Catégorie : Opinions

  • VANF ONLINE – National-consumérisme

    VANF ONLINE – National-consumérisme

    Le 21 mars 2019, la troisième édition du Baromètre facto-saatchi & saatchi/ATW sur les entreprises préférées des Malgaches avait mis en lice 215 sociétés, jaugées par 800 personnes, considérées comme échantillon représentatif du Grand Tana. Le «critère des quatre questions», réputation- performance-proximité malgache-confiance, fondant la communication d’entreprise.

    La preuve que je ne fais décidément partie d’aucun échantillon représentatif, c’est que dans le Top 10 des «entreprises préférées du Grand Tana», je ne me reconnais fidèle consommateur que de la Star pour la THB, Socolait pour ses yaourts double crème et Leader Price pour ses saucissons secs.

    Si je suis souvent sceptique quant à la crédibilité des sondages, je rejoins par contre cette conclusion des organisateurs : «il y a une dimension responsable derrière l’acte de consommation». Chez les Japonais d’après Hiroshima et Nagasaki, l’attitude «Kai-Zen», méthode et stratégie ou pratique, du «Change for better», à la base du succès planétaire des auto-moto (Honda, Suzuki, Kawasaki, Mazda, Mitsubishi, Nissan, Subaru, Toyota) comme des produits hi-tech (Sony, Toshiba, JVC, Hitachi, Sanyo), aura avantageusement remplacé le hard-power des Samouraï et des Kamikaze. Chez les Allemands post-1945, le Deutsche Mark dut sa réputation de monnaie-refuge au succès planétaire du «Made in Germany». Ce marketing national-capitaliste reste d’actualité, décliné dans la campagne «Deutsche Qualität» (Opel), tandis que Volkswagen («Das Auto») et Audi («Vorsprung durch Technik») n’ont jamais douté que le client achètera moins un dictionnaire que la solidité, la fiabilité, la qualité de finition, de ce «Made in Germany».

    Innovante, la devise «Gasy ka Manja» avait été inventée par l’équipe d’Élia Ravelomanantsoa pour accompagner le développement du stylisme malgache des années 1990. Militant, l’était le slogan «Vita Malagasy» de Tiko dont le logo avait été dessiné par le regretté Tsilavina Ralaindimby. Ce «Vita Malagasy» se remettant difficilement de l’estoc de 2009, je lui ai trouvé une alternative sympathique, «Vokatra Malagasy», accompagnant un yaourt de «Food & Beverages», à l’opercule joliment remarquable pour sa «proximité malgache», un des quatre critères du baromètre facto-saatchi & saatchi/ATW, puisque ce couvercle parle couramment le malgache : Laro (ingrédients), Fitahirizina (conservation), Otrik’aina (apports), Vokarina sy Tsinjarain’ny (produit et distribué par). Notons que, le PDG de Food & Beverages, Amiraly Hassim, avait été élu président du SIM (Syndicat des Industries de Madagascar), en avril 2019, en insistant sur sa malgachéité : précision qui n’est pas superflue quand on sait que la tolérance de l’apport allogène, fût-il vieux maintenant de cinq générations, n’a pas survécu à une troisième mi-temps victorieuse du onze titulaire métis des Barea.

    NOTE. Le Top 10 du Baromètre 2018 facto-saatchi & saatchi/ATW : Socobis, Chocolaterie Robert, Socolait, Savonnerie Tropicale, Tiko, Aceem, STAR, TV Plus, Supermaki et Leader Price.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Manducation

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Manducation

    «L’expérience qu’ont les Chinois de la consommation de viande humaine est sans doute la plus riche du monde». Cette affirmation de Lin Fu-shih (Lin Ling), chercheur taïwanais, date non de l’Antiquité des dernières dynasties impériales, mais de 1989.

