Catégorie : Tribune libre

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le Pape, le Père et la Karenjy

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le Pape, le Père et la Karenjy

    François (82 ans) et Pedro (71 ans) qui se retrouvent comme deux vieux potes. Ce qu’ils étaient apparemment si tant est qu’on peut devenir pote avec son prof de littérature en séminaire. Mais, l’image, forte, très forte, a vite fait le tour des réseaux sociaux.

    Il s’en dégageait un je-ne-sais-quoi qui ressemblait à de l’authenticité. Leur Argentine commune, c’est loin, très loin. Les années de séminaire, c’est loin, bien loin. Mais, ça doit faire quelque chose de revoir un «pays» dans ces circonstances exceptionnelles : l’un Pape, chef suprême de l’Église catholique ; l’autre, prêtre, fondateur et héros de cette oeuvre caritative dont on avait pu dire qu’elle le nominerait au Nobel de la Paix.

    Cette image simple, mais tellement vraie, c’était plus que la visite du Pape en chef d’État, avec tout le protocole guindé autour ; plus que la visite d’un chef religieux avec l’effeverscence frénétique de tous ceux qui voulaient l’apercevoir, lui serrer la main, recevoir sa bénédiction. Dans notre chauvinisme insulaire, l’image forte de cette tournée apostolique, Mozambique, Madagascar, Maurice, ne peut être que celle-ci, qui réunit en un seul cliché les trois héros du jour : le Pape, le Père et la Karenjy déguisée en papamobile.

    C’était le moment ou jamais d’aimer un peu cette voiture si «particulière». Oui, le «Made in Madagascar» ne fait pas tout. Surtout, quand malheureusement trop souvent, il n’y a pas de miracle entre le «Vita Malagasy» majuscule et le «vita gasy» en bas de casse. Celle-ci ira au musée, rejoindre la papamobile de Jean-Paul II : de leurs autres congénères, certaines auront l’heur d’un post RSE sur Facebook, aux couleurs d’une multinationale, d’une Fondation, d’un club de service ; plus rares seront celles dont le pare-brise arborera la très officielle cocarde du drapeau malgache.

    Il en existe pourtant, le drapeau malgache sur la plaque faisant foi de leur immatriculation à la marine (R 1555 A) ou à l’armée de terre (T 1467). La charrette à zébus de la famille Poussin avait été escortée par un petit convoi de Karenjy, l’ambassade de France en a acheté, la Nonciature a embarqué le Pape à son bord : tous les PRMP (personnes responsables des marchés publics) devraient culpabiliser ! 2.270.000 ariary par mois, en 36 loyers après un premier paiement de 15.360.000 ariary…

    En attendant une version «Karenjy-Cruiser/Runner/Rover», cette version découvrable, sans son toit et la malle arrière rapportée, ferait un original command-car. Des jantes alu par-là, des élargisseurs de voies par-ci, des extensions d’ailes en-sus : de quoi donner des envies de la customiser.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Guide papal à Andohalo

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Guide papal à Andohalo

    Le Pape s’était rendu à la cathédrale d’Andohalo. Une inscription, avec illustration d’époque, devrait raconter l’histoire de ces lieux aux Croyants, comme aux simples passants, voire les touristes qui sont nombreux à monter d’Ambatonakanga, Ambatovinaky, et Andohalo pour se rendre à Andafiavaratra et au Rova.

    Sur une photo ancienne, on voit au fond et au sommet de la colline d’Antananarivo, le palais de Manjakamiadana qui avait encore sa silhouette originelle en bois. Au premier plan, la maison traditionnelle en bois que le prince Ramboasalama a mise à la disposition des Jésuites, à leur arrivée, trois mois seulement après le décès de la Reine Ranavalona 1ère, survenu le 16 août 1861. Juste devant la maison, qui servait d’église provisoire, l’ancien lac d’Andohalo est encore bien visible.

    Fils de la sœur de la Reine Ranavalona 1ère, Ramboasalama était donc le cousin germain du Roi Radama II. Le trône lui ayant été promis, avant la naissance de ce dernier, il fut impliqué dans un complot visant à en écarter le prince-héritier Rakotondradama. Condamné à l’exil à Ambohimirimo où il décéda le 9 avril 1862, il n’aurait pas dû avoir le droit de se faire enterrer au Fitomiandalana du Rova d’Antananarivo, mais le Roi son cousin leva l’interdit et Ramboasalama rejoignit son frère Ramahatrarivo I dans le deuxième-tombeau-aligné depuis le Sud.

