Catégorie : Tribune libre

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : 70ème anniversaire d’un cinquième millénaire ?

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : 70ème anniversaire d’un cinquième millénaire ?

    La Chine fêtait ce 1er octobre, le 70ème anniversaire de ce dont son président Xi Jinping est si fier : une «Chine socialiste». Mais, j’ai toujours cru que la Chine (comme l’Égypte et comme les civilisations amérindiennes) était cinq fois millénaire. Avec des dynasties impériales auxquelles, au moins, la Chine doit sa Muraille éponyme.

    Ce même jour de 1er octobre 2019, décédait la cantatrice Jessye Norman qui avait chanté La Marseillaise lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989. Pourtant, j’ai toujours lu que «quarante-rois» avaient fait la France, bien avant 1789, bien avant la République.

    Demain, 3 octobre 2019, l’Allemagne va célébrer à la fois le 30 ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin et le 70ème anniversaire de la Loi Fondamentale de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Si la RDA socialiste avait eu une existence éphémère, se prétendant État de type nouveau sans héritage ni national-socialiste, ni weimarien, ni hohenzollernien, comment concevoir une Allemagne qui ne remonterait pas au-delà du 23 mai 1949 ?

    La capitulation du 8 mai 1945 ne peut pas avoir purement et simplement dissout un passé prestigieux habité de tant de figures qu’on nous dit allemandes : Johann Fichte (né en 1762), Arthur Schopenhauer (b.1788), Robert Schumann (b.1810), Max Planck (b.1858), Arthur Heidegger (b.1889)…

    L’autre 30 septembre, il y aura 124 ans que Manjakamiadana capitulait. C’était déjà bien avant le 26 juin 1960. Et il a bien fallu que quelqu’un, un Roi, Radama, conclue ce traité du 23 octobre 1817 avec Robert Farquhar dont on avait marqué le bicentenaire en compagnie de la Princesse royale Anne d’Angleterre.

    Pourquoi les nations arrêtent-elles le comput de leur chronologie si près dans l’histoire courte ? C’est un déni d’histoire. De l’ingratitude envers les vrais «Pères fondateurs». De la schizophrénie à s’amputer d’une part de soi-même.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Anarchie ordinaire à Mahamasina

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Anarchie ordinaire à Mahamasina

    Il y a quarante ans, autour du stade de Mahamasina, la circulation était à double sens. Un rond-point devant l’École Normale évitait aux automobilistes d’avoir à resquiller, comme c’est actuellement le cas, depuis le «Bazar du Quartier» pour couper au plus court vers Ankadilalana.

    Il y a quarante ans, il n’y avait pas toutes ces voitures stationnées en épi, juste de quoi «manger» le tiers de la chaussée. Il y a quarante ans, il n’y avait pas tous ces marchands qui squattent le deuxième tiers de la chaussée. Il y a quarante ans, il n’y avait pas autant d’automobiles qui se disputent aujourd’hui le dernier tiers de la chaussée devenu goulet d’étranglement.

    Une heure à se pousser du pare-choc entre Antanimbarinandriana et la boulangerie Gerb’Or de mon enfance, laissant tout loisir, moteur éteint, de songer au magasin désormais clos de Bovan, où l’on trouvait de délicieux fromages rendus introuvables par le socialisme ratsirakien.

    Ce 1er octobre, comme tous les jours à cette heure de pointe, quand la transhumance dirige ceux qui vaquent aux heures de bureau dans Antananarivo intra muros vers la banlieue-dortoir du Grand Tana, c’est le triste spectacle de l’anarchie ordinaire à Mahamasina.

    Où était le Ministre de la Police de la circulation dont aucun agent n’était visible : sans doute que les subventions européennes ou les surplus américaines ou les dons chinois pour les imperméables ne leur sont jamais parvenus.

    Où étaient le Ministre de l’éducation civique, le Ministre du Code de la route, le Ministre des sens interdits, Le Ministre du bon sens ?