    À la différence d’autres cultures, la chinoise n’a jamais instauré un tabou à parler de ce sujet. C’est ainsi que les chroniques des siècles passés attestent de cas avérés de cannibalisme. Mais, personne ne peut affirmer que les Chinois aient été plus cannibales que d’autres. Il y eut cannibalisme parmi l’équipage embarqué sur le radeau après le naufrage de la frégate «Méduse» de la Marine française échouée au large de la Mauritanie en 1816. Il y eut d’autres cas de cannibalisme parmi les survivants du vol 571 Fuerza Aerea Uruguaya, dans les Cordillères des Andes, en octobre 1972…

    Cannibalisme jouissif, cannibalisme thérapeutique, cannibalisme par piété filiale, cannibalisme par temps de famine, cannibalisme guerrier, cannibalisme culturel et idéologique… Cannibalisme de nécessité lors du «Grand Bond en avant» (1958-1962), qui avait causé la plus grande famine du XXème siècle et tué de 30 à 50 millions de Chinois… Cannibalisme idéologique quand les prolétaires avaient littéralement consommé du contre-révolutionnaire, l’ennemi de classe, pendant la Révolution Culturelle (1966-1976) : Zheng Yi, auteur de «Stèles rouges : du totalitarisme au cannibalisme», affirme qu’il y eut 10.000 victimes de ce cannibalisme révolutionnaire dans le district de Wuxuan, province Guanxi.

    En 2013, les douanes sud-coréennes dévoilaient un trafic chinois de 24.000 capsules contenant de la poudre de fœtus humains, censée améliorer les performances sexuelles. Les mêmes arguments chamaniques qui cannibalisent le pénis des tigres ou les couilles des baleines. Sous la dynastie des Ming, même les eunuques mangeaient la cervelle des jeunes hommes vigoureux pour renforcer leur puissance sexuelle…

    «Les Chinois mangent tout ce qui bouge», a-t-on coutume de se moquer. Dans «Le Supplice du santal» (2001), Mo Yan, le futur Prix Nobel de Littérature (2012), détaille des mœurs culinaires pour le moins «exotiques». Étrangetés élevées au rang d’art gastronomique et de raffinement civilisationnel. Dans «Le pays de l’alcool» (1993), le «réalisme hallucinatoire» de Mo Yan prétend courante la pratique d’aller récupérer dans les hôpitaux les fœtus humains de trois mois (issus majoritairement d’avortements) et de les réduire en poudre pour en faire un fortifiant. Beaucoup de superstitions chamaniques à croire qu’un pain chaud imbibé de sang humain pouvait guérir de la tuberculose (Lu Xun (1881-1936), «Journal d’un fou» et «Le remède») ou que des raviolis fourrés aux fœtus humains étaient la promesse de la beauté et de la jeunesse éternelles (dans le film «La nouvelle cuisine», 2004).

    Une rumeur revient régulièrement depuis une dizaine d’années : la prétendue consommation de fœtus humains par les Chinois. Au-delà de la stupidité commune, on se demande s’il n’y a pas malveillance à vouloir désinformer les opinions publiques. Heureusement, aussi bien pour la rigueur des faits que pour l’honneur de l’Humanité, aucun journal international sérieux n’a repris ces allégations diffamatoires.

    Posture tabloïd, légendes urbaines, rumeurs internet : la délectation populaire pour le morbide et le sordide fait la fortune des sites à hoax et des pages à fake. C’est ainsi que, depuis décembre 2000, est devenue «virale» l’œuvre dite d’avant-garde de l’artiste chinois Zhu Yu, un montage le montrant se délectant de fausse viande humaine.

    D’usine du monde, la Chine est partie à la conquête de ce même village planétaire : châteaux et vignobles dans le bordelais, grands travaux pharaoniques en Afrique, forêts de tapia à Madagascar. Cette visibilité accrue peut vite passer pour un envahissement surtout que les nouveaux venus Chinois ne sont pas aussi discrets que les Sinoa Zanatany dont les Malgaches avaient l’habitude. Les sociologues le savent : l’ignorance s’est toujours conjuguée au racisme pour inventer à l’Autre des mœurs d’autant plus étranges qu’elles sont inventées.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Chronique, Mode d’emploi

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Chronique, Mode d’emploi

    Il semble que la Chronique «Une nuit aux Urgences» (1er août 2019) ait ému jusqu’au Président de l’Ordre des Médecins. Je ne comprends pas pourquoi : l’article n’était pas volontairement désobligeant.

    En deuxième année de Droit, j’avais traversé la route qui nous séparait de l’amphi des étudiants en Médecine. C’était là-bas, tout en bas du campus de l’Université d’Antananarivo. Ces gars ont vieilli de leur côté. Je ne pense pas qu’ils soient tous devenus les gynécos qu’ils m’annonçaient avec gourmandise.

