Catégorie : Opinions

  • ANTANANARIVO VERYRANO

    ANTANANARIVO VERYRANO

    Est-ce que le manque de vision sur la gestion de l’eau depuis des décennies à Antananarivo serait-elle possible à faire oublier, uniquement par le débarquement du DG de la Jirama ? Il fallait un fusible, et dans le cas présent Olivier Jaomiary, qui n’aura donc tenu que 2 ans. À moins que cela ne soit qu’un hasard du calendrier, mais peu de chance…

    Oui il y a le feu sur la gestion de l’eau à Antananarivo, et pas d’eau pour l’éteindre. Un sujet d’autant plus brûlant d’ailleurs à l’approche des élections communales, surtout après la psychose généralisée de 2017, où à l’époque, les habitants de la capitale se sont réveillés sonnés en voyant le risque de ne plus avoir d’eau. Oui, Antananarivo peut aussi connaître la sécheresse d’eau potable.

    Autant il reste assez facile de cacher les problèmes de l’accès à l’eau dans différentes zones de Madagascar, mais pas dans la Ville des Mille… Il est fort à parier qu’on aura pas une révolution version gilets jaunes, mais une révolution bidons jaunes, le cas échéant. N’oublions pas que la majorité ne sera pas cette fois-ci silencieuse, car la majorité est vulnérable directement de l’absence d’eau à la pompe.

    Car il y a tant à faire et si peu de temps… mais probablement les solutions vont pulluler pendant la propagande à briguer la Mairie d’Antananarivo… Comme d’habitude, elles vont couler à flots, mais jamais comme l’eau qui commence à nous faire défaut.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Quand l’eau manquera

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Quand l’eau manquera

    J’ai grandi en buvant l’eau du robinet de la JIRAMA (qui n’était plus Eau et Électricité de Madagascar à partir de 1975). Elle était limpide, cristalline, fraîche. Inodore et incolore, elle n’en était que meilleure. Elle était «si pure si nature» avant ses concurrentes eaux minérales embouteillées qui, alors, ne faisaient partie, ni du paysage ni du vocabulaire.

    Aujourd’hui, quarante-cinq ans après la nationalisation des Eaux et Électricité, l’eau du robinet est trouble, effervescente, suspecte. Les bouteilles d’eau minérale envahissent les rayons des supermarchés et encombrent les étagères domestiques. Le geste simple d’ouvrir le robinet et de s’y désaltérer s’est compliqué d’une succession de précautions : il faut la laisser se décanter, il faut la filtrer, il faut la bouillir.

    Au Moyen-âge européen, les curés avaient inventé les bières d’abbaye qui étaient le plus sûr moyen de ne pas boire de l’eau croupie et d’échapper au choléra qui ravageait des populations entières. Sans doute pour les mêmes raisons, les Ntaolo malagasy avaient inventé le «ranonampango» ou «ranovola», cette décoction de la croûte grillée, «manitra», après cuisson du riz.

    L’eau, de trouble, viendra à manquer. Elle ne coule déjà plus aux robinets de nombreux quartiers de la Capitale, la ville la mieux équipée de tout Madagascar. Le vocabulaire récemment découvert, «étiage», nous deviendra de plus en plus familier, et de plus en plus tôt dans la saison. Il pleut de novembre à mars et il en pleut 60% sur les mois de décembre, janvier et février : jusqu’à quand ?

    Une étude «Approvisionnement en Eau et Assainissement de Tananarive» (confiée par l’Organisation mondiale de la santé à l’Omnium Technique OTH et qui s’est déroulée pendant 25 mois, entre le 1er juin 1973 et le 30 juin 1975) évoquait une amenée depuis Tsiazompaniry qui s’effectuerait naturellement par le biais de l’Ikopa, car la véritable ressource provient de la retenue de Tsiazompaniry qui régularise l’Ikopa, laquelle recharge la nappe, et que les meilleurs points d’exploitation des eaux superficielles de l’Ikopa et des eaux souterraines de l’Ikopa se situent à l’amont de la Ville, dans le secteur d’Alasora, dont les ingénieurs avaient pensé pouvoir refouler sur Mandroseza les eaux souterraines.