    Le premier curé d’Andohalo fut Joseph Webber, en novembre 1861. Dans un arrêt de la Cour d’appel de Tananarive du 27 septembre 1911, on apprend que l’immeuble dit «Immaculée-Conception II» avait une contenance de un hectare 90 ares 85 centiares et consistait en deux églises, un évêché, deux grandes écoles, deux ateliers, une imprimerie et une reliure, ainsi que plusieurs maisons : fruits de plusieurs décennies d’acquisitions successives dont l’administration coloniale allait pourtant contester la propriété aux Jésuites.

    C’est le 8 mai 1873 qu’on posa la première pierre de la cathédrale d’Andohalo. Le père Laurent Ailloud, en charge de la paroisse d’Andohalo depuis 1871, allait se charger de la construction d’après les dessins du Père Alphonse Taïx (qui tracera également les plans de la cathédrale de Fianarantsoa). La cathédrale était encore inachevée quand la Mission l’investit le 26 octobre 1878 et elle ne sera consacrée que le 17 décembre 1890, mais en présence de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony.

    Entre-temps, le 30 mai 1883, les missionnaires catholiques avaient été expulsés par le Premier Ministre Rainilaiarivony suite à l’attaque de Majunga par la marine française, quinze jours auparavant : «Catholique = Français». Les quatre églises de la Capitale (Immaculée-Conception d’Ambodinandohalo, Sacré-Coeur d’Ambohimitsimbina, Saint-Joseph de Mahamasina, Notre Dame du Sacré-Cœur d’Ambavahadimitafo) furent confiées à Victoire Rasoamanarivo, bru de Rainilaiarivony, qui veilla à les maintenir ouvertes, pour les exercices de piété et les catéchismes, même en l’absence de prêtres, du 2 novembre 1894 au 18 décembre 1895.

    Victoire Rasoamanarivo avait été une élève des sœurs de Saint Joseph de Cluny qui, arrivées dans la suite des premiers Jésuites, ouvrirent la première école pour jeunes filles le 14 novembre 1861. Elle décédera le 21 août 1894 et sera béatifiée par le Pape Jean-Paul II, lors de son voyage malgache en 1989. Le corps de Victoire Rasoamanarivo, qui, en 1961, avait déjà été sorti du mausolée familial Fasan-dRainiharo pour être déplacé au cimetière missionnaire d’Ambohipo, a été de nouveau extrait pour reposer dans la chapelle mortuaire devant la cathédrale d’Andohalo.

    À l’époque de la béatification de Victoire Rasoamanarivo, la foi faisait voir un miracle en toute chose. Mais, quand, sur le site d’un ancien étang, de l’eau sourd, plutôt que de m’extasier alléluia, je préfère l’hypothèse scientifique d’une résurgence de l’ancienne source qui l’avait alimenté. La thérapie par auto-suggestion est un vrai talent que tout le monde ne sait pas avoir : pèlerinage à Lourdes, prières dans la chapelle de Victoire Rasoamanarivo, télépatho-thérapie par simple spectacle du Pape à Soamandrakizay…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Bergoglio

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Bergoglio

    En 1929, les grands-parents et le père du Pape François avaient quitté leur village de Portacomaro dans le Piémont, en Italie, pour se fixer définitivement en Argentine. Trois millions d’Italiens avaient immigré en Argentine, entre 1857 et 1940. Soit 48% du total des étrangers venus s’y installer, suivis par les Espagnols (2 millions, soit 34%).

    Ce «Nouveau Monde» de l’Amérique avait été «découvert» (les guillemets s’imposent parce que les premiers habitants amérindiens n’avaient pas attendu les «Grandes découvertes» européennes) par Christophe Colomb en 1492. Un an plus tard, l’Espagne et le Portugal, les deux principales puissances maritimes de l’époque, allaient se le partager par la bulle «Inter caetera» du Pape Alexandre VI qui traça une ligne de démarcation à 100 lieues à l’Ouest du Cap-Vert. Le traité de Tordesillas (7 juin 1494) déplacera cette ligne plus à l’Ouest, attribuant ainsi le Brésil, découvert officiellement le 22 avril 1500 par Pedro Alvares Cabral, au Portugal.

    Entre cette première ligne dans l’Atlantique et une autre au méridien de l’archipel des Moluques, dans l’actuelle Indonésie, convenue entre Portugais et Espagnols par le traité de Saragosse du 22 avril 1529, s’étendit donc une première influence portugaise. Vasco de Gama doubla le Cap de Bonne-Espérance en 1497, s’ouvrant l’Océan Indien. Le Mozambique devint colonie portugaise dès 1498, tandis que la «découverte» de Madagascar fut le fait de Diego Dias (15 août 1500). Calicut en Inde était atteint en 1498, Malacca en Malaisie en 1511, la Chine en 1518, le Japon en 1542.