    Stagiaire à Midi-Madagasikara, en 1992, j’acquis très tôt la certitude que deux professions ne pouvaient pas se marier : le journaliste et la toubib. Entre le bouclage tardif du premier et les tours de garde de la seconde, il n’y aurait que peu de place pour des moments intimes à deux. À part mon indécrottable incapacité à comprendre une discipline scientifique, ma peur maladive des médecins (par auto-suggestion, je suis capable d’aller mieux dès que se profile la «menace» d’un rendez-vous chez mon médecin-traitant), ou mon inguérissable malaise dès l’entrée d’un établissement hospitalier, je ne crois pas avoir jamais médit de la Médecine et de ses praticiens.

    Bizarre, contradictoire, paradoxal, qu’affligé de cette psychose, je me sois passionné pour les romans de Robin Cook, des thrillers terrifiants qui se déroulent toujours dans les hôpitaux ou les laboratoires. Lui-même chirurgien en ophtalmologie, Robin Cook décrivait le chirurgien comme le pacha d’une clinique. Si je n’avais pas été un littéraire invétéré, j’aurais aimé être chirurgien.

    Mais, la plume de VANF oblige à un mode d’emploi périodique à l’adresse qui ne la connaissent pas depuis 25 ans. La causticité de rigueur m’interdit de rendre ouvertement hommage. C’est entre les lignes, et au second degré qu’il fallait lire cette Chronique «Aux Urgences».

    Serment d’Hippocrate ou pas, je plaignais ces internes qui, riches de huit années d’études universitaires, devaient s’occuper de gens qui n’ont même pas la politesse de s’occuper de leur hygiène élémentaire. Et, Monsieur le Président de l’Ordre, aucun reproche ne peut être adressé à ceux qui nous avaient reçu cette nuit-là aux Urgences de HJRA : internes et infirmiers ne peuvent être tenus responsables de la pauvreté structurelle d’un hôpital public.

    POST-SCRIPTUM : Par pure coïncidence, avant d’écrire ce «Mode d’emploi», j’avais acheté le Prix Renaudot 2017 : «La disparition de Josef Mengele», par Olivier Guez aux Éditions Grasset & Fasquelle. Trois autres titres résument son parcours : «Médecin à Auschwitz» (Miklos Nyiszli, Julliard, 1961), «Une médecine de mort» (Lise Haddad et Jean-Marc Dreyfus, Vendémiaire, 2014), «Hippocrate aux enfers» (Michel Cymes, Stock, 2015).

    Que personne ne voit malice à ce que j’évoque ici «Herr Doktor» qui avait consacré sa thèse de médecine sur «Recherche morphologique raciale sur la section de la mâchoire inférieure de quatre groupes raciaux» et qui l’avait soutenue «Summa cum laude». Avant de diriger 400.000 Juifs vers les chambres à gaz. Quarante ans après la fin de la guerre, la tête du criminel de guerre Mengele valait trois millions quatre cent mille dollars. Exhumé en 1985, son squelette avait été stocké à l’Institut Médico-légal de Sao Paulo (Brésil) avant d’être légué à la médecine brésilienne en 2016.

  • COMÉDIE MORTELLEMENT TAXABLE

    COMÉDIE MORTELLEMENT TAXABLE

    Dans les produits phares permettant à l’État de collecter un maximum de taxes (qui nous l’espérons ne serviront pas à acheter des 4×4 rutilants aux députés, fin de la parenthèse), comme les carburants, les télécommunications, ou l’alcool, il y a le tabac. Décriées de part le monde, les cigarettes sont pointées du doigt et combattues avec plus ou moins d’efficacité, selon les pays.

    Mais dans l’hypocrisie économique, car on peut oublier tous les arguments liés à la santé, Madagascar reste probablement dans la catégorie poids lourds. Il est évident que dans la Grande île, que personne, personne, dans les organisations ministérielles ou les bénéficiaires de ce budget, n’ont intérêt à ce que le marché du tabac ne s’effondre brutalement. Les chiffres font tousser, plus de 1 000 milliards d’ariary sur les 3 prochaines années de contribution fiscale…

    Précision de taille, l’État détient également des actions dans l’industrie du tabac, donc encaisse une deuxième fois sur les dividendes. LOL, encore des milliards ! Et cette comédie mortelle ne changera pas demain, car qui ou quelle industrie, ou quel produit d’exportation serait apte à compléter ce gap ? Conclusion, dans un système de santé défaillant, le bilan (économiquement parlant) semble toujours positif pour l’État, surtout qu’il est plus facile de continuer avec les produits rentables comme les cigarettes, que d’essayer d’élargir l’assiette fiscale.