    Cette étude d’il y a 44 ans passait en revue la réalité à laquelle nous sommes définitivement confrontés en 2019 : la tuberculinisation interne des conduites de fonte grise du réseau par incrustation de fer, les 250.000 m3 d’eau en besoin quotidien du Grand Tana, l’alimentation autonome de la commune d’Ambohitrimanjaka à partir de la nappe alluviale de l’Ikopa…

    Certaines questions seront de moins en moins taboues : la limitation des naissances vient d’être soulevées par le Ministre de l’Économie et des Finances. La régulation des migrations intérieures se posera un jour ou l’autre : les ressources en eau d’Antananarivo ne sont pas indéfiniment extensibles. En 1975, on pouvait encore écrire qu’il pleut en moyenne 1.360 millimètres d’eau par an à Antananarivo tandis que l’évaporation moyenne est de 1.170 mm par an : ces valeurs doivent avoir été mises à mal par le réchauffement climatique. On a également oublié ce grand lac de retenue, réservoir des eaux de pluie qui ne se perdraient plus inutilement à la mer et plan nautique écologique, qui apporterait une fraîcheur bienvenue.

    Antananarivo n’a ni vocation ni capacité à abriter tout Madagascar. La pertinence d’une nouvelle Ville n’est pas en cause, mais elle pourrait se situer au-delà du premier cercle du Grand Tana : un Grand Arivonimamo, par exemple, autour de l’ancien aérodrome international. Pour sauver Antananarivo, il faudra multiplier Antananarivo : des villes aussi bien équipées en hôpitaux, en écoles et universités, en centres culturels, en usines pourvoyeuses d’emplois, en services publics. En eau potable. En tout ce qui attire les populations à Antananarivo parce qu’elles ne les trouvent pas chez elles. On a trop longtemps oublié la décentralisation : la périphérie s’anémia, le centre s’asphyxia.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : JIRAMA Sisyphe

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : JIRAMA Sisyphe

    Ce petit trou de la JIRAMA à Ankadilalana-Mahamasina est une belle illustration de la malédiction de Sisyphe (cf. Chronique VANF, Les douze travaux publics, L’Express de Madagascar 30.07.2019).

    En l’espace de deux mois, cela va faire trois fois que la JIRAMA creuse et colmate, un peu au-dessus de l’École Normale, anciennement Le Myre de Vilers. En cause : une conduite d’eau probablement défectueuse par l’usure du temps. Le geyser caractéristique avait dû signaler le péril au voisinage qui se serait empressé (ce n’est pas toujours le cas, surtout si le Fokontany est amorphe) d’en référer à la compagnie nationale d’électricité et d’eau.

    Sauf que la JIRAMA sait déterrer et rafistoler des conduites d’eau, mais que ses agents ne sont pas formés aux travaux publics. Défoncer la chaussée à la pioche, ce n’est rien. Le plus important, et surtout du point de vue des usagers de cette rue très fréquentée, c’est la remise en son état normal initial du revêtement.

    Récapitulons. Une fuite souterraine se signale en surface par un début de nappe. La JIRAMA, qui dispose encore des anciens plans de raccordement, ferme le robinet en amont (Ankadilalana-Tsimbazaza) et entame ses travaux en aval (Ankadilalana-Mahamasina). Après 36 heures de coupure d’eau dans le quartier, la JIRAMA colmate le trou sans le savoir-faire d’une société dont c’est le métier de construire des routes. Les tuyauteries souterraines vont bientôt, et inexorablement, subir la pression du poids des milliers de voitures qui empruntent quotidiennement cet axe. Pression, affaissement, rupture, fuite.

    On ne demande pas à COLAS de réparer une fuite d’eau. On n’exige pas de la JIRAMA de remettre en état, ni dans les règles d’un art qu’elle ne maîtrise pas, une chaussée. La malédiction de Sisyphe d’avoir à revenir indéfiniment sur le même chantier ne sera conjurée que par l’association des deux savoir-faire dans leur domaine respectif spécialisé.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Œuvre parlementaire utile

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Œuvre parlementaire utile

    En cette période de session parlementaire extraordinaire, et parce que la plupart des élus, comme on a pu le constater dans leurs discours démagogiques de propagande, n’ont qu’une idée vague de la fonction parlementaire, c’est faire œuvre démocratique utile que de leur partager certains fondamentaux. Si nul n’est censé ignorer la loi, aucun député ni sénateur ne devrait ignorer l’histoire de leur institution et les développements constitutionnels qui suivirent.