    Manquait à cette inspection interministérielle de l’anarchie ordinaire d’une Ville abandonnée à elle-même, le Ministre de l’eau, qui n’est pas celui de cette première pluie de printemps : ces premières précipitations ne combleraient certainement pas un étiage qu’il eût pu invoquer pour cette coupure d’eau intempestive, enfin rendu chez soi.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Aversion pour les superlatifs

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Aversion pour les superlatifs

    J’ai une aversion pour les superlatifs. Mon encre baverait à en faire débauche, appliqués à lustrer un personnage, de cire ou de chair.

    Magnus (grand), Major (plus grand), Majuscule (encore plus grand), Maximus (très grand) : auge de superlatifs où les esprits subalternes lapent à pleines gorgées la filandre dont ils tissent servilement la Majesté à un supérieur qui a oublié la fable du Renard et du Corbeau.

    Le respect, voire l’admiration, peuvent ne jamais se faire obséquiosité. Ce n’est pas rendre service que d’enfermer son Chef dans l’illusion d’une infaillibilité qui n’est pas de ce monde.

    Plus enclin à demeurer un contempteur, je reste dubitatif à regarder faire les laudateurs patentés. Le zèle de la lèche, l’acquiescement compulsif, les superlatifs au garde-à-vous.

    Il semble qu’au Canada, quelqu’un ait eu l’idée d’offrir les services d’une société de flatterie : pour 5 dollars, vous pouvez faire téléphoner à la personne de votre choix pour dire qu’elle est extraordinaire, formidable, exceptionnelle, unique, géniale.

    Le filtre des secrétaires particulières ou des directeurs de cabinet empêcherait que ces louanges téléphonées parviennent directement aux Ministres, au Premier Ministre, au Président.

    Charle-Magne n’aurait jamais été «Grand» sous ma plume. Celui à qui on sert du Méga-ceci, du Méga-cela, ad nauseam, finit irrémédiablement Méga-lo. Et ce ne serait pas rendre service au pays qui a besoin que ses dirigeants gardent la lucidité de leur infinie petitesse face à la grandeur du service.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Jacques Chirac 1932-2019

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Jacques Chirac 1932-2019

    «Au restaurant, sans même me demander ce que je veux boire, on m’apporte tout de suite de la bière», s’amusait Jacques Chirac. Également ancien Maire de Paris pendant dix-huit ans, l’ancien président français (1995-2007) est décédé à 87 ans.

    Président de la France, Jacques Chirac n’y aura pas changé la face du monde, ne pouvant empêcher George W. Bush de guerroyer en Irak et de plonger tout le Moyen-Orient dans une anarchie dont allaient profiter, beaucoup plus tard, les fanatiques de l’État islamique. Mais, sa posture du Non ne fut pas sans panache, portée au Conseil de Sécurité de l’ONU par la verve flamboyante de son ministre des Affaires étrangères. C’était le 14 février 2003 : «n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix (…) Personne ne peut affirmer que le chemin de la guerre pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable (…) Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits (…) Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, qui vous le dit aujourd’hui».

    Jacques Chirac était un Français typique, disent ceux qui l’ont vu faire en quarante ans de vie politique. Il s’affichait chope de bière à la main, clamait son goût pour la bonne bouffe «bien roborative» d’un salon de l’agriculture ou du restaurant strasbourgeois «Chez Yvonne» où il avait invité les chanceliers allemands Helmut Kohl et Gerhard Schröder ou le président russe Boris Eltsine, ne dédaignait pas se retrouver en galante compagnie, parlait l’anglais avec un accent français à couper au couteau dans une ruelle de Jérusalem, et partageait le chauvinisme cocardier de la France championne du monde 1998.

    En 1900, aux «secondes» funérailles du Premier Ministre Rainilaiarivony, le général Gallieni avait dit à l’assistance : «Malgaches, à maints égards, Rainilaiarivony était digne d’avoir été votre chef». Par l’hommage spontané qu’ils lui rendent, les Français estiment sans doute que Jacques Chirac fut digne d’avoir été leur chef.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Les soubiques de la civilisation

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Les soubiques de la civilisation

    Le rouge des tomates, le vert des feuilles potagères, l’orange des mandarines, le blond des crevettes séchées, le jaune des citrons, le pourpre des oignons, le marron des noix de coco… Nuancier chatoyant, arc-en-ciel pour les yeux, palette de fruits et légumes qui a longtemps fait le charme du marché de Mahamasina. Aujourd’hui, le sage alignement des œufs, la gamme des poissons séchés, les assortiments de piments, sont concurrencés par de tristes stands de fripes chiffonnées et des grappes de chaussures fatiguées dangereusement suspendues à hauteur de nez.