    Les actions prises, dans la lutte contre le tabagisme, se sont montrées relativement sans effets sur le marché. Une nouvelle génération, déjà accro, va continuer de garantir le plein des caisses… Alors pourquoi changer une recette qui gagne ? Merci pour les taxes.

  • VANF ONLINE-ANTRANONKALA – Aux portes des villes malgaches

    VANF ONLINE-ANTRANONKALA – Aux portes des villes malgaches

    L’image d’une Ville. Arrive-t-on à oublier les taudis, la crasse et l’anarchie, à l’entrée d’une Ville une fois qu’on a vu et apprécié ce qu’elle sait offrir intra muros ?

    À Mahajanga (le toponyme officiel n’empêche personne d’en appeler à Majunga, son «Bord», son Baobab, son Amborovy, son Grand Pavois), après 572 kilomètres bien tassés dans la nuque, les cahuttes du commerce de la débrouille et de la survie succèdent au lamentable spectacle de bas-côtés de RN4 noircis par les feux de brousse. À Toamasina (la terminaison officielle n’empêche non plus personne d’en référer à Tamatave, passé dans les moeurs depuis les inénarrables expéditions en TCE jusqu’à la Gare des Manguiers), au moins, l’ouverture de la rocade directe par les silos hydrocarbures permet d’éviter les mêmes cahuttes de notre sous-développement pour accéder de plain-pied aux eaux troubles de la Manangareza que plus personne ne songerait à boire.

    Et Antananarivo (Tana pour les intimes, Iarivo déclament les poètes, Analamanga salue la célèbre chanson, «Haody ry Analamangako, ry Iarivoko, r’Imerina»). Jadis surprenante «capitale montagnarde en pays tropical», aux infrastructures désormais saturées par trop d’afflux humains, toujours aussi magnifique mais surtout dans nos souvenirs et sur les photos d’époque.

    On arriverait par l’Ouest, mais dépassé le charme fané du lac d’Andranotapahina, drôle de bienvenue au spectacle de l’anarchie sans nom au niveau du rond-point de Talatamaty : un marché en vrac et de broc à même le sol, doublé d’un arrêt sauvage de taxibe. Un kilomètre auparavant, un bac qui déborde d’ordures jusque sur la chaussée aura servi d’avertissement. On viendrait par le Sud-Est, mais sur l’axe Andoharanofotsy-Tanjombato, les façades que passe en revue la route principale, laquelle se trouve être un morceau de la RN4, achèvent de déprimer le voyageur fatigué : quincailleries sans âme, échoppes sans charme, murs aveugles peints de publicités criardes. On ferait la route depuis le Sud-Ouest, et, dans les embouteillages, on aura tout le temps de méditer sur le pillage des poteaux solaires donnés par la Chine, ou sur les incessants remblais qui avancent plus vite que la route et les autos en surplace, quand ce ne n’est pas la squatterisation officielle de la digue de la Sisaony. On déboulerait depuis l’Est, mais si les ralentissements d’Ambohimangakely annoncent les mœurs marchandes et automobiles de la Capitale à venir, c’est bien Mahazo qui semble avoir fait sa marque déposée de l’éparpillement d’ordures à même la chaussée, assortie de l’insupportable puanteur d’urine, avec la gêne occasionnée par des marchands envahissants et des transporteurs indisciplinés. On pourrait penser que l’entrée Nord, exutoire unique du cul-de-sac qu’est la RN3 d’Anjozorobe, aura été épargnée : las, le foutoir commence dès le marché-gare routière de Sabotsy-Namehana, quelques kilomètres amont qui préparent à la congestion d’Analamahitsy, manifestement inéluctable malgré le concours impuissant d’ingénieurs d’Île-de-France.

    Bien sûr, ni Talatamaty, ni Ampitatafika, ni Andoharanofotsy, ni Ambohimangakely, ni Sabotsy-Namehana, ne sont Antananarivo. Tongasoa à Antananarivo, alors. Antanimbarinandriana et son parc de voitures bonnes occasions, l’avenue de l’Indépendance et ses utilitaires transformés en SAV pour smartphones fatigués, le Parvis de l’Hôtel de Ville et son opération portes ouvertes aux friperies.

  • VANF ONLINE – Élections = Démocratie ?

    VANF ONLINE – Élections = Démocratie ?

