Catégorie : Tribune libre

  • BOBEL ET LES RÉSEAUX SOCIAUX

    BOBEL ET LES RÉSEAUX SOCIAUX

    Sur les réseaux sociaux à Madagascar, ou ailleurs dans le monde, les jeunes sont des cibles de choix pour les arnaques, mais également pour les prédateurs. Quand on voit que certains jeunes ont des milliers d’amis, dont ils n’ont rencontré physiquement qu’un dixième au maximum, la question de la sécurité physique devient fondamentale, surtout lorsque l’on a aucune garantie de savoir qui est réellement en face.

    Bobel (référence au « bibiolona ») ou beau et belle ? Les comptes fake sont légions, et ils sont d’ailleurs conçus par les prédateurs pour présenter de façon parfaite. Une photo idéale de profil, des centres d’intérêts qui peuvent rassurer, des images publiées qui confortent l’interlocuteur ou l’interlocutrice, tout est pensé pour donner un sentiment positif et la sensation d’échanger avec une personne saine. Un vrai motif donc de ne pas étaler au grand jour sa vie privée et ses habitudes.

    Dans un monde du paraître connecté, de l’égocentrisme numérique, la tendance est malheureusement contraire…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Vuvuzéla d’un samedi nuptial

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Vuvuzéla d’un samedi nuptial

    Faut-il vraiment que les nouveaux mariés klaxonnent à tout-va dans la Ville ! Ils voudraient attirer l’attention de tout le monde, mais ils devraient déjà faire attention tout court aux suites de cette convention pour-faire-comme-tout-le-monde mais véritable tue-l’amour.

    L’ordonnance 62-089 du 1er octobre 1962 relative au mariage prétend que le mariage est la «base naturelle et morale de la famille» tout en se résignant à deux chapitres sur le divorce : «permettre à des époux, qu’une mésintelligence grave et persistante sépare, de mettre fin à une union définitivement compromise». Parmi les seize document conciliaires de Vatican II, la Constitution pastorale «de Ecclesia in mundo huuis temporis» (L’Église dans le monde de ce temps) promulguée le 7 décembre 1965, cite «l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations» comme ternissant la «dignité du mariage». Très en déphasage par rapport au «monde de ce temps», l’Église catholique parle de «consentement personnel irrévocable», «indissoluble unité», «fidélité perpétuelle», qui «exclut tout adultère et tout divorce» : je ne sais laquelle, de l’ordonnance sans illusion sur la nature humaine, ou de la constitution pastorale d’un meilleur des mondes qui n’est pas de celui-ci, ces jeunes mariés auront entendue par-delà le boucan de leur alarme nuptiale.

    Que des gens se marient, après tout, c’est leur droit, mais pourquoi importuner le reste du monde avec le vuvuzéla d’un avertisseur sonore dont l’usage devrait être strictement réglementé. C’est le cas typique d’un événement privé qui déborde abusivement sur l’espace public. On devrait pouvoir porter plainte pour tapage sur la voie publique.

    Comme si la Ville n’était pas déjà suffisamment polluée par tout ce bruit : karaoke, caravane publicitaire, sono à même le trottoir, propagande de politicards sur fond du tintamarre de leurs nombreuses casseroles. Et donc désormais, klaxon de convoi nuptial.

    Dans son livre «Tonga soa Vazaha», d’après une idée originale de Jean Pierre Badano, Jacques Rombi le Marseillais, écrit que les concerts de klaxons, ininterrompus dans la capitale malgache, n’ont pas la même connotation que chez son homologue phocéenne et que le klaxon fait partie ici de l’ambiance sonore générale. Je ne sais pas, mais il ne me semble pas qu’il en ait toujours été ainsi. Il y a encore quarante ans… À moins qu’avec l’âge mes oreilles soient devenues plus irritables aux bruits parasites. Mais, le droit au silence devrait faire partie des droits constitutionnels de chaque citoyen qui refuse d’être sourd. Ou de le devenir à force de décibels invasifs.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Enchères sur le Groenland

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Enchères sur le Groenland

    Donald Trump voulait acheter le Groenland, avec ses 56.000 habitants. «Heureusement, le temps où vous pouviez acheter et vendre d’autres pays et populations est révolu», lui a répondu Mette Frederiksen, Première Ministre du Danemark dont le Groenland est un territoire d’outre-mer, dirigé par un Haut-Commissaire.