    Un tas de fruits et légumes peut être joli, encore plus joliment présenté d’ailleurs si on montrait à nos marchands l’agencement recherché qu’on sait en faire sur les étals des marchés d’Asie, autant cette exposition massive de friperies étale à la face du monde une double misère, économique et esthétique.

    Ailleurs qu’à Mahamasina, sur tous les marchés, même ceux qui se tiennent absurdement à même les routes nationales, les mêmes marchandises en milliers d’exemplaires qu’on sait déballées des mêmes containers que filtrent bien peu nos douanes. Cet envahissement est particulièrement pénible dans la ville d’Antananarivo et sa banlieue Grand Tana. Le Maire de la Capitale devra pouvoir dire au Ministre des frontières et celui des douanes d’arraisonner dès la haute mer ces balles de récupération avant qu’elles ne soient confiées à ces marchands ambulants qui squattent les trottoirs et la chaussée.

    Le sens du beau s’émousse par ailleurs dangereusement. Quand le paysage quotidien se limite à une forêt de chiffons et des montagnes de chaussures usagées. Et que ce n’est même pas le snobisme marketing de la marque de luxe Golden Goose qui vend 450 euros une paire hideuse de sneakers délibérément salis et designés troués, avec un pansement de sparadrap.

    «Garaba» de fruits, paniers de légumes, corbeilles de riz rouge, «sahafa» de petits crustacés, soubiques de produits vivriers dont on a oublié le nom et l’existence : où donc se réfugie une certaine idée de la civilisation !

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mon expo sur la langue malgache

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mon expo sur la langue malgache

    L’Europe et ses châteaux séculaires, l’Europe et ses palais centenaires, l’Europe et ses musées, l’Europe et ses grands théâtres, l’Europe et ses chefs d’œuvre d’architecture… Il y aurait tant à visiter, dans chaque ville de chaque pays, à l’occasion de journées européennes du Patrimoine.

    Madagascar n’est pas l’Europe. Surtout que nous avons laissé incendier nos Rova ou oublié de réfectionner les routes qui conduisent aux sites historiques demeurés intacts. Mais, dans mon admiration envieuse, je rêve de journées du Patrimoine à Madagascar qui pourraient concerner un patrimoine unique, mais méconnu à force d’être banalisé. Il s’agit de la langue malgache, des langues de Madagascar, dont les spécialistes s’accordent à dire qu’elles appartiennent aux langues austronésiennes qui sont parlées en Indonésie, en Malaisie, à Brunei, aux Philippines, dans le Pacifique, et, comme langues minoritaires, à Taïwan, à Singapour, au Vietnam, au Kampuchea, en Thaïlande et en Birmanie. À Mayotte, l’île comorienne la plus proche de Madagascar, un tiers de la population parle des dialectes malgaches (cf. Karl Adelaar, «Les langues austronésiennes et la place du malagasy dans leur ensemble»).

    C’est sur l’île de Kalimantan (anciennement Bornéo), en Indonésie, la deuxième plus grande île du monde, que les linguistes situent la langue la plus proche du malgache : le maanyan et les parlers du Sud-Est Barito, proche de la ville de Banjarmasin.

    Rien que le paradoxe de «la Grande île de Madagascar, au large de l’Afrique, peuplée d’habitants physiquement si divers mais parlant tous une langue indonésienne» occuperait une belle exposition qu’on monterait sur chaque agora de chaque village de Madagascar. La présence à 4000 kilomètres de son foyer d’origine de cette langue qui est la nôtre sera expliquée à travers différents panneaux : géographie de l’Asie du Sud-Est ; reproduction des inscriptions anciennes en vieux malais de l’époque de Srivijaya ; carte des vents dans l’Océan Indien ; histoire de la pirogue à balancier (lakampiara) dont le prototype est gravé dans la pierre du temple de Borobudur à Java (Indonésie) et dont des exemplaires naviguent tous les jours sur les côtes occidentales malgaches ; photos des expéditions maritimes du Sarimanok (1986), de l’Amanna-Gappa (1991) et de celle de 2003 qui ont effectué la traversée Indonésie-Madagascar ; «album de famille» de faciès rencontrés chez les aborigènes de Taïwan ou les habitants de Sri Lanka ; hypothèses du peuplement de Madagascar : cette toujours «plus belle énigme du monde».