    Démocratie = élections. Quoique. Ce n’est pas ce qu’affirme Marcel Prélot, ma référence incontournable lors des années de Droit, et dont je garde toujours «Institutions politiques et droit constitutionnel», des Précis Dalloz, à portée de main.

    «Traditionnellement, le mot démocratie désigne le gouvernement auquel le plus grand nombre participe. Il est formé de deux racines grecques : dèmos, peuple et cratos, règne, gouvernement, pouvoir. (…) La démocratie antique, comme la démocratie moderne, s’oppose au pouvoir d’un seul. La démocratie antique, comme la démocratie moderne, reconnaît la liberté de s’exprimer à toutes les opinions. La démocratie antique, comme la démocratie moderne, place les opinions, reconnues libres, sur un plan d’égalité. La démocratie antique, comme la démocratie moderne, remet la décision à la majorité».

    À l’aune des principes de liberté, d’égalité et de majorité, y eut-il jamais de réelle démocratie à Madagascar ? Quelles opinions libres et égales avaient accordé une majorité de 99% à Philibert Tsiranana cinq mois avant que le 13 mai 1972 n’emporte son régime moribond ? Quelles opinions libres et égales avaient accordé une majorité de 3.213.146 OUI (sur 3.698.451 inscrits) à Didier Ratsiraka et sa Constitution le 21 décembre 1975, allégeance régulièrement renouvelée d’élections septennales en élections septennales ?

    Paradoxalement, les élections de novembre 2001 me semblent les plus représentatives d’opinions libres, égales et concurrentes. Tellement libres, tellement égales, tellement concurrentes, que le pays sombra dans la crise de 2002. Tellement égales que, dix-sept ans après, je ne sais toujours pas qui a vraiment «gagné». Seule certitude : pas de «Premier Tour dia Vita».

    La HCC («Haute Cour Constitutionnelle, institution de la RDM» comme ne pensait pas si bien dire une communication à un colloque de juillet 1988) était trop connotée pour être crédible. Et c’est ce péché originel d’une institution de la «République Démocratique» (les guillemets sur République ou sur Démocratique ?) dont allaient hériter, dans l’opinion publique, toutes les compositions ultérieures d’une juridiction qui a besoin d’un rebranding marketing. Le copier-coller d’une CENI, qui est aux élections ce que le prêt-à-porter du PAS (programme d’ajustement structurel) fut à l’économie, n’a rien arrangé avec toutes les améliorations auxquelles on se refuse plutôt que d’aller coûte que coûte, tête baissée dans le mur d’élections bâclées.

    Dans l’Antiquité grecque, ils n’avaient pas besoin d’un RGPH de l’ère numérique ni d’un état-civil biométrique. Dans l’Antiquité grecque, ils n’avaient pas besoin d’une liste électorale informatisée qui supprime les doublons et ne ressuscite pas les morts. Dans l’Antiquité grecque, ils n’avaient pas besoin d’une administration électorale qui donne les résultats complets du vote électronique une heure après la fermeture des bureaux de vote.

    Les élections seraient la démocratie ? Et elles permettraient à des détenus d’être élus par un électorat sans doute sourd et aveugle mais pas muet quand il s’agit d’exprimer un vote improbable. Et elles assourdiraient le bon sens sous un concert de beuglements pour mieux étouffer le bruit des casseroles que beaucoup traînent. Et elles enverraient à l’Assemblée Nationale une majorité d’élus minoritaires.

    Des élections sont la démocratie, dans ces pays qui ont su créer une masse critique d’instruits et qui ont su élever le niveau de vie de leur population pour lui éviter le chantage alimentaire d’une voix contre un kapoaka de riz. À Madagascar, dans les conditions actuelles qui sont encore celles de l’Antiquité, ce n’est certainement pas la démocratie qui perdrait ou gagnerait à la suppression des élections.

  • VANF ONLINE – Une nuit aux Urgences

    VANF ONLINE – Une nuit aux Urgences

    Un hôpital porte son nom. Plus personne ne sait que celui d’Ingahindriana Joseph Ravoahangy-Andrianavalona (28 octobre 1893 – 21 août 1970) est indissociable du nationalisme malgache incarné dans les deux mouvements V.V.S. (Vy Vato Sakelika) et M.D.R.M. (Mouvement démocratique de la rénovation malgache). Le 21 mars 1946, Joseph Ravoahangy-Andrianavalona soumettait à l’Assemblée Nationale Française l’abrogation immédiate de la loi d’annexion de 1896. L’homme politique le plus populaire à la tête du parti le plus populaire (MDRM), aurait pu rêver d’un destin présidentiel si le MDRM n’avait pas été décapité après le 29 mars 1947 et lui-même condamné à mort avant d’être exilé jusqu’à son retour tardif en juillet 1960.