    La Compagnie de Jésus à peine fondée le 27 septembre 1540, François-Xavier (1506-1552) portait l’Évangile en Inde et au Japon tandis que Matteo Ricci (1552-1610) s’immergeait en Chine. À Madagascar, après l’échec du Jésuite portugais Luis Mariano au XVIIème siècle, la Compagnie de Jésus dut attendre la deuxième moitié du XIXème siècle pour pouvoir s’implanter : et pendant un siècle, de 1864 à 1959, sous la houlette successive de Louis Jouen (1864-1872), Jean-Baptiste Cazet (+39 ans), Henri de Saune (+17 ans), Étienne Fourcadier (+19 ans) et Victor Sartre (+9 ans), le catholicisme à Madagascar fut grandement une oeuvre jésuite.

    Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, premier Jésuite à être élu Pape l’autre 13 mars 2013, marche sur les traces de ces pionniers et ses lointains prédécesseurs.

  • AMEN LE GOUDRON

    AMEN LE GOUDRON

    L’accueil du Pape François, néanmoins Chef d’État du Vatican, donc à ce titre une personnalité de haut rang indépendamment de la religion, a fait d’Antananarivo un vaste chantier dans le détail, pour présenter la ville « sous ses plus beaux atours » * certainement.

    * Pour cette expression, on pourrait retenir ces quelques mots : C’est pour cela que celui qui se montre sous ses plus beaux atours va paraitre tellement sophistiqué et peu naturel qu’il donne l’impression de porter un déguisement et de faire en sorte de se montrer sous un air qui ne lui sied pas. (Source : expressions-francaises.fr)

    Comme pour le Sommet de la Francophonie, ou pour le passage du Président Paul Kagame, on pourrait croire qu’encore une fois à Madagascar, tout est fait pour cacher la misère. Comme par miracle, par exemple, finalement on se rend compte que l’on peut faire régner l’ordre dans la capitale, quelque soit la taille de l’évènement. Capitale dont pourtant le nombre de population augmente fortement suite à la venue du Souverain pontife, alors que l’on a tous en mémoire les conséquences d’une simple bousculade au Stade de Mahamasina…

    Sans mauvais jeu de mots, on se plairait à croire que le Pape François AMEN LE GOUDRON… et le changement social avant même son arrivée (propreté, sécurité, respect de la circulation, etc). Prions donc que l’envie lui prenne d’aller ailleurs dans Madagascar, ou en dehors des sentiers battus des axes principaux liés au programme protocolaire. Il est fort à parier cependant, sans enlever nullement la fierté nationale d’un tel évènement pour tous les malagasy, que le Ciel lui a soufflé mot sur la réalité du pays, et que le Saint-Père ne manquera pas de la relever. Prions.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Aggiornamento sur l’avortement

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Aggiornamento sur l’avortement

    «Le cimetière aux fœtus» : racontée par TV5, cette histoire d’une mère de six enfants qui aurait recouru à huit avortements clandestins pour ne plus avoir d’autres enfants.

    Nous sommes en 2019, mais en 2017, le Parlement avait encore refusé la légalisation de l’avortement qui se pratique néanmoins aux risques et périls de la femme qui ne peut recourir aux services d’un hôpital professionnel. La visite du Pape François est l’occasion d’interroger «L’Église dans le monde de ce temps», pour reprendre l’intitulé d’une Constitution pastorale promulguée le 7 décembre 1965, un des seize documents du Concile Vatican II.

    Dans quel monde de quel temps continue-t-on de mettre sur le même plan «le génocide, l’avortement, l’euthanasie, le suicide» (L’Église dans le monde de ce temps, Première Partie, Chapitre 2, Paragraphe 27) ? Dans quel monde de quel temps continue-t-on d’exhorter les époux à une «fécondité généreuse» (Deuxième Partie, Chapitre 1, Paragraphe 48.4) ? L’Église catholique invite ses fidèles à «sans cesse agrandir et enrichir» la famille (Deuxième Partie, Chapitre 1, Paragraphe 50) comme au monde et le temps de la Genèse : «Soyez féconds et multipliez-vous» (Gen. 1, 28)…

    «En ce qui concerne la régulation des naissances, il n’est pas permis aux enfants de l’Église d’emprunter des voies que le Magistère, dans l’explication de la loi divine, désapprouve» (Deuxième Partie, Chapitre 1, Paragraphe 51.3) : les évêques malgaches feraient œuvre utile de bon sens en entretenant le Pape d’une question déjà évoquée par ses prédécesseurs Pie XI (en 1930) et Pie XII (en 1951). Nous sommes en 2019, et dans un besoin urgent d’aggiornamento.