    Derrière la brusquerie désormais légendaire du personnage, la récente manifestation d’intérêt de Donald Trump pour le Groenland n’est pas totalement fantasque. En 1867, année de l’acquisition de l’Alaska pour le contrôle du détroit de Bering, les États-Unis avaient déjà formulé semblable intention ; de même qu’en 1946, en prévision de la «Guerre froide» ; depuis 1941, à 1500 kilomètres du Pôle Nord, Thulé est la base aérienne la plus septentrionale de l’US Air Force, sur la côte Nord-Ouest du Groenland ; enfin, sur la côte Sud-Ouest du Groenland, cette fois, existe également la base navale de Gronnedal (Kangilinnguit), construite par l’US Army en 1942.

    En décembre 2016, la Chine aurait voulu prendre pied au Groenland en rachetant cette ancienne base navale américaine, mais le Premier Ministre danois de l’époque, Lars Lokke Rasmussen, avait bloqué la transaction. Un «Livre Blanc», publié en 2018, résume les projets que nourrissent les Chinois pour le Groenland dont la ville de Shanghai, à des milliers de kilomètres de la région du «Soleil de minuit», avait accueilli, le 10 mai 2019, le Forum du Cercle Arctique.

    Quant à la Russie, dont l’Oural transite vers le Cercle polaire Arctique, elle assurera en 2021 la présidence tournante du Conseil de l’Arctique, instance créée en 1996 et qui regroupe huit États riverains des régions circumpolaires (Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Russie). Preuve de l’intérêt géopolitique que représente cette partie du monde, la Chine, mais aussi l’Inde, la Corée du Sud et la Pologne, sont membres observateurs du Conseil de l’Arctique depuis 2013. Si Madagascar avait eu des ambitions de «gendarme du monde», nous aurions organisé un Forum de l’Arctique sur la ligne du Tropique du Capricorne, avant d’envoyer des pirogues à balancier laboratoires revendiquer nos droits à la recherche scientifique en Antarctique, en vertu du traité du 1er décembre 1959, quarante-huit jours après la proclamation de la République malgache…

    Aux côtés des États riverains, huit associations de peuples autochtones sont également membres du Conseil de l’Arctique : leur présence n’a rien d’anecdotique quand on sait que la construction de la base américaine de Thulé avait nécessité la déportation de la population Inuit locale, dont des membres furent encore réquisitionnés pour participer à la décontamination radioactive consécutive au crash, le 21 janvier 1968, d’un bombardier B-52 américain transportant quatre bombes à hydrogène.

    Sans même encore évoquer les nouvelles routes maritimes entre l’Occident et l’Extrême-Orient que le réchauffement climatique ouvrirait au Nord du Canada et de la Russie, le Groenland, et ses deux millions de kilomètres carrés, est un territoire pivot qui permet de contrôler les mers entre Islande, Groenland et Norvège.

    On attribue au Viking Erik le Rouge la «découverte» du Groenland en 982. Indifférents à cette date arbitraire, des générations d’Inuits n’ont rien su de la «découverte» d’une terre qu’ils habitaient déjà, sans d’ailleurs rien soupçonner des ses potentiels d’émirat du Nord : allusion aux ressources en pétrole, or, gaz, diamant, uranium, zinc et plomb, qu’on prête au Groenland.

  • GANGSTA PARADISE

    GANGSTA PARADISE

    D’où vient le mot « gangsta » ? Il trouve son étymologie de « gangster ». « Gangsta » est utilisé dans l’argot, pour signifier le membre d’un gang de rue urbain. Dans le domaine de la musique, on le retrouve dans le « gangsta rap ». La politique et l’argot négatif d’un nom de scène sont-elles compatibles même pour un artiste ? Bonne question.