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mercato aux esclaves

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mercato aux esclaves

    Prêté par le Bayer Leverkusen au Borussia Mönchengladbach, revendiqué par son club titulaire alors que le SC Napoli s’en veut acquéreur : l’histoire personnelle de Kristoph Kramer, titulaire dans le onze allemand champion du monde 2014, est une histoire classique du Mercato.

    La ligue des Champions 2019-2020 est arrivée, sonnant la fin provisoire du mercato. Keylor Navas, hier encore trois fois champion d’Europe avec le Real Madrid, a inauguré sa titularisation au Paris Saint-Germain avec une victoire nette et sans bavure contre ses anciens coéquipiers madrilènes avec lesquels il s’entraînait encore quelques jours auparavant : «Quand nous sommes arrivés dans le tunnel, avant d’aller sur le terrain, et voir mes anciens coéquipiers, c’était bizarre», dira-t-il. Ç’aurait été bizarre pour n’importe quel être humain non dénué de sens social, mais Navas était déjà une vile marchandise. Lui-même s’y était résigné : «Il faut changer de mentalité et tous ceux qui sont dans le football savent que ce genre de chose peut arriver».

    Aucun footballeur sensé n’aurait échangé sa place au Real de Madrid, le club le plus prestigieux d’Europe, contre un poste au PSG de très récentes ambitions. Sauf que Keylor Navas n’avait pas trop le choix : il avait été supplanté au poste de titulaire par une nouvelle recrue. En acceptant sa «rétrogradation», de Madrid à Paris, Navas récupérait un rang de titulaire, délogeant du même coup le jeune Alphonse Areola obligé à son tour d’accepter un poste de doublure au Real. Areola non plus n’avait pas trop le choix.

    Le joueur n’a pas son mot à dire. À peine. Les aristofoots Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, deux des meilleurs joueurs de tous les temps, seigneurs incontestés en leur confrérie, auraient pu s’opposer à l’achat d’un joueur dont le salaire aurait été supérieur au leur. Par contre, les prolétaires du métier, interchangeables en interne et exchangeables à chaque mercato, sont déjà heureux de bénéficier d’un temps de jeu qui les expose aux yeux avides des recruteurs-chasseurs d’esclaves.

    Car, le joueur de foot est au mercato UEFA ce que le gladiateur était aux arènes de Rome. Une marchandise. Mercato est un mot italien, sans doute le même qu’employaient déjà les vendeurs des «esclavons», slaves de Dalmatie dans les Balkans, qu’achetaient des traiteurs d’Afrique du Nord ou de Byzance (dans l’actuelle Turquie). La traite de ces esclaves slaves s’opérait entre Méditerranée italienne, Mer Noire et embouchure du Don. Dire qu’il y a encore 500 ans, Venise était l’un des marchés aux esclaves les plus florissants d’Europe…

    Neymar, le joueur le plus cher à acheter de toute l’histoire récente du football, est aussi celui le plus dur à vendre ou troquer, quitte à le brader. Paris l’avait acheté au prix fort et entendait le revendre avec une juteuse plus-value. Les rodomontades des Neymar père-et-fils n’allaient rien y changer : la traite proprement dite ne concernait que vendeur et acheteur. Pas la marchandise millionnaire.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La chasse au bruit

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La chasse au bruit

    Mieux vaut tard que jamais. La Préfecture d’Antananarivo réagit enfin aux nuisances sonores. Dans de précédentes Chroniques dans L’Express de Madagascar (La civilisation du silence : 01.08.2017 ; Le peuple qui murmure : 01.02.2018 ; C’est tellement vulgaire, le bruit : 23.05.2019), j’associe le bruit au désordre, le vacarme au laisser-aller, le tapage à la barbarie. À une certaine époque, pas si lointaine, on avait un respect instinctif du panneau «Silence : hôpital». Aujourd’hui, il faudrait mesurer les décibels que produisent les mpanera de taxibe à la porte de l’Hôpital militaire de Soavinandriana, la circulation dense devant l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona à Anosy, le murmure persistant des marchands de Mahamasina à proximité de l’Hôpital de Befelatanana.