    Entre les lignes implacables du dogme, des ouvertures semblent néanmoins avoir été aménagées : «Les spécialistes des sciences, notamment biologiques, médicales, sociales et psychologiques, peuvent beaucoup pour la paix des consciences si, par l’apport convergent de leurs études, ils s’appliquent à tirer davantage au clair les diverses conditions favorisant une saine régulation de la procréation humaine» (Deuxième Partie, Chapitre 1, Paragraphe 52.4).

    Ou en Deuxième Partie, Chapitre 5, Paragraphe 87.3 : «en vertu du droit inaliénable de l’homme au mariage et à la procréation, la décision relative au nombre d’enfants à mettre au monde dépend du jugement droit des parents et ne peut en aucune façon être laissée à la discrétion de l’autorité publique. Mais, comme la décision des parents suppose une conscience bien formée, il est très important de permettre à tous d’accéder à un niveau de responsabilité conforme à la morale et vraiment humain qui, sans négliger l’ensemble des circonstances tienne compte de la loi divine. Cela suppose, un peu partout, une amélioration des conditions pédagogiques et des conditions sociales et, en tout premier lieu, la possibilité d’une formation religieuse ou, à tout le moins, d’une éducation morale sans faille. Il faut, en outre, que les populations soient judicieusement informées des progrès scientifiques réalisés dans la recherche de méthodes qui peuvent aider les époux en matière de régulation des naissances, lorsque la valeur de ses méthodes est bien établie et leur accord avec la morale, chose certaine».

    Que les évêques et les prêtres inculquent dans les mentalités, «pour la paix des consciences», les progrès scientifiques réalisés dans la recherche de méthodes qui peuvent aider en matière de régulation des naissances. Et quelle meilleure tribune, pour «l’amélioration des conditions pédagogiques», que le rendez-vous hebdomadaire du dimanche ? L’Église a déjà reconnu qu’elle doit «continuellement apprendre de l’expérience des siècles» (Première Partie, Chapitre 4, Paragraphe 43.6). Espérons.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Décentralisation par VISA

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Décentralisation par VISA

    «VISA est acceptée à travers le monde». Même à Madagascar. Dans notre retard structurel, nous avons paradoxalement acquis une certaine avance dans la banque mobile avec les trois principaux opérateurs de téléphonie (Telma, Orange, Airtel). Moins de fiduciaire, toujours plus de dématérialisation : le jeu «payer avec sa carte bancaire au célèbre logo VISA et gagner un voyage» que lance la Société Générale, va dans ce sens en attendant que sa généralisation à une masse critique de consommateurs achève le basculement dans les mentalités.

    La liste des commerçants concernés par ce jeu va des supermarchés (Score, Leader Price, Shoprite, Horizon Ivato), à des casinos, bijouteries, quincailleries, agences de voyage et compagnies aériennes, pharmacies, boutiques de prêt-à-porter, boutiques d’artisanat, boutiques d’électroménager, en passant par la longue liste des hôtels et restaurants dont la distribution sur l’ensemble de l’île est sans conteste la décentralisation la mieux réussie.

    En hébergement et restauration, bien sûr que les principaux chefs-lieux sont massivement représentés (Antsiranana, Toamasina, Majunga, Tuléar, Fianarantsoa), tout comme les destinations les plus courues (Nosy Be, Foulpointe, Andasibe, Sainte-Marie, Morondava, Mantasoa, les parcs nationaux de Ranomafana, Zombitse, Ankarana, Bemaraha, Isalo), mais aussi des localités dont la présence nous rappelle qu’il n’y a pas que des touristes et des vacanciers dans la vie, même si les gens qui y vivent à longueur d’année, ne vont certainement pas déjeuner au restaurant tous les midis : Sambava, Brickaville, Fénérive-Est, Behenjy, Farafangana, Miarinarivo, Tsiroanomandidy, Moramanga…

    Un listing fastidieux qui offre néanmoins une cartographie intéressante de la décentralisation progressive de commodités qu’on ne trouvait que dans la Capitale, voilà encore quelques années : Tamatave (Leader Price, Score, Shoprite), Majunga (Leader Price, Score), Nosy Be (Leader Price, Big Bazar, Nosy Be Market, Donia Market, Big Market), Antsirabe (Score, Shoprite), Tuléar (Score).