    «La fonction première des assemblées parlementaires est de contrôler l’action gouvernementale. Historiquement, c’est pour cela qu’elles ont d’abord été créées. Quand, lors de leur révolte contre Jean Sans Terre qui devait aboutir à l’acceptation par celui-ci de la Grande Charte de 1215, les Anglais ont exigé qu’aucun impôt nouveau ne soit levé sans le consentement du Magnum concilium, lointaine ébauche de ce qui deviendra le Parlement d’Angleterre» (Bernard Chantebout, Documents d’‘études, n°1.14).

    À Madagascar, cette fonction de contrôle est énoncée par l’article 102 de la Constitution de 2010 : «Les moyens d’information du Parlement à l’égard de l’action gouvernementale sont la question orale, la question écrite, l’interpellation, et la commission d’enquête».

    Select committees en Grande-Bretagne, Investigating Committees du Congrès américain, Untersuchungsausschüsse en Allemagne, une commission d’enquête aura la crédibilité de son rapport final qui devrait être publié, aussi bien pour la prise à témoin de l’opinion publique que pour juger du sérieux des parlementaires.

    Plutôt que de chercher à accaparer l’attention de leurs lointains électeurs par un coup d’éclat à la télévision nationale, les députés (et les sénateurs) seraient avisés de diligenter de multiples enquêtes : sur les entrées massives à nos frontières et le séjour indéfini des étrangers à Madagascar, sur les importations sauvages qui tuent dans l’œuf l’industrie locale, sur les «écolages» à l’entrée des écoles nationales (administration, magistrature, armée, gendarmerie, police), etc.

    Il y a tant de sujets qui devraient pouvoir occuper un mandat législatif autrement qu’en alimentant en scandales la rubrique des faits divers. Ce vrai travail de contrôle réhabiliterait une Assemblée nationale surtout connue pour offrir le refuge de son immunité parlementaire ou le feuilleton des 4×4 aux frais du contribuable.

    La fonction de voter les lois n’est qu’une fonction dérivée de celle de contrôle. La Constitution française de 1958, dont toutes les constitutions malgaches depuis soixante ans allaient s’inspirer, énumère limitativement les matières du domaine de la loi (article 34) tandis qu’elle ouvre largement le champ des actes du Gouvernement : «Les matières autres que celles du domaine de la loi ont un caractère réglementaire» (article 37).

    L’épaisseur d’un projet de loi des finances est une arme de dissuasion suffisante qui décourage toute velléité de l’étudier sérieusement. Le Parlement n’exerce qu’une fiction législative en sa deuxième session ordinaire consacrée à cette loi du «consentement à l’impôt» : «La complexité de la législation qui résulte de l’intervention croissante de l’administration dans la vie des États modernes (a) progressivement transformé le rôle législatif du Parlement en celui d’une chambre d’enregistrement. L’essentiel de la législation est d’origine gouvernementale» (Documents d’études, n°1.14, La Documentation française).

    Faire œuvre parlementaire utile, à moins de porter une proposition de loi forte (restauration de la peine de mort, légalisation de l’avortement, libéralisation de la loi sur le mariage en instituant le divorce amiable par consentement mutuel), c’est moins s’illusionner sur des amendements que de contrôler et d’enquêter.

  • PESTE TERMINATOR

    PESTE TERMINATOR

    Elle est là ! Elle est à l’affiche des médias, « i will be back – je reviendrai » avait-elle annoncée, bienvenu dans le FESTIVAL PESTE 2019 ! Toujours aussi motivée, comme tous les ans, pour cette nouvelle saison pesteuse, elle aurait déjà touché plusieurs cibles, dans l’espoir de faire réellement son carnage indirect…

    Certes les autorités sanitaires semblent prendre à cœur le suivi de la maladie, mais quand on voit les immondices s’entasser ici et là, on pourrait penser que le « terrain de bataille » est propice à perdre la guerre. Ville ou campagne, riche ou pauvre, elle ne choisira pas ses victimes, c’est le fruit du hasard, une question de chance.