    Erreur de jeunesse dans le choix artistique avant de se lancer en politique ? Ou gangster un jour gangster toujours (lié uniquement à l’étymologie de « gangsta ») ? Ce qui est certain, c’est qu’en politique le terme peut interpeller, en cette période pré-électorale des communales, et que l’artiste s’est déclaré candidat à la mairie, mais la ville d’Antananarivo ne souhaiterait probablement pas se transformer en « gangsta paradise » après les élections… (comme nous sommes dans le domaine artistique, ni voir qu’une référence musicale, liée à Gangsta’s Paradise du rappeur Coolio, du film Esprits rebelles sorti le 9 août 1995).

    L’on peut aimer sa ville, vouloir la servir en tant que magistrat communal, avoir des intentions politiques saines à première vue, mais faire tourner une capitale d’un pays sera sans doute plus difficile que de faire tourner le moteur de jeunes danseuses, ou d’encourager au « rombo » dans une battle de danse. « Atosika tsara » jusqu’à la Présidence de la république après la mairie ? Ou simple reconversion de carrière, surfant sur le succès des députés artistes ?

    Bref, un conseil aux jeunes qui se lancent dans le domaine artistique, anticipez votre nom de scène si vous souhaitez un jour vous lancer en politique, et briller sous la lumière des projecteurs des médias…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Course en taxi

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE – Course en taxi

    Renault Dauphine, Citroën Ami 6, Simca Aronde, Peugeot 203 : les taxis d’avant arboraient sur leur pare-brise une vignette soigneusement abritée derrière un carré de verre. Tarif de jour, tarif de nuit, ville haute, ville basse, attente…

    Les chauffeurs de cette époque savaient qu’en remontant la rue Jean Andriamady, ils arriveraient à la jonction des rues Gallieni-basse et Gallieni-haute, avant de descendre la rue Romain-Desfossés pour déboucher Place Goulette. Aujourd’hui, il faudrait se situer d’après le collège Rafiringa, l’hôtel Palissandre, les kiosques des bouquinistes à Ambohijatovo…

    Certaines fois, de guerre lasse, et résigné au nivellement par le bas, j’ai renoncé à expliquer où est le Ministère des Affaires étrangères pour aller au plus simple : le «Tribunal». Les gens se rendent apparemment plus souvent au prétoire qu’ils ne se soucient des «Raharaham-bahiny».

    Lalana Andriamifidy ? Le chauffeur contemporain vous regarderait comme un extra-terrestre. Dire que, dans un documentaire, j’ai vu comment les candidats à conduire un «cab» dans Londres devaient connaître par cœur le plan des rues de cette métropole internationale…

    Cette ignorance des chauffeurs de taxi, et de la génération actuelle en général, rend d’autant plus ridicules les prétentions socialo-marxistes à avoir baptisé les rues d’Antananarivo de noms de leaders progressistes parfaitement inconnus ici. Cette indifférence a également permis, malheureusement, que le nom du fondateur d’Antananarivo, Andrianjaka, ne trône pas aux alentours du Rova, mais croupit dans la basse plaine inondable d’Ambodin’Isotry. Tout comme les noms des rois Andriamasinavalona et Andrianampoinimerina se perdent dans le fouillis glauque d’Analakely.

    Rien ne va plus. Les chauffeurs de taxi de cette époque ne trimbalaient pas un bidon d’essence dans l’habitacle. Ni ne squattaient la moitié des parkings d’Antananarivo. Pas plus qu’ils ne confondaient taxi et taxibe, ne prétendant pas vouloir embarquer d’autres clients alors qu’ils vous avaient déjà à bord. Le bon vieux temps.

  • ANTANANARIVO 2019 – NI NI ?

    ANTANANARIVO 2019 – NI NI ?

    Marc Ravalomanana envisagerait-il d’utiliser encore une fois la mairie d’Antananarivo comme tremplin politique pour les présidentielles à venir ? Andry Rajoelina annoncera-t-il un candidat IRD/TGV pour la course à la mairie d’Antananarivo également, pour sécuriser définitivement ses acquis, ce après sa large victoire aux législatives (trilogie PRÉSIDENCE-CUA-ASSEMBLÉE) ?