    On note également des «exclusions» très remarquées à ce réseau (Ambatolampy, Arivonimamo, Ampefy), que l’ouverture d’une moderne, mais banale, station-service ramène cependant déjà dans la «civilisation»… La ville de Fianarantsoa, très peu représentée, apparaît tout aussi marginale, malgré sa situation géographique ou son statut politique et universitaire. Cette cartographie, à l’aune de la connexion Internet qui permet le service d’un TPE (terminal de paiement électronique), n’est certainement pas exhaustive, mais donne une première indication de l’extrême concentration des services et commodités dans les six arrondissements d’Antananarivo et déjà un peu moins dans le Grand Tana, encore moins dans la Région Analamanga. On traverse ensuite un immense no man’s land jusqu’aux abords des principaux chefs-lieux qui, eux non plus, ne sont pas des modèles de décentralisation à l’échelle de leur région.

    À ce titre, le nom de la «Boutique au bout du monde», sise à Fort-Dauphin, est un train d’humour à l’ironie mordante.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La Planète brûle-t-elle ?

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : La Planète brûle-t-elle ?

    Il y a 12.000 ans, la dernière vague des ancêtres asiatiques des Amérindiens franchissaient à pied le détroit de Béring, entre l’Extrême-Orient russe et l’Alaska étasunien. Pour dix millénaires, jusqu’en 1492, ils allaient disparaître de la connaissance de ceux qui écrivent l’histoire.

    Les historiens, cependant, ne les ont jamais accusés d’avoir saccagé la nature. Au contraire, phénomène démographique unique dans l’histoire de l’humanité, les Amérindiens allaient presque entièrement disparaître, au Nord (les «Peaux-Rouges») comme au Sud (Aztèques, Toltèques, Mayas, etc.), au contact bactériologique avec les Européens.

    Aujourd’hui, ce sont les lointains de ces Conquistadors qui grignotent une Amazonie qu’on présente comme le «poumon» de la planète Terre. Si le Brésil regroupe sur son territoire 60% de cette forêt amazonienne, huit autres pays (Bolivie, Pérou, Équateur, Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam, Guyane française) s’en partagent également les derniers lambeaux.

    Les forêts tropicales sont essentielles, non pour l’oxygène qu’elles produisent mais pour leur capacité d’absorption du dioxyde de carbone. Et pendant que les incendies dans l’Amazonie accaparent l’attention, les satellites de la NASA montrent d’autres feux importants en RD Congo, dont la forêt tropicale est la deuxième plus importante au monde après l’Amazonie. Mais, également en Angola, Zambie et Mozambique. En Indonésie, à Sumatra et Bornéo, ce sont 136.000 hectares de forêt qui sont partis en fumée.

    L’image satellite est impressionnante : une photo du 27 août 2019 montre un Madagascar rouge incendie ! Mais, les spécialistes l’assurent : la vraie réalité ne peut pas être déduite du nombre de pixels rouges produits par MODIS, un satellite «très sensible» de la NASA. Toujours sur cette image satellite, le Nord-Ouest de l’Australie située à la même latitude, entre Équateur et Tropique du Capricorne, également en feu. Plus «exotique», l’alarme incendie qui concerne la forêt boréale russe.

    Les scientifiques «rassurent» que c’est saisonnier : pendant la saison sèche tropicale, les brûlis sont liés à des pratiques agricoles traditionnelles. Les déclarations concordantes de trois scientifiques ne sont pas à mettre entre toutes les mains des «mpandoro tanety» : «Les savanes doivent brûler, cela fait partie de leur évolution, elles ont brûlé au cours des sept derniers millions d’années et cela n’a rien d’inhabituel» (Bob Scholes, professeur d’écologie des systèmes à l’Université du Witwatersrand, Afrique du Sud) ; «C’est un cycle naturel de la savane : une grande partie de la végétation qui brûle à la saison sèche repousse lors de la saison des pluies» (Mark Parrington, scientifique du service européen Copernicus sur le changement climatique) ; «Les feux de forêt sont un phénomène saisonnier normal qui permet à cet organisme vivant qu’est la forêt de se régénérer» (Frédéric Chevallier, ingénieur-chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, France).