    Croisons donc les doigts, et espérons une prise de conscience générale, y compris dans les causes probables, comme les feux de brousse. Mais il ne faut pas compter que sur la chance ! Prenons le cas concret d’une poubelle à Ambatobe, le quartier le plus favorisé de Madagascar probablement, mais la poubelle qui se trouve derrière la pépinière est une démonstration réelle (comme tant d’autres) de ce qui ne doit pas exister : elle déborde 7/7.

    L’année passée www.2424.mg avait lancé un appel via une vidéo, à nous envoyer les photos des poubelles et leurs emplacements, ce pour interpeller les différents responsables. Il est fort à parier qu’on remettra cette démarche à l’affiche, une manière d’apporter notre soutien face à PESTE TERMINATOR…

  • ÉDITO – www.2424.mg : un an pour mieux sauter

    ÉDITO – www.2424.mg : un an pour mieux sauter

    Un an déjà. Ou un an seulement. Peu importe. Il y a toujours des dates à marquer d’une pierre blanche. Celle du 14 Août 2018 en constitue une pour www.2424.mg. C’était le jour où notre site d’information a commencé à publier nos premiers articles.

    Dans la vie d’un desk, et encore plus dans une vie tout court, un an c’est court, un an c’est rien. Mais un an plus tard, dans une certaine mesure, il est temps de jeter un regard en arrière, de procéder à une introspection avant un saut assumé dans le futur.

    Avec ses jeunes journalistes, www.2424.mg vit et a fait vivre de riches et émouvants événements au public. L’élection présidentielle est l’un d’entre eux, tout comme notre dossier sur la vanille ou sur le carburant. Durant ces deux derniers mois, nous avions accompagné les Malgaches dans l’aventure des Barea à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), arrivant parfois à toucher plus d’un million de personnes. Toujours dans la magie Barea, et dans l’optique de sortir du cadre virtuel, nous avions organisé un débat faisant un état des lieux du football, afin de contribuer à la construction d’un avenir plus radieux pour ce sport-roi et de mieux se rapprocher du public.

    www.2424.mg n’hésite pas non plus à mettre sur la table des sujets sensibles. Nos dessins, pour le moins interpellateurs, sur la diversité culturelle, les kidnappings ou encore les comportements des hommes politique n’ont pas manqué de provoquer de vifs débats. Nous les assumons parce que nous estimons qu’il est de notre devoir de remettre les choses perpétuellement en cause pour bâtir de meilleurs lendemains pour le pays.

    Ce que nous faisons n’est pas parfait, loin s’en faut. Mais nous avons traversé cette période avec les valeurs qui sont les nôtres, avec les mêmes convictions, les mêmes certitudes, et la ferme volonté d’avancer. Se frayer un chemin dans le milieu médiatique malgache, déjà fourni, n’était pas une mince affaire. Mais www.2424.mg a pu se faire une place avec plus de 200.000 followers en un an. Pour autant, pas question de s’endormir sur ses lauriers.

    Pour le futur, nous ambitionnons et nous promettons de continuer dans la voie que nous avons tracée, en mieux. Nous avions misé et continuerons de miser sur les jeunes, sur leur énergie, leur détermination, leurs espoirs, mais aussi leurs inquiétudes et leurs préoccupations. Nous nous intéresserons également, encore plus, aux préoccupations de la société, et nous porterons la voix du monde rural sur un autre média en cours de création.

    Pour les prochaines années, nous redoublerons nos efforts pour réaliser nos ambitions. www.2424.mg va se diversifier pour mieux servir le public. Bientôt, notre média online élargira sa plateforme, sortant du pure player, sous sa marque d’origine et sous de nouveaux projets, toujours pour toucher plus de followers, d’auditeurs, de lecteurs. L’avenir, c’est maintenant !