    1) Marc Ravalomanana : difficile de le voir renoncer, lui ou son épouse d’ailleurs, au statut très particulier de la capitale. Certes détenir le statut d’opposant c’est bien (mais si peu à l’assemblée nationale, avec ses quelques députés uniquement), être maire de la Ville des Mille, serait 1000 fois mieux dans le paysage politique pour briguer la Présidence de la dernière chance et à l’international. Mais s’il venait à gagner, face à un pouvoir central fort, qui détient également le pouvoir de légiférer en plus des clés de la finance, Antananarivo pourrait se retrouver encore une fois comme un simple outil politique, un escalier à des fins autres, sans la place qu’elle mérite vraiment. En outre, statistiquement, il devra composer avec des conseillers municipaux issus de la mouvance présidentielle, qui se donneront à cœur joie pour bloquer ses initiatives, politique politicienne oblige.

    2) Andry Rajoelina : au regard du faible taux de participation aux législatives, même s’il en est sorti vainqueur, et des statistiques des présidentielles sur Analamanga, incluant la CUA donc, celui-ci prendrait un grand risque à perdre la capitale dans ce début de mandat. Il en sortirait affaibli et cela pourrait même mettre à mal sa vision IEM. Comment donner un élan à pays, lorsque l’on ne dispose pas des clés de la capitale, pire entre les mains d’un opposant ? Pourtant celle-ci est, et reste, la vitrine de Madagascar, un argument politique du « asa vita no ifampitsarana » (ni voir aucune liaison politique). Sans oublier que 10 après 2009, sa popularité porte encore les stigmates de la crise. N’oublions pas, qu’à l’époque, que l’autoritarisme de Marc Ravalomanana avec sa volonté de monopoliser la trilogie de la voie royale, a finalement aidé Andry Rajoelina à l’accession à la mairie. Par ailleurs, même si le candidat IRD/TGV gagnait, ce dernier devra aussi composer avec des conseillers municipaux belliqueux.

    La meilleure option pour les tananariviens ne serait-elle donc pas de pousser au « ni ni » dans les urnes ? Antananarivo mériterait une perle rare, loin des querelles politiques et du bis repetita de guerre d’ego, un homme ou femme dont la volonté ne serait pas de chercher la magistrature suprême, mais de se donner corps et âme uniquement au développement de la ville et au bien-être de ses habitants. Antananarivo ne doit plus être un outil politique !

    Le TIM ne se retirera jamais de la capitale (sauf miracle), pourtant il reste tant de communes à briguer, permettant également de renforcer son rôle de leader de l’opposition. Si le Président de la République, Andry Rajoelina, n’a pas dégainé la carte PDS, même au forceps, c’est que politiquement le doute subsiste. Rappelons que Andry Rajoelina, est le Président d’une Nation, il se doit ainsi de penser certes aux enjeux politiques de la capitale, mais veiller également à ce que le pays ET Antananarivo puissent se développer dans les meilleures conditions. Et si pour démontrer son amour pour la ville, pour le bien du développement, l’IRD/TGV ne présentait pas un candidat ? Un geste de générosité, absent de calcul politique, un geste d’apaisement, en poussant un(e) candidat(e) autre d’ouverture, dont les idées s’aligneraient à la vision présidentielle. Et puis finalement si on joue pas, on perd pas…

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Plaidoyer pour Ranavalona 1ère (1828-1861)

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Plaidoyer pour Ranavalona 1ère (1828-1861)

    Ranavalona 1ère, 28 juillet 1828 – 16 août 1861. Il y a 158 ans disparaissait une souveraine caricaturée par la littérature occidentale et diabolisée par la tradition chrétienne. Les deux tiers de son long règne, de juillet 1836, date du départ des derniers missionnaires britanniques, à sa mort en août 1861, furent caricaturés en «Tany Maizina», période obscure, temps de deuil.