    À l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona, comme dans tout hôpital, les Urgences sont toujours synonymes d’une catastrophe. D’ailleurs, à HJRA, les Urgences jouxtent la Morgue. Une antichambre en quelque sorte.

    L’autre punition d’avoir à se retrouver là est l’absence totale d’intimité. Double peine. Malgré l’écriteau, «Mpanaraka iray ihany», les plus pauvres débarquent toujours très nombreux et on ne se bouscule pas pour les accueillir. La mère ignore le poids de son enfant : à quand remonte la dernière pesée, insiste l’interne. Il devrait y avoir un pèse-personne dans la salle. Les plus nantis arrivent à deux ou trois mais on s’empresse autour d’eux. Désagréable sensation d’avoir affaire à des «mpanera» sans qu’aucun document n’ait été établi. Heureusement, cette nuit-là, aucune «commission» n’a été discrètement demandée. Un autre écriteau, tout aussi discret que le premier, prévient d’ailleurs solennellement que «Nous luttons tous contre la corruption. Les paiements se font uniquement à la caisse. Exigez votre reçu». Ça rentre doucement dans les mœurs. Trois décennies d’atavisme «mametraha kely» ne s’effacent pas par miracle.

    Des internes officient. Huit ans d’études universitaires et se retrouver à devoir examiner des gens dont la dernière douche remonte à l’année dernière. Le serment d’Hippocrate les oblige à être beaucoup hypocrites de palpations pas trop dégoûtées. Les sutures se font sans sensiblerie. Il semble même que les blessés en état d’ébriété soient couturés sans anesthésie. Hippocrate devait être Croix-Bleue.

    À Madagascar, l’acte médical est gratuit, mais les soins le sont moins. Il faut acheter soi-même bistouri, gants, anesthésiant, seringue, compresse, sparadrap, fil. À la pharmacie de HJRA, ni TPE, ni chèque, que du cash. Le distributeur automatique de la Société Générale se trouve heureusement à la porte de l’hôpital, même s’il est loin des Urgences. À Befelatanana, celui de la BNI est à Mahamasina ; à HOMI (ex Girard et Robic), le plus proche distributeur (BNI) veille nuitamment à plus d’un kilomètre…

    Beaucoup plus proche, l’Institut Médical de Madagascar. Un tunnel le relie à HJRA, mais c’est un véritable «Checkpoint Charlie» entre deux mondes cloisonnés. Malgré le chauvinisme de l’interne qui nous a interdit d’aller IMM, l’Imagerie Médicale de HJRA, fièrement annoncée en 2015, était en panne (j’espère que ce n’est pas depuis quatre ans). Presque pas étonnant : HJRA hôpital public, IMM gestion privée.

    Quoique. Ces sept motocyclettes garées dans un couloir bien propret font définitivement désordre. À IMM, même les WC signent leur appartenance à un établissement payant. Clivage par l’argent.
    L’argent. Que devient celui que réclament les gardiens somnolents de HJRA ? «Exigez votre ticket» : plusieurs minutes d’attente avant de se voir remettre un bout de papier parfaitement illisible. Un ticket horodaté aurait indiqué «Arrivée 22 h 30, Sortie 1 h 30 du matin». Il ne faut pas être pressé aux Urgences.

  • CONTRÔLE À 2 VITESSES

    CONTRÔLE À 2 VITESSES

    À moins d’être aveugle, il est évident que certains véhicules privés, taxis, ou de transport en commun plus particulièrement, ne peuvent avoir logiquement de contrôle technique valide. Le bon sens devrait les empêcher de rouler, rien qu’au premier coup d’œil, ce sans aucune nécessité d’appareil de contrôle.

    Allons-nous vers un contrôle à 2 vitesses, ou est-ce déjà clairement le cas ? On ne cesse de nous rappeler que la loi est la loi, mais il semblerait qu’à Madagascar, l’esprit de pauvreté domine la loi, comme tirer vers le bas plus que vers le haut. Non, ce n’est pas une critique, mais un constat, tout comme de dire ouvertement que les lois sont trop souvent faites pour les imbéciles sur la Grande île, car parfois une loi nationale appliquée à Antananarivo, peut ne pas être appliquée dans aucune autre ville ou à la campagne.