    LA RÉDACTION

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Que reste-t-il du 10 août 1991 ?

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Que reste-t-il du 10 août 1991 ?

    Le 10 août 1991, c’était il y a 28 ans, il y a un siècle, il y a une éternité. Un malentendu. Finalement, le seul à avoir été dans son vrai rôle reste Didier Ratsiraka : il dédaignait la chienlit, il refusait de négocier avec la rue, il a défendu l’accès à Iavoloha. Après réflexion, la foule également était dans son vrai rôle : des gens pensaient que c’était pour un garden-party et je les ai vus étendre le tsihy du pique-nique et déballer le casse-croûte. Il ne faut pas oublier que l’autre aile de l’opposition, celle des héritiers de mai 1972, avait dénoncé ce forcing sur Iavoloha et s’en était désolidarisée.

    Quand on voit la « fortune » du 13 mai 1972, dans la littérature et dans les mémoires, je commence à comprendre pourquoi les Anciens (je n’avais pas deux ans à l’époque) insistent tellement à différencier 1972 de 1991, 2002 et 2009. Ils se disaient porteurs d’idéaux et de valeurs, et leurs protestations n’étaient ni instrumentalisées ni dirigées contre le Diable au bénéfice d’un Messie, mais dressées contre un système d’humiliations, d’injustices et d’aliénation chez soi, que tout le monde pensait avoir enterré dans l’enthousiasme un peu naïf de 1959-1960.

    Le 10 août 2019, l’écrivain Johary Ravaloson (« Amour, Patrie et soupe de crabes », éditions Dodo Vole-Artères) postait ceci : « Place du 13 mai : Je longe la clôture, je cherche les rêves qui animaient cette place. Il ne sera pas dit qu’on s’est laissé faire ». Ceux qui rêvaient étaient sans doute dans leur rôle. Les mêmes rêves qu’en 1789, en France, 1917 en Russie, 1959 à Cuba. Des rêves qui, comme les promesses, n’engagent que ceux qui y croient.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – À la hauteur d’Antananarivo

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – À la hauteur d’Antananarivo

    Merci au Conseil Municipal d’Antananarivo d’avoir rejeté un projet d’encombrer encore davantage «L’Avenue des arcades» à Analakely.

    Le «bon vieux temps» ne s’applique jamais aussi bien qu’à Antananarivo : les photos anciennes nous montrent une Capitale ordonnée et propre. Nous sommes à des années-lumière de l’extrême promiscuité actuelle et de cette anarchie qui envahit doublement l’espace collectif et les mentalités individuelles.

    Sur les premières cartes postales (cf. La collection de 775 cartes postales éditées par Jean-Pierre Pénette et Christine Lohau Pénette, «Tananarive»), on voit l’avenue Fallières, qui conduit à la gare de Soarano ou qui en part (selon que l’on soit arrivé en train), dégagée et tracée avant la construction des «Arcades» (en rez-de-chaussée, mais terrasses et pergolas deux étages plus haut). Sur d’autres images, autour de 1900, le Zoma d’Analakely est d’abord successivement une simple esplanade à ciel ouvert avant d’abriter un alignement discipliné de «pavillons» en roseaux et toit de chaume. Les archives ultérieures, 1930-1950, montrent les actuels pavillons avec leur architecture caractéristique à laquelle plusieurs générations ont fini par s’habituer et s’attacher depuis quatre-vingts ans.

    Catherine Fournet-Guérin («Vivre à Tananarive. Géographie du changement dans la capitale malgache», Karthala, 2007, pp.51-52) situe l’histoire de cet ensemble urbain tananarivien : «L’aménagement architectural de l’avenue Fallières (années trente), par Collet du Cantelou, contribue à lancer définitivement cet espace, où des repères puissants et durables se mettent en place : la gare (construite dès 1910), l’hôtel de ville et les arcades, achevés en 1936. L’avenue monumentale, large de quatre-vingts mètres, longue de six cents mètres, est garnie de deux rangées d’arbres, de pelouses et de parterres, et bordée par un ensemble architectural parfaitement homogène. L’ensemble exerce un pouvoir d’attraction et de fascination jamais démenti depuis. Ainsi, durant la période coloniale se développe un nouveau quartier, Analakely. Les Tananariviens se sont approprié cet espace, pourtant si différent de leur mode d’organisation de l’espace urbain. La raison de cette si facile acceptation du nouveau centre est toutefois liée au déplacement et à l’organisation du marché du Zoma à Analakely : si les Tananariviens ont adhéré à cet aménagement colonial, c’est essentiellement parce que l’esprit même du marché a été conservé, c’est-à-dire sa fonction de sociabilité et d’agora».