    Et pourtant ses 33 ans de règne ne furent pas que hécatombes de zébus et persécutions des Chrétiens. Il faut situer ses décisions dans le contexte malgacho-malgache de cette époque ainsi qu’à la lecture du choc frontal de la société traditionnelle avec les innovations apportées par les missionnaires britanniques en particulier, et les visiteurs européens en général.

    Le 18 juillet 1857, aux Laborde, Lambert, Finaz, Webber, Pfeiffer, la Reine reprochera notamment : «Vous avez voulu établir la république, affranchir les esclaves, établir l’égalité de tous sans distinction de nobles», «Vous autres, vous n’avez pas de rois, mais vous êtes des républicains, vous entraînez les gens à penser comme vous, vous cherchez à changer le gouvernement et à supprimer les esclaves» (Adrien Boudou, Le complot de 1857, Imprimerie moderne de l’Emyrne, 1943, p. 48 et 68).

    Dans sa thèse de doctorat, Bakoly Domenichini-Ramiaramanana souligna que «la collecte des hainteny sous cette reine, et, sans aucun doute, à son initiative, semble avoir été un point d’un vaste programme politique de sauvegarde et de promotion de la société et de la culture malgaches traditionnelles» (Du Ohabolana au Hainteny, Karthala 1983, p.233). La cohérence de cette politique générale de sauvegarde du fonds authentiquement national l’obligeait à cette hostilité envers les doctrines chrétiennes dont le discours égalitaire était proprement révolutionnaire et menaçait les fondements mêmes de la société féodale de cette époque.

    Sur le plan intellectuel, Bakoly Domenichini-Ramiaramanana fut une des premières à avoir réhabilité la contribution essentielle de Ranavalona 1ère qui fit procéder à une collecte des hainteny : «Ranavalona I et les hainteny ou la valeur exemplaire d’une collecte de textes traditionnels» (Annales de l’Université de Madagascar, série Lettres et sciences humaines, n°9, 1968) et «Hainteny d’autrefois, Poèmes traditionnels malgaches recueillis au début du règne de Ranavalona I» (Librairie Mixte, 1968).

    Ranavalona avait autorisé la venue et le séjour de Baker (octobre 1828) et de Freeman (juin 1830), inaugurant une collaboration intellectuelle avec les Malgaches Raharolahy, Ramarotafika et Rasatranabo, qui durera de décembre 1829 à juin 1835. C’est notamment grâce à la contribution de ces derniers que put paraître, avec la caution de Ranavalona, le dictionnaire bilingue de 1835.

    Certes préparés de longue date, plusieurs ouvrages fondamentaux n’en appartiennent pas moins à l’ère de Ranavalona 1ère : les dictionnaires malgache-anglais et anglais-malgache de David Johns avec la collaboration de Raharolahy (1835), le dictionnaire de Joseph John Freeman avec la collaboration de Ramarotafika et Rasatranabo (1835), l’Histoire de Madagascar de William Ellis (1838), la grammaire d’Edward Baker (1845), le dictionnaire de Joseph Webber (1853 et 1855), la grammaire de David Griffiths (1854). Sans oublier l’impression du Nouveau Testament (1830) et l’achèvement de la Bible (21 juin 1835).

    Ranavalona avait inauguré son règne en liquidant les proches parents de son époux et prédécesseur : rien de révolutionnaire puisque ce dernier, dont la mère était du Marovatana, avait fait assassiner plusieurs Avaradrano de la proche famille de celle qui était encore la princesse Imavo. Ranavalona n’était pas non plus ce puits sans fond d’ingratitude : quand, le 23 juin 1830, après dix ans de séjour et de labeur, David Jones, le parrain de l’alphabet-abidia, quitte Antananarivo, Ranavalona 1ère ordonna qu’il fût salué au son du canon. En juillet 1857, faisant expulser Jean Laborde, compromis dans le complot Lambert, elle lui accorda la permission exceptionnelle d’emporter ses biens meubles et de rester un jour de plus contrairement à ses complices, expulsés dans l’heure : Ranavalona n’avait pas oublié que la cité industrielle, de celui qu’elle fit naturaliser andriamasinavalona, avait fabriqué les armes que les soldats merina opposèrent au débarquement français de 1845 à Tamatave.