    L’Organisation Mondiale de la Santé alerte contre l’exposition à plus de 85 dB pendant huit heures (c’est le bruit moyen de la circulation automobile), ou à plus de 100 dB pendant quinze minutes. ALERTE : on devient sourd à subir le hurlement du vuvuzéla (120 dB au-delà de 9 secondes) dont des sans-gêne font un usage intempestif sur la voie publique depuis la découverte de cette arme d’assourdissement massif lors de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. En octobre 2018, l’OMS avait prescrit, à l’usage des sociétés policées d’Europe, une exposition moyenne «day, evening, night» de 53 dB et une exposition Lnight de 45 dB au trafic routier automobile.

    Contre le bruit, quelle est, chez nous, la base légale de toute action pénale ou administrative ? Ailleurs, dans cette administration française dont notre République malgache a repris moult arrêtés, décrets et lois, le Code de la santé publique et le Code de l’environnement se retrouvent au centre de la lutte contre les nuisances sonores : «bruits susceptibles de porter atteinte à la tranquillité publique et de nuire à la santé de l’homme ou à son environnement», «bruits dits de voisinage qu’ils proviennent du comportement d’une personne ou de l’exercice d’une activité ou qu’ils soient d’origine domestique ou professionnelle», «les bruits provenant d’une activité professionnelle ou d’une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle».

    Il s’agit de réglementer aussi largement que les objets bruyants et les dispositifs d’insonorisation ; les établissements ou locaux recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée ; la procédure d’homologation des silencieux.

    Sur les voies publiques ou les voies privées accessibles au public, les lieux publics ou accessibles au public, les parkings automobiles, sont interdits les bruits gênant «par leur intensité, leur durée, leur caractère agressif ou répétitif» : les chants à la Bianca Castafiore, la musique à fond de sono, les voitures aux moteurs trafiqués, les motos et scooters à échappement libre, l’usage intempestif de klaxon, les pétards.

    Les propriétaires de bars, karaokés, pianos-bars, restaurants, salles de spectacles, salles polyvalentes, discothèques, cinémas, doivent s’assurer que le bruit ne porte pas atteinte, DE JOUR COMME DE NUIT, à la tranquillité du voisinage. Une étude d’impact sonore doit être menée avant la construction ou l’aménagement de ce type d’établissement que les autorités peuvent contraindre à s’enterrer ou à se bunkeriser.

    Même l’utilisation des outils de bricolage (tondeuses à gazon, tronçonneuses, perceuses, raboteuses, scies mécaniques) obéit à des créneaux horaires. Jusqu’aux animaux qui sont tenus de respecter la tranquillité du voisinage : il appartient à ceux qui en ont la garde de les empêcher de faire du bruit «de manière répétée et intempestive», sans porter atteinte à leur santé.

    La musique adoucit peut-être les mœurs. Mais, le bruit les barbarise définitivement. Dans une Ville envahie par toutes sortes de nuisances sonores, voire une société gangrénée par des mœurs tapageuses, le retour à la civilisation passe par l’apprentissage du silence.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : EVASAN

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : EVASAN

    X Y, Z : X le pays de nulle part ; Y comme Yougoslavie, le puzzle de Tito qui allait imploser dans l’onde de choc de la déflagration de l’URSS, Z comme le Zaïre de Mobutu ou le Zimbabwe de Mugabe. Tito (27 ans au pouvoir), Mobutu (32 ans au pouvoir), Mugabe (37 ans au pouvoir) : il y avait des noms comme ça qui hantaient nos manuels des années de République socialiste sans que l’histoire majuscule inscrive jamais leur patronyme dans la colonne des profits.