    Certains pourraient trouver dans ce dessin, tout simplement une critique envers les transporteurs en commun versus « les riches », mais à faire le parallèle avec les contrôles fiscaux entre le grossiste de quartier versus un grand groupe, les contrôles sanitaires entre le gargotier versus le restaurant, les contrôles du cahier des charges entre le vendeur d’épices locales versus l’exportateur, les contrôles d’hygiène entre le vendeur de biscuits de rue versus l’industriel, les contrôles des permis de construire, les contrôles des normes, les contrôles des véhicules de location, les contrôles des chambres d’hôtels, etc. tout y passe, et définitivement à Madagascar le contrôle est à 2 vitesses, et celle qui l’emporte tire le pays vers le bas.

    Cependant, il faudrait penser à ces questions : qui paye réellement aujourd’hui pour faire avancer Madagascar ? Qui peut tirer la Grande île vers le haut ? Est-ce que l’apologie du misérabilisme, comme prétexte ou excuse, fera avancer notre pays tout comme nos voitures dans de bonnes conditions ?

  • VANF ONLINE – Inventaire en Amnésie

    VANF ONLINE – Inventaire en Amnésie

    Une revue, archivée depuis des années : le numéro 2126 du 2 au 8 avril 1992 du magazine L’Express parce que sa Une m’avait aimanté : «C’était hier…». Dans ces soixante pages de «comment, en trente ans, la vie quotidienne des Français a changé», je retrouve beaucoup de «comment, depuis soixante ans (1962-2019), la vie quotidienne des Malgaches n’a pas changé…»

    Sur deux photos. Une montagne de fruits et légumes à même une rue des Halles et à même le sol, sur fond de cageots transbahutés à dos d’hommes : c’était dans les années 1960, à Paris, mais un spectacle déplorablement quotidien en 2019. Un «docker» qui tire une charrette à bras devant un parking de Fiat 500, Peugeot 403, Citroën 3CV, Volkwagen Coccinelle, Ford Capri. On se croirait Mahamasina, Andravoahangy, Anosibe…mais en 2019.

    Un texte court qui situe notre actualité dans le «voyage en Amnésie» des autres : «en 1962, un Français sur cinq n’avait pas l’eau courante ; six sur dix se contentaient d’un WC à l’étage ou d’un cabanon au fond du jardin». Ici, notre amnésie, c’est l’Alzheimer d’État quant aux accessoires hygiéniques indispensables.

    Une double étrangeté : notre paysage urbain, qui avait connu la colonne publicitaire Morris (une avait longtemps subsisté devant le cinéma Ritz à Analakely, une autre avait jusqu’à ces dernières années survécu à Tsaralalàna), n’a jamais été équipé de «pissotières rustiques et odorantes, grosses toupies rondes en tôle noire ou vert foncé, posées au coin des trottoirs» ; et si le mot «bain-douche» avait pu passer dans le langage courant des gens d’Avaradoha ou des riverains d’Antsahabe, la pratique assidue de cet «établissement de quartier qui fleure la lavande et le bon savon, fourni avec le savon» ne semble avoir jamais été la préoccupation première de ceux qui étaient privés de l’eau courante à domicile.

    Une poignée d’auteurs, enfin, ici inconnus (Michèle Georges disparue en 2008, Christian d’Epenoux mort en 2009) mais des textes évocateurs que j’aurais aimé savoir imaginer.

  • VANF ONLINE – À l’école du bon sens

    VANF ONLINE – À l’école du bon sens

    Malaise à voir des enfants continuer à se rendre à l’école, en cette fin juillet. Surtout quand certains autres sont en vacances depuis déjà un mois. On évoque une phase transitoire entre deux calendriers scolaires. Les enfants doivent être saturés. Les enseignants non moins fatigués.

    Au Collège Saint-Michel, dont les Jésuites ont tenu la chronique, on sait que l’année scolaire 1900 avait débuté le lundi 29 octobre et qu’elle s’était terminée par la distribution des prix le 21 août 1901. Les élèves avaient eu quatre jours de vacances à Noël et quinze à Pâques. À la naissance du Collège, les cours s’étaient étalés du 14 décembre 1888 au 6 novembre 1889. À cette époque où l’enseignement était entièrement organisé par les différentes missions (London Missionary Society, anglicane, catholique, norvégienne), la rentrée au Collège jésuite se faisait régulièrement en novembre-décembre et les grandes vacances intervenaient en octobre de l’année suivante.