    Radama a certainement permis l’arrivée des premiers missionnaires qui s’employèrent à fixer l’abidia (l’alphabet) malgache et formèrent les Roambinifololahy (les douze premiers élèves). Mais, les Reines Ranavalona 1ère et Rasoherina (1864-1868) surent reconnaître leurs compétences et les envoyèrent comme ambassadeurs à Londres : Raharolahy et Rasatranabo en mars 1837 ; Rasatranabo-Rainandrianandraina et Ralehimaholy-Rainifiringa en mars 1864.

    Cette ambassade de 1837 avait proposé que les Britanniques fournissent une assistance technique mais sans prosélytisme religieux. Malentendu dont Ranavalona ne porte pas la seule responsabilité. Deux ans auparavant, le 1er mars 1835, Ranavalona avait fait interdire le christianisme et les deux derniers missionnaires, Johns et Baker, avaient déjà quitté Antananarivo en juillet 1836.

    Ranavalona ne fut pas Catherine II de Russie (impératrice de 1762 à 1796), surnommée «La Grande» ou «La Minerve des Arts». Née dans une Europe en effervescence culturelle et baignant au confluent des courants intellectuels les plus brillants, Catherine II parlait l’allemand (sa langue maternelle), le français (des Lumières, ses protégés : Voltaire, Diderot, d’Alembert) outre le russe (de ses millions de sujets). Avec Catherine II, Ranavalona partagerait peut-être le surnom de «Messaline», pour les nombreux amants qu’on leur prêta, ou d’avoir succédé difficilement à leur époux : coup d’État en Russie, légitimité questionnée à Anatirova.

    Mais, Ranavalona n’avait pas été envoûtée par un Raspoutine, âme damnée d’une autre Romanov, Alexandra Feodorovna. Les décisions de Ranavalona avaient la cohérence d’un objectif clair : la spécificité de sa culture et de sa société héritée de la dynastie des Roambinifolomanjaka. Son identité, dirait-on plus tard. Une attitude qui n’était pas plus condamnable que celle d’un Bismarck ou d’un de Gaulle. Certes, sans les correctifs de l’instruction et la culture générale de l’Histoire majuscule.

    POST-SCRIPTUM :

    Discours du porteur de la lance «Tsi-tia-lainga», huissier des décisions de justice, lors de la seconde et définitive expulsion de David Griffiths en septembre 1840, alors qu’il s’adonnait à l’exfiltration clandestine de Chrétiens vers l’île Maurice : «Meloka ianao. Raha mba terak’ity tany ity ianao, dia maty mihitsy ny ainao, natao tsy tratry ny masoandro milentika akory. Saingy vahiny ary ianao, sady nahavita soa tamin’ity tany ity tany aloha, ka noho izany, tsy matin’Itompokovavy ny ainao. Koa izao no tenin-dRanavalomanjaka : saziko dimampolo amby zato vidin-doha ianao, ary mialà eto Antananarivo miaraka amin’izay, ndeha mody any amin’izay mba tanindrazanao, ka aza miverina eto Madagasikara intsony mandrakizay» (Si seulement vous aviez été un enfant de ce pays, vous y auriez laissé votre vie et l’on n’aurait même pas attendu que le soleil se fût couché ; mais, vous êtes un hôte-étranger et vous avez autrefois rendu des services appréciés à ce pays, et c’est pourquoi la Reine vous laisse la vie sauve. Voici donc la sentence de Ranavalomanjaka : je vous inflige une amende de 150 piastres pour rançon de votre tête, et je vous ordonne de quitter aussitôt Antananarivo. Rentrez dans ce qui est d’ailleurs votre patrie, et ne revenez plus jamais à Madagascar), in Du Ohabolana au Hainteny, p.238.