    Robert Mugabe est mort dans un hôpital à Singapour. Il était le héros de n’importe quoi, incapable en 37 ans de pouvoir dictatorial d’équiper son pays d’un établissement qui eût pu lui prodiguer les soins nécessaires. La liste est interminable de ces indépendantistes qui n’ont eu aucune honte d’une évacuation sanitaire par défiance envers le système de santé publique de leur pays : l’Ivoirien Alassane Ouatara avait été opéré d’une sténose du canal lombaire à l’hôpital américain de Neuilly ; le Zambien Michael Sata était décédé d’une «maladie non révélée» dans un hôpital de Londres alors que son prédécesseur Levy Mwanawasa mourut d’une attaque cérébrale à l’hôpital militaire Percy près de Paris ; l’Éthiopien Meles Zenawi est mort d’une «maladie bénigne» dans un hôpital de Bruxelles ; avant son décès le Gabonais Omar Bongo avait été pris en charge à l’hôpital Quiron de Barcelone pour un cancer des intestins ; le Togolais Gnassignbe Eyadema devait mourir à bord de l’avion qui l’évacuait vers un hôpital en France…

    Avant sa chute en 1972, le président malgache Philibert Tsiranana avait été hospitalisé à Paris pour des problèmes cardiovasculaires ; Albert Zafy, chirurgien de son état, avait bénéficié d’une «Evasan» d’urgence sur La Réunion pour une AVC ; Didier Ratsiraka accompagne régulièrement son épouse pour des soins médicaux à Paris…

    Au Zimbabwe, Robert Mugabe était le «Père de l’indépendance», sa première épouse Sally «mère de la nation». On fait dire aux mots tout et surtout n’importe quoi dans la dithyrambe. Ce sont ces prétendus «Pères de ceci» et «Mère de cela» qui ont absolument échoué à donné à leur pays la vraie indépendance : celle de ne pas voir le budget de l’État sous perfusion des prêts étrangers, celle de faire confiance aux universités locales pour l’instruction de ses propres enfants, celle de pouvoir confier sa vie aux hôpitaux du pays.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Distance familière

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Distance familière

    J’ai mauvais caractère. Quand un(e) ami(e) arrive à quelque poste d’importance, c’est le moment que je choisis pour m’esquiver. Le plus sûr moyen que je vous fiche la paix, c’est que vous deveniez CEMGAM, DGPN, ministre, ambassadeur, SGP…ou Président de la République…

    Alors, maintenant que Mireille Rakotomalala n’est plus ambassadeure, je me résous à parler d’elle. Pourquoi maintenant, seulement ? Parce que, avant son départ pour le Japon, je n’avais pas pu tenir ma promesse de lui ressortir un vieil article du «Madagascar Matin» des années 1970, sans doute le tout premier qui ait jamais parlé de la pianiste de talent qu’elle était déjà : imprimée sur un papier journal d’il y a quarante ans avec la qualité des rotos d’alors, la photo ne semblait éclairée que par la blancheur liliale de la robe sur la jeune fille diaphane. Le noir jais du piano se confondait avec l’obscurité profonde de la scène. Ce devait être au théâtre d’Isotry, éminemment fréquentable en ces temps-là.

    Je n’aime pas déranger. J’ai connu un Président de la République que j’aurai seulement importuné dans la solitude de son exil. J’avais connu un candidat que je félicitai d’un «ciao» sitôt qu’il fut élu Maire. Je connais un Ministre, que j’approchais à distance protocolaire, ne retrouvant une vieille familiarité que le jour de sa candidature à autre chose. Et tant d’autres amis que j’avais évités tant qu’ils étaient à leur firmament. À Mireille Rakotomalala, j’aurai rendu compte des événements de mi-2018, la laissant depuis tranquille, jusqu’à ces derniers jours.

    Déjà Ministre, encore tout récemment ambassadeure, forte de son talent musical, connue et reconnue comme telle, elle peut tout à fait renouer avec un poste de prestige. Mais, si elle revenait au pays, retrouver la simplicité de sa 404, sans doute irais-je lui reparler de bière artisanale.