    Le 31 octobre 1938, afflua sur cette avenue monumentale d’Analakely jusqu’à la gare de Soarano, la foule immense venue accueillir les cendres de la Reine Ranavalona III, morte en exil à Alger en 1917. La monumentalité de cette avenue lui confère une première distinction que vient rehausser l’harmonie architecturale des édifices qui la bordent et l’accompagnent depuis la Gare. Sa perspective n’est jamais aussi bien mise en valeur que tant qu’aucune pièce rapportée saugrenue ne vienne dépareiller l’équilibre ainsi atteint.

    Stands de bric et de broc ou kiosques de bric-à-brac sont autant de «pièce rapportée» qui ne doivent pas pervertir l’architecture de cette avenue (Fallières, de La Libération, de L’Indépendance). La forêt des parasols blancs du Zoma a déjà malencontreusement laissé la place à un parking automobile laid à souhait. En haut du marché d’Analakely, la Mairie a encore eu l’idée tout à fait inopportune de livrer l’espace à des stands qui perturbent la perspective «carte postale» sur les pavillons patentés. Gérer Antananarivo ne doit pas se faire au ras des pâquerettes, mais exige de prendre de la hauteur. Vue, perspective, paysage.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – L’avènement de la Démographie

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – L’avènement de la Démographie

    Nous serions 25.680.242 Malgaches. Annonce provisoire du RGPH-3. La Démographie deviendra la discipline la plus importante de la prochaine décennie. La Démographie, née dans le sillage de la statistique. La Démographie qui, avec l’économie, est la plus quantitative des sciences sociales. Perspectives intellectuelles stimulantes quand on sait que les démographes ont souvent une double formation (+économie, +sociologie, +anthropologie, +philosophie, +urbanisme, par exemple).

    Démographie et migrations intérieures. Démographie et croissance économique. Démographie et espace vital. Démographie et équipements. Démographie et services publics. Fécondité et Degré de développement de l’État. Fécondité et milieu d’appartenance. Fécondité et niveau d’études des femmes.

    «Populaire et populeux» : on a toujours l’impression que les quartiers les plus pauvres sont encore les plus peuplés. Double peine. Sauf pour ceux qui continuent de raisonner en «fito lahy, fito vavy» : la bénédiction improbable d’avoir sept garçons et sept filles. Dans une Capitale Antananarivo avec 210 habitants au km2, cette surpopulation domestique déborde sur l’espace public et devient gêne, encombrement, surcharge.

    Pendant 25 ans, le RGPH-2 remontant à 1993, l’État malgache s’était privé d’un outil fondamental de décision. L’INSTAT (Institut National de la Statistique) existe, il nous faut désormais un INED ou un Office for Population Research : qu’importe la filiation tant qu’on s’occupe sérieusement de la Démographie. Il n’est que temps : entre 1974 et 1981, le reste du monde s’était déjà soucié d’une «Enquête mondiale sur la fécondité».

    Depuis que le Ministre de l’Économie a partagé la volonté gouvernementale de limiter les naissances, il a fallu lire rapidement en diagonale la littérature savante sur la Démographie qui y gagne sa majuscule. Pourquoi ? Comment ? Qui ?

    «Pendant longtemps, la réflexion sur le devenir d’une société humaine ne pouvait pas s’appuyer sur des données statistiques fiables : elle relevait plutôt de la philosophie, de la morale, de la science politique et, bien entendu, de la religion. En fait, il allait souvent de soi que l’objectif était d’assurer les conditions du plus grand nombre de naissances possible, compte tenu des faibles probabilités de survie des enfants jusqu’à l’âge adulte, ou de la volonté d’augmenter la taille de la population pour s’imposer face aux autres populations».