  • ANTANANARIVO VERYRANO

    ANTANANARIVO VERYRANO

    Est-ce que le manque de vision sur la gestion de l’eau depuis des décennies à Antananarivo serait-elle possible à faire oublier, uniquement par le débarquement du DG de la Jirama ? Il fallait un fusible, et dans le cas présent Olivier Jaomiary, qui n’aura donc tenu que 2 ans. À moins que cela ne soit qu’un hasard du calendrier, mais peu de chance…

    Oui il y a le feu sur la gestion de l’eau à Antananarivo, et pas d’eau pour l’éteindre. Un sujet d’autant plus brûlant d’ailleurs à l’approche des élections communales, surtout après la psychose généralisée de 2017, où à l’époque, les habitants de la capitale se sont réveillés sonnés en voyant le risque de ne plus avoir d’eau. Oui, Antananarivo peut aussi connaître la sécheresse d’eau potable.

    Autant il reste assez facile de cacher les problèmes de l’accès à l’eau dans différentes zones de Madagascar, mais pas dans la Ville des Mille… Il est fort à parier qu’on aura pas une révolution version gilets jaunes, mais une révolution bidons jaunes, le cas échéant. N’oublions pas que la majorité ne sera pas cette fois-ci silencieuse, car la majorité est vulnérable directement de l’absence d’eau à la pompe.

    Car il y a tant à faire et si peu de temps… mais probablement les solutions vont pulluler pendant la propagande à briguer la Mairie d’Antananarivo… Comme d’habitude, elles vont couler à flots, mais jamais comme l’eau qui commence à nous faire défaut.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Quand l’eau manquera

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Quand l’eau manquera

    J’ai grandi en buvant l’eau du robinet de la JIRAMA (qui n’était plus Eau et Électricité de Madagascar à partir de 1975). Elle était limpide, cristalline, fraîche. Inodore et incolore, elle n’en était que meilleure. Elle était «si pure si nature» avant ses concurrentes eaux minérales embouteillées qui, alors, ne faisaient partie, ni du paysage ni du vocabulaire.

    Aujourd’hui, quarante-cinq ans après la nationalisation des Eaux et Électricité, l’eau du robinet est trouble, effervescente, suspecte. Les bouteilles d’eau minérale envahissent les rayons des supermarchés et encombrent les étagères domestiques. Le geste simple d’ouvrir le robinet et de s’y désaltérer s’est compliqué d’une succession de précautions : il faut la laisser se décanter, il faut la filtrer, il faut la bouillir.

    Au Moyen-âge européen, les curés avaient inventé les bières d’abbaye qui étaient le plus sûr moyen de ne pas boire de l’eau croupie et d’échapper au choléra qui ravageait des populations entières. Sans doute pour les mêmes raisons, les Ntaolo malagasy avaient inventé le «ranonampango» ou «ranovola», cette décoction de la croûte grillée, «manitra», après cuisson du riz.

    L’eau, de trouble, viendra à manquer. Elle ne coule déjà plus aux robinets de nombreux quartiers de la Capitale, la ville la mieux équipée de tout Madagascar. Le vocabulaire récemment découvert, «étiage», nous deviendra de plus en plus familier, et de plus en plus tôt dans la saison. Il pleut de novembre à mars et il en pleut 60% sur les mois de décembre, janvier et février : jusqu’à quand ?

    Une étude «Approvisionnement en Eau et Assainissement de Tananarive» (confiée par l’Organisation mondiale de la santé à l’Omnium Technique OTH et qui s’est déroulée pendant 25 mois, entre le 1er juin 1973 et le 30 juin 1975) évoquait une amenée depuis Tsiazompaniry qui s’effectuerait naturellement par le biais de l’Ikopa, car la véritable ressource provient de la retenue de Tsiazompaniry qui régularise l’Ikopa, laquelle recharge la nappe, et que les meilleurs points d’exploitation des eaux superficielles de l’Ikopa et des eaux souterraines de l’Ikopa se situent à l’amont de la Ville, dans le secteur d’Alasora, dont les ingénieurs avaient pensé pouvoir refouler sur Mandroseza les eaux souterraines.