    Il semblerait même que la fumée et les particules provenant des incendies en Afrique centrale traversent l’océan Atlantique et servent d’engrais à la forêt en Amazonie. Le zoom médiatique sur le Brésil, pays du «Sommet de la Terre 1992», accentué par la personnalité de son président Jair Bolsonaro et ses tweets «trumpiens», ne doit pas cacher le million d’hectares de forêt incendié au Bolivie depuis le mois de mai. Ni qu’une aide d’urgence de 20 millions de dollars, confiée à la coordination du Chili, a été décidée par le récent sommet du G7 pour financer des bombardiers d’eau, dont le premier avait décollé au Paraguay. Et que le Pérou et la Colombie ont appelé à un pacte régional pour protéger l’Amazonie de la déforestation et des incendies.

    «Bilan carbone neutre» ou pas, le spectacle d’une vue panoramique calcinée, entre Ankazobe et Mahajanga, est déprimant. De nombreux sites de reboisement, le long de la RN4, sont couleur cendre. À l’instar de l’Éthiopie qui a fait le buzz sur ses 200 millions d’arbres en un jour, Madagascar pourrait prétendre éviter une insuffisance respiratoire à la planète par la jonction de ses corridors forestiers, la reforestation de ses «tanety», et la sanctuarisation en poumon planétaire de sa «Nature 5 Étoiles».

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Anosipatrana

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le prétexte Anosipatrana

    Anosipatrana, ou Anosi-ampatrana, l’île d’une certaine altitude et sans forêt, serait une des plus anciennes cités aux alentours de l’Antananarivo collinaire. Sa fondation remonterait au temps du Roi Andriamasinavalona, à la fin du 17ème siècle.

    Anosipatrana, c’est, plus prosaïquement, la déviation qui contourne le rond-point fatal d’Anosizato si on doit rejoindre Andohatapenaka. À quel point, la vision automobile a réduit à leur juste fonctionnalité «de passage» des sites autrefois oubliés dans leur solitude altière. Pour le titulaire basique du Permis B, cette éventuelle page d’histoire relèverait de la science-fiction alors qu’elle pourrait tellement instruire l’automobiliste condamné à rouler au pas dans les embouteillages.

    Anosipatrana ? Deux des rois fondateurs de l’Imerina, Andriamasinavalona et son arrière-arrière-petit-fils Andrianampoinimerina, avaient choisi Anosipatrana comme résidence d’une épouse royale : respectivement Renikotofananina et Rasendrasoa. Leur généalogie respective (et celle des familles d’Ilanivato) dépasse le cadre de cette Chronique.

    Mais, Anosipatrana, ce sont également trois ou quatre (voire ?) maisons qui se dédient à la perpétuation de la passion du «lambalandy», le lamba de soie. Malheureusement, bien trop souvent, les visiteurs ne s’y rendent que pour acquérir le nombre réglementaire de linceuls dont on enveloppe le défunt qui n’a pas encore choisi de se faire incinérer.

    Anosipatrana, île d’autrefois rattrapée par les tentacules de la voirie automobile. Encombrée en permanence par des étrangers en transit, entre Antaninarenina ou Anosy-Ampefiloha et Faliarivo ou Fenoarivo, qui ne font que passer. L’enfer intermédiaire entre la ville-dortoir et la ville-bureau : la ville-correspondance.

    Anosipatrana ? Aucun de ceux en correspondance n’aura sans doute remarqué deux repères qui me réconcilient toujours avec une certaine idée de la civilisation. Juste en face du temple protestant à la magnifique pente de toiture, inauguré le 2 mars 1894 en présence de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony, existe, même modestement, une École primaire publique. Quelques mètres plus loin, sur la même rue, qui avait dû être le boulevard principal dans une autre vie pas encore automobile, se tient fièrement, une église catholique érigée à la fin des années 1930. À un coude derrière, tout un complexe scolaire, qui illustre ce qui ne me fait pas encore désespérer : une pastorale sans instruction (publique) ni éducation (nationale) n’a aucune légitimité.

  • VANF ANTRANONKALA : Ranobe mangeniheny

    VANF ANTRANONKALA : Ranobe mangeniheny

    Andriantany, ho an’ny ankabeazan’ny olona, dia io lakandrano maloto feno fako io, mitety ny faritra iva manontolo : «Paraky», Ampefiloha, Isotry, 67 hektara, Ankazomanga…

    Tsy misy mahatadidy intsony fa Andrianampoinimerina (1792-1810) no nanoritra io lakandrano io, izay fahanan’Ikopa etsy Ankadimbahoaka ambany atsimo andrefan’i Soanierana. Tsy fanariam-pako sy ranon-dolana velively no niheveran’Ny Ombalahibemaso azy, tamin’izany, fa ho fampidiran-drano amin’ny tanimbarin’i Betsimitatatra.