    Dans la chronique «Ho atao inona izy, sa inona no atao ho azy ?» (Antranonkala 14 juin 2019), j’opposais les «Telo sy Efatra ihany» aux «Mpanao tera-bitro» accusés d’un exploit improbable «miteraka indroa isan-taona». Si la population malgache a triplé depuis 1975 et doublé depuis 1993, tout le monde n’a pas la même responsabilité dans cette explosion démographique. Limitation des naissances, mais lesquelles ?

    En 1977, Harvey Leibenstein avait cherché à expliquer pourquoi les plus riches choisissent d’avoir assez peu d’enfants. Parce que, disait-il, les dépenses à consacrer aux enfants sont plus élevées chez les riches que chez les pauvres et qu’en situation de concurrence dans le budget familial, les dépenses de statut, destinées à maintenir le rang social des plus riches, réduisent les sommes à consacrer aux enfants.

    Dès 1890, Arsène Dumont, dans «Dépopulation et civilisation» expliquait comment le contexte économique et social créé par l’entrée dans l’industrialisation et le développement économique a ouvert des perspectives de promotion sociale que les sociétés traditionnelles n’offraient pas. Et que ceci pousse les couples à limiter le nombre de leurs enfants : soit pour faciliter leur propre promotion en réduisant leurs dépenses et leurs contraintes familiales, soit pour concentrer leurs efforts sur un nombre restreint d’enfants afin d’assurer à ceux-ci une chance de promotion sociale.

    Robert Malthus et son «grand banquet de la nature» (XVIIIe-XIXème siècle), Francis Galton et l’invention de l’eugénisme (1883), Richard Easterlin et son «hypothèse» (1974) : l’opinion publique malgache de l’ère Internet voudra certainement en disserter. Aux démographes, et leur double formation d’ouverture, à nous formuler un avertissement de base : Sujet vaste et complexe.

  • 7 GARÇONS – 7 FILLES

    7 GARÇONS – 7 FILLES

    Dans la notion du bonheur malgache, s’il y a bien un malheur (et non un souhait) a enlevé de nos traditions, c’est « miteraha fito lahy, fito vavy » (faites 7 garçons, 7 filles) ! Car dans un pays aussi pauvre que Madagascar, où la contraception est aussi connue que Manhattan, ou que Jeff Bezos, ce en l’absence de télévision en zone rurale, il ne faut pas s’étonner de voir de la reproduction intensive d’êtres humains, en lieu et place d’une agriculture intensive pour nous nourrir déjà correctement aujourd’hui.

    S’il doit exister, un chiffre, démontrant une performance hors du commun depuis l’indépendance de la Grande île, c’est bien notre capacité à nous reproduire (VS baisse de production des bananes, du riz, du miel, etc.). Les chiffres publiés sont effrayants, sur la base des données communiquées par le Résultat préliminaire du troisième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH-3), Madagascar est passé de 12,3 millions en 1993 à 25.680.342 d’habitants en 2018, si l’on ne comptait que 7,4 millions d’habitants en 1975. Dans 20 ans, l’on passerait à plus de 50.000.000 (cinquante millions, comme les chèques, on vérifie les données importantes 2 fois) !

    Quid des écoles, des CSB, des cultures, des puits, des zébus nécessaires, de tout ce qu’il faut imaginer pour donner une vie décente à autant de monde ? Entre crises politiques cycliques, des performances économiques ne touchant pas les plus vulnérables, une population à 80% rurale, il y a de quoi créer le plus beau cocktaïl explosif pour détruire une Nation, en soupoudrant d’un petit bonus : 40% de la population malgache se trouve dans la tranche d’âge [01 à 14 ans]. Oui dans tout cela notre seule « richesse » est notre jeunesse, mais attention, sans avenir ils deviennent des millions de problèmes… Il y a déjà de quoi préparer la suite du livre de M.Razafindrakoto F.Roubaud J.-M.Wachsberger « L’énigme et le paradoxe: économie politique de Madagascar ».