    Cette étude d’il y a 44 ans passait en revue la réalité à laquelle nous sommes définitivement confrontés en 2019 : la tuberculinisation interne des conduites de fonte grise du réseau par incrustation de fer, les 250.000 m3 d’eau en besoin quotidien du Grand Tana, l’alimentation autonome de la commune d’Ambohitrimanjaka à partir de la nappe alluviale de l’Ikopa…

    Certaines questions seront de moins en moins taboues : la limitation des naissances vient d’être soulevées par le Ministre de l’Économie et des Finances. La régulation des migrations intérieures se posera un jour ou l’autre : les ressources en eau d’Antananarivo ne sont pas indéfiniment extensibles. En 1975, on pouvait encore écrire qu’il pleut en moyenne 1.360 millimètres d’eau par an à Antananarivo tandis que l’évaporation moyenne est de 1.170 mm par an : ces valeurs doivent avoir été mises à mal par le réchauffement climatique. On a également oublié ce grand lac de retenue, réservoir des eaux de pluie qui ne se perdraient plus inutilement à la mer et plan nautique écologique, qui apporterait une fraîcheur bienvenue.

    Antananarivo n’a ni vocation ni capacité à abriter tout Madagascar. La pertinence d’une nouvelle Ville n’est pas en cause, mais elle pourrait se situer au-delà du premier cercle du Grand Tana : un Grand Arivonimamo, par exemple, autour de l’ancien aérodrome international. Pour sauver Antananarivo, il faudra multiplier Antananarivo : des villes aussi bien équipées en hôpitaux, en écoles et universités, en centres culturels, en usines pourvoyeuses d’emplois, en services publics. En eau potable. En tout ce qui attire les populations à Antananarivo parce qu’elles ne les trouvent pas chez elles. On a trop longtemps oublié la décentralisation : la périphérie s’anémia, le centre s’asphyxia.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : JIRAMA Sisyphe

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : JIRAMA Sisyphe

    Ce petit trou de la JIRAMA à Ankadilalana-Mahamasina est une belle illustration de la malédiction de Sisyphe (cf. Chronique VANF, Les douze travaux publics, L’Express de Madagascar 30.07.2019).

    En l’espace de deux mois, cela va faire trois fois que la JIRAMA creuse et colmate, un peu au-dessus de l’École Normale, anciennement Le Myre de Vilers. En cause : une conduite d’eau probablement défectueuse par l’usure du temps. Le geyser caractéristique avait dû signaler le péril au voisinage qui se serait empressé (ce n’est pas toujours le cas, surtout si le Fokontany est amorphe) d’en référer à la compagnie nationale d’électricité et d’eau.

    Sauf que la JIRAMA sait déterrer et rafistoler des conduites d’eau, mais que ses agents ne sont pas formés aux travaux publics. Défoncer la chaussée à la pioche, ce n’est rien. Le plus important, et surtout du point de vue des usagers de cette rue très fréquentée, c’est la remise en son état normal initial du revêtement.

    Récapitulons. Une fuite souterraine se signale en surface par un début de nappe. La JIRAMA, qui dispose encore des anciens plans de raccordement, ferme le robinet en amont (Ankadilalana-Tsimbazaza) et entame ses travaux en aval (Ankadilalana-Mahamasina). Après 36 heures de coupure d’eau dans le quartier, la JIRAMA colmate le trou sans le savoir-faire d’une société dont c’est le métier de construire des routes. Les tuyauteries souterraines vont bientôt, et inexorablement, subir la pression du poids des milliers de voitures qui empruntent quotidiennement cet axe. Pression, affaissement, rupture, fuite.

    On ne demande pas à COLAS de réparer une fuite d’eau. On n’exige pas de la JIRAMA de remettre en état, ni dans les règles d’un art qu’elle ne maîtrise pas, une chaussée. La malédiction de Sisyphe d’avoir à revenir indéfiniment sur le même chantier ne sera conjurée que par l’association des deux savoir-faire dans leur domaine respectif spécialisé.