    Grâce à l’ONG Aide-et-Action, j’avais découvert la cruauté du quotidien scolaire de nombreux enfants dans le pays profond. Il y a toute une chaîne de souffrances autour de l’école : des heures à pied pour y aller, le ventre vide très souvent, si bien que la cantine du midi devient au moins une raison de fréquenter l’école. Ce n’est pas une exclusivité malgache quand on voit l’histoire de ce gamin amérindien, de l’ethnie tarahumara au Mexique, dans le documentaire «Chemins d’école, chemins de tous les dangers». Au bout de six heures de marche solitaire dans la sierra pour rejoindre son école-internat, il confie pauvrement : «j’aime bien l’école : là-bas, il y a toujours à manger».

    Online, on pourra toujours retrouver l’émission «Les chemins de l’école» : à l’origine, un long métrage de 77 minutes, réalisé par Pacal Plisson et Marie-Claire Javoy, sorti en salle le 25 septembre 2013. Sans stars ni paillettes, ce documentaire a attiré près de 1,4 million spectateurs. Et en 2014, il reçut le César du meilleur documentaire. L’un de ses trois épisodes raconte l’histoire de Olivier (14 ans) et Francklyn (13 ans), deux enfants dans le Sud-Ouest de Madagascar.

    En charrette à boeufs, en taxi-brousse, mais surtout en tongs et à pied, les deux gosses cheminent vers la maison que leurs parents leur ont louée pour une semaine de scolarité. En chemin, en guise de coupe-faim, ils font la chasse aux sauterelles qu’ils dégustent grillées au feu de bois. Ils achètent au petit détail le riz, l’huile et le sel. Une provision de maïs sec, confiée par les parents, et du riz blanc sans grand condiment, ne doivent pas constituer un régime alimentaire idéal d’apport protéinique et vitaminique. Le soir, tandis que le cadet somnole déjà, l’aîné se fait philosophe : «non, ce n’est pas encore l’heure, j’aime tellement admirer le crépuscule» (cf. «Les pires chemins qui mènent à l’école», Chronique de VANF, L’Express de Madagascar, 21 avril 2016).

    Aborder l’éducation, c’est entrer dans la jungle des acronymes, dont la liste fait quatre longues pages en tête du Plan sectoriel de l’éducation (2018-2022). Leur intitulé fleure bon l’assistance internationale et ce qu’on lui suppose de prêt-à-porter au détriment de spécificités locales, par exemple climatiques. Derrière un jargon ésotérique (AQUEM : amélioration de la qualité de l’enseignement à Madagascar, ARPEM : appui à la redéfinition de la politique éducative à Madagascar, COOCM : cadre d’orientation et d’organisation du curriculum malagasy, CORCES : cadre d’orientation de la réforme des curricula de l’enseignement secondaire, PIE : plan intérimaire pour l’éducation…), on y parle d’activités préscolaires communautaires, d’éducation fondamentale, d’enseignement post-fondamental général, d’action scolaire d’appoint, des acquis de l’expérience (à valider), des métiers de base (à apprendre), de transition vers la vie active (à enquêter)…
    En tant que parents, citoyens, humains, on souhaite juste que ces études, analyses et réflexions successives ne fassent pas des enfants malgaches les cobayes d’un laboratoire permanent. Il est déjà suffisamment terrible d’entendre parler d’une «génération sacrifiée» sur les malentendus, les errements idéologiques, les hésitations, les revirements, les improvisations, de la malgachisation.

    Personne n’aime que les enfants pataugent sous la pluie et dans la boue pour se rendre à l’école, pendant l’été austral. Personne n’aime davantage que les enfants frissonnent dans des salles de classe ouvertes à tous les courants d’air, ce qui est encore trop souvent le lot dans notre pays sous-développé, pendant l’hiver austral. Veiller à l’intérêt du plus grand nombre qui n’auront pas les moyens de dépasser l’horizon Madagascar. Ne pas snober pour autant les projections internationales d’autres parents tout aussi soucieux, tout aussi aimants, de leurs enfants et de leur avenir. Aucune solution ne fera l’unanimité, mais rien ne doit insulter le bon sens.