanavalomanjaka : saziko dimampolo amby zato vidin-doha ianao, ary mialà eto Antananarivo miaraka amin’izay, ndeha mody any amin’izay mba tanindrazanao, ka aza miverina eto Madagasikara intsony mandrakizay» (Si seulement vous aviez été un enfant de ce pays, vous y auriez laissé votre vie et l’on n’aurait même pas attendu que le soleil se fût couché ; mais, vous êtes un hôte-étranger et vous avez autrefois rendu des services appréciés à ce pays, et c’est pourquoi la Reine vous laisse la vie sauve. Voici donc la sentence de Ranavalomanjaka : je vous inflige une amende de 150 piastres pour rançon de votre tête, et je vous ordonne de quitter aussitôt Antananarivo. Rentrez dans ce qui est d’ailleurs votre patrie, et ne revenez plus jamais à Madagascar), in Du Ohabolana au Hainteny, p.238.