    Tamin’iny herinandro lasa iny, nisy somary nangatsiatsiaka kely noho ny mahazatra : hatsiaka nentin’ny rano niditra ny tanimbary iny. Ankehitriny anefa, tapaka ny lalan’ny rano noho ny fanotofana manemitra ny «route digue». Miala etsy Andohatapenaka mihazo ny «village artisanal» amin’ny sampanan-dalana mankany Andriantany sy Ambohitrimanjaka, firifiry akory ny trano, orinasa, fivarotana, manditsa-tena amin’ny toeran’ny tanimbary fahiny : «gare routière», ny kianja fanaovana rubgy, ny «Akoor Digue» manontolo, ny «Village de la Francophonie», ny toby fiadiana amin’ny valala, ary ny orinasa Opham, io vao niorina farany io.

    Rehefa nanapa-kevitra ny jeneraly Gallieni fa ho eo Soarano no fiantsonan-dalamby (nisokatra taona 1910) dia nofaritany nanaraka ny lakandrano Andriantany ny lalamby, hatreo Soanierana. Nanomboka teo, indrindra rehefa nakarina indray ny fefilohan’Ikopa taorian’ny safo-drano goavana tamin’ny 1959, no nanita-kevitra hanototra ny tanimbary anelanelan’Andriantany sy Ikopa ny olona. Tsy diso anjara amin’izany kitoatoa izany koa ny Fanjakana na dia ny nametrahana fotsiny ny tobin’ny taxi-brousse etsy akaikin’ny «Fasan’ny Karana» aza : korontana sy loto mihanaka sy miparitaka manenika ny manodidina azy rehetra.

    Andranotapahina, ho an’ny ankabeazan’ny olona, dia ilay farihy eo am-pototry ny vohitr’Ambohidratrimo, isan’ny Tendrombohitra Roambinifolo. Manapaka azy eo afovoany mantsy ny Lalana RN4 Antananarivo-Mahajanga. Mitombo an’isa anefa ny Andranotapahina ka ahiana mihitsy ho ritra tanteraka ny faritra sasany, sady efa izay koa moa no tanjona tsy miloaka ahafahana mamaritra tany vaovao, sitrany ahay ho «lotissement» manditsa-kitrokely.

    Andranotapahina, na tanimbary-tapahina, ambadiky ny «Village de la Francophonie». Andranotapahina eny Laniera vakian’ny «Route de la Francophonie». Andranotapahina, Dorodosy efa ho ritra etsy Imerimanjaka, vakian’ny «By-Pass» sy ny tototototra maro tsy nahazoana alalana na nanomezana «dérogation» ombieny ombieny.

    Mamaly faty ny rano indraindray : ka toerany taloha teo ! Ny ankizy atsy ho atsy, voatery anaty boky sisa vao hahita izany hoe tanimbary, anefa Betsimitatatra no naha Antananarivo an’Antananarivo. Misy voambolana efa naman’ny vakoka sahady ihany koa : hetrina, fompotra.

    Ny zavamaniry (ahitra, zozoro, herana, ampanga, hisatra) nanarona taloha ny hetrina, ka voatototry ny antsanga sy ny fasika ary ny fotaka an-taona maro no lo ka mivadika ho arina antsoina hoe fompotra. Hetrina voasaro-drano taloha ka najariana ho tanimbary io Betsimitatatra ampototr’Antananarivo io, Moriandro ihany koa anelanelan’i Mahitsy sy Ambohimanoa. Misy teny hafa koa, havan’ny hetrina ihany, dia honahona (etsy anelanelan’Ambohipeno sy Ambohibato) sy heniheny : samy tany voasaro-drano avokoa ireo. Raha tondraka tanteraka Ikopa dia ho voasaro-drano mangeniheny Betsimitatatra.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Machine à remonter le temps de l’esclavage

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Machine à remonter le temps de l’esclavage

    Nous sommes le 20 août 2019, à Betafo, l’ancien chef-lieu du Vakinankaratra sous la monarchie merina, et pourtant une machine à remonter le temps a ressuscité sur la place du marché, l’image d’un couple vendant à l’encan un esclave. Celui-ci, comme avant l’irruption de la République française en terre malgache, avait-il été réduit en esclavage faute d’avoir honoré ses dettes ou en punition de quelque faute communautaire ?

    Ralaimongo (1884-1943), le célèbre nationaliste auquel Jean-Pierre Domenichini (1937-2018) avait consacré son mémoire de D.E.S. d’Histoire en 1960-1961, était né à Antoebe, près d’Ikalamavony. Alors qu’il avait neuf ans, le village fut razzié et le jeune Ralaimongo emporté parmi les captifs. Son propriétaire finit par l’adopter et il grandit en homme libre avant que ses oncles ne viennent, en 1898, le récupérer.

    Le Code des 305 articles, promulgué le 29 mars 1881, réglementait les aspects de l’esclavage en ses articles 39 à 49 inclus. L’article 40, par exemple, maintenait l’interdit d’exportation des esclaves hors d’Imerina. Si la traite des esclaves à destination des Mascareignes avait été supprimée grâce au traité du 23 octobre 1817 entre Robert Farquhar, le Gouverneur de l’île Maurice, et le Roi Radama, l’esclavage domestique avait subsisté jusqu’à l’arrêté d’abolition du 27 septembre 1896 : ce simple arrêté, alors que la modification d’une coutume relevait de la compétence du législateur, fut signé in extremis par le Résident Général Hippolyte Laroche treize jours après qu’il eut reçu l’ordre de transmettre ses pouvoirs au général Gallieni…

    En 1874 et 1877, les esclaves «masombika», enlevés au Mozambique, bénéficièrent d’une émancipation globale. Victimes de razzias, hommes libres insolvables ou repris de justice, pouvaient rejoindre la classe des nés-esclaves mais avec la faculté de se racheter. Cent trente cinq ans plus tard, en décembre 2012, une mission des Nations Unies s’était rendue à Madagascar pour enquêter sur l’esclavage moderne : servitude pour dettes, travail forcé, mariages forcés, servitude domestique, travail des enfants dans les mines et les carrières.

    C’est quoi l’esclavage, c’est quoi être esclave. Tous les jours, dans les rues d’Antananarivo, à l’arrière de carrioles à bras, des aides poussent avec leur front le lourd chargement que ne parviendrait pas à tirer seul celui qui tient les brancards : hô, hisse, hue ! Tous les jours, dans les rues d’Antananarivo, de pauvres bougres ploient l’échine sous le poids de deux sacs de charbon qu’il faut décharger du camion Mercedes vers le commerce anachronique qui alimente des besoins tout aussi anachroniques, et surtout absolument pas écologiques. Il est mort depuis longtemps ce Vietnamien qui, dans le quartier de Soanierana, transportait à longueur de journée, et tout l’année, des «daba» d’eau depuis la fontaine publique jusqu’au seuil de nombreux ménages sans robinet : 1970, 1980, 1990, 2000…

    En novembre 2016, organisant son conclave à Antsirabe, l’Union de la Presse Francophone avait fait appel à des pousse-pousse pour le déplacement de ses invités. Éternel dilemme : faut-il s’abstenir de ce moyen de locomotion à traction humaine pour être en paix avec sa conscience et les droits de l’homme, ou emprunter le pousse-pousse et contribuer ainsi à faire vivre les 260.000 familles que cette (pénible) activité concerne ?

    Malgré les mises en garde, des centaines de femmes malgaches s’entêtent à vouloir aller travailler dans des pays arabes où elles s’exposent à toutes les formes de maltraitance. Plusieurs fois déjà, l’État malgache avait cru bon d’affréter un vol-charter pour les en rapatrier sur l’argent du contribuable. Mais, lequel est le pire esclavage : leurs conditions serviles dans les émirats ou leur extrême pauvreté sur leur tanindrazana, avec son cortège d’exploitation et de sévices ?

    Concernant plus spécialement le travail des enfants, un programme de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) essaie de renverser le paradigme chez les parents qui justifient par leur pauvreté le travail de leurs (jeunes) enfants : en fait, c’est en privant leurs enfants d’école que les parents perpétuent le cycle dans lequel l’éducation et la possibilité de s’élever socialement, qu’un minimum d’instruction laisse espérer, n’ont pas leur place.

    Fléau dans le fléau, le travail des enfants. Il ne faut pas aller bien loin. Au cœur même de la Capitale Antananarivo, là-bas, tout au bout du cinquième arrondissement, des enfants assistent leurs parents dans leur entreprise obstinée de raser à coups de ciseau et de marteau la colline rocheuse d’Ambatomaro. Caillasses, gravillons, moellons, partent vers des chantiers publics ou privés, portés sur leur tête par une myriade d’enfants. Je ne sais quelle situation pleurer le plus : l’esclavage de ces gosses ou la destruction au grand jour, et sans réaction des pouvoirs publics, d’un patrimoine paysager constitutif du dicton bien connu : «Miala Ankatso dia Ambohidempona».