Antananarivo, 9 Avril, 11h15 – Les ressources minières en général, et les minerais stratégiques en particulier, font partie des solutions envisagées par Madagascar pour rétablir l’équilibre avec les Etats-Unis. Le ministre de l’Industrialisation et du commerce, David Ralambofiringa, confirme la volonté de Madagascar à s’engager aux côtés des pays membres du Forum du Minerals Security Partnership. “Le ministère en charge des Mines planche dessus et le sujet ne devrait pas tarder à être soumis au Conseil du gouvernement”, confie-t-il au cours de sa dernière rencontre avec la presse, lundi.
Le sujet avait été abordé par la délégation malgache lors de sa dernière visite aux Etats-Unis en vue de négocier le renouvellement de l’African Growth Opportunity Act (Agoa). Selon le compte-rendu rapporté par l’ambassade de Madagascar aux Etats-Unis, “des discussions productives ont eu lieu avec Scott Woodard, secrétaire adjoint par intérim au Département d’État américain, ainsi qu’avec Stephen Banks, engagé dans la diplomatie énergétique, positionnant Madagascar comme un partenaire stratégique dans le secteur des minéraux critiques”. Durant ces échanges, “le Forum du Minerals Security Partnership (MSP) a été mis en avant comme une plateforme clé pour un approvisionnement responsable, établissant un lien entre l’AGOA et la résilience des chaînes d’approvisionnement américaines”.
A en croire le ministre en charge du Commerce, l’adhésion à ce Forum devrait alors être mise en avant dans les négociations avec les Etats-Unis en vue de la révision des tarifs douaniers. David Ralambofiringa estime que “la mise en œuvre de différentes stratégies envisagées par Madagascar, notamment dans le secteur minier, pourrait faire évoluer la situation” dans le cadre de ces discussions avec les Etats-Unis. Selon le décret adopté le 2 avril par Donald Trump, certains produits miniers, dont le nickel et le cobalt que Madagascar exporte aux Etats-Unis, ne sont pas soumis aux nouveaux droits de douane compte tenu de leur caractère stratégique pour l’économie américaine.
Le Minerals Security Partnership (MSP) regroupe des pays engagés dans la réponse à la problématique “des risques de la volatilité des prix des matières premières et des délais exceptionnellement longs pour le développement des projets et le retour sur investissement”. Le Forum du MSP, regroupant les partenaires du MSP, de son côté, se donne comme mission de “promouvoir des chaînes d’approvisionnement diversifiées et résilientes, la création de valeur locale et la valorisation des ressources, afin de faire progresser les objectifs économiques de toutes les parties prenantes”.
Antananarivo, 9 Avril, 8h25 – “Une mesure potentiellement dévastatrice”. Daphna Havkin Frenkel, CEO et fondatrice de Bakto Flavors, entreprise américaine importatrice de vanille, s’inquiète des impacts de l’instauration de droits de douane de 47% sur les produits en provenance de Madagascar, dont la vanille. Elle évoque aussi bien des conséquences aussi bien sur l’économie malgache que sur les entreprises américaines.
Dans une publication postée sur LinkedIn, cette femme d’affaires américaine indique qu’“un tarif douanier de 47% pourrait entraîner l’effondrement de l’économie d’un pays tout entier”. “Cette nouvelle taxation pourrait anéantir des secteurs entiers, plonger des milliers de personnes dans le chômage et déstabiliser une économie déjà fragile”, alerte-t-elle.
Cette spécialiste de la vanille évoque des “répercussions qui pourraient largement dépasser les frontières” de Madagascar, “l’un des pays les plus pauvres du monde” mais qui est, par contre, le principal fournisseur de vanille des Etats-Unis. Comme rappelé par George Geeraerts, président du groupement des exportateurs de vanille de Madagascar, “la Grande île produit 70 à 80% de la vanille dans le monde, et 70% de cette production est envoyée aux Etats-Unis”.
Une hausse des droits de douane sur la vanille malgache entraînera également “un impact tout aussi réel” aux Etats-Unis, souligne alors Daphna Havkin Frenkel. Elle évoque “une hausse des prix des produits à base de vanille”, “des pressions accrues sur les entreprises américaines dépendantes de ces importations” et “des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires, cosmétiques et industrielles”.
Le sujet devrait ainsi être abordé lors de Vanilla 2025, le 13ème Symposium biannuel sur la vanille et la vanilline qui se tiendra dans le New Jersey, aux Etats-Unis en ce mois d’avril. “Rejoignez-nous à Vanilla2025 pour découvrir comment protéger à la fois l’équité globale et la résilience locale face aux grandes orientations du commerce international”, invite d’ailleurs la CEO de Bakto Flavors sur son compte LinkedIn.
Des éminents chercheurs, dont la plupart américains, se pencheront sur l’avenir de l’industrie de la vanille durant ce symposium. Ils seront près d’une quinzaine à intervenir durant la réunion où le prix de la vanille figure également parmi les points à discuter. Les organisateurs de cet évènement estiment que malgré la forte baisse du prix des gousses de vanille à moins de 50 dollars par kilo, la demande de vanille n’avait pas augmenté.
D’autres questions jugées importantes seront également abordées lors de cette réunion d’experts. C’est le cas du réchauffement climatique, la réglementation sur la vanille, l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement stable et le développement ou encore la découverte de nouvelles sources naturelles de vanilline.
Comme rapporté par le rapport économique Yearbook Madagascar, la Grande île demeure le premier pays producteur mondial de vanille, avec 80% du marché mondial en 2022. Pour la saison 2023-2024, les exportations de vanille ont atteint un chiffre record de 4 400 tonnes, un bond considérable par rapport aux 2 360 tonnes de la campagne 2021-2022, même si en termes de valeurs, une baisse a été constatée.
Une grande partie de la production malgache est exportée vers les Etats-Unis, en franchise de droit, grâce au Système généralisé de préférence (SGP). Les exportateurs de ce produit devraient pourtant se soumettre au nouveau droit de douane imposé pour les exportations malgaches vers les Etats-Unis qui est aujourd’hui fixé par l’administration Trump à 47%.
Antananarivo, 9 Avril, 6h25 – Des stratégies nationales en cours d’élaboration, en vue de renforcer la résilience économique de Madagascar. Ces stratégies définiront les actions à mettre en œuvre à court, moyen et long terme face à la décision américaine d’augmenter jusqu’à 47% les droits de douane appliqués aux produits en provenance de Madagascar, indique le ministère des Affaires étrangères dans son communiqué rapportant le dialogue stratégique de haut niveau consacré à ce sujet, mardi.
Selon le ministère des Affaires étrangères, ces stratégies tiendront, entre autres, en compte l’accompagnement du secteur privé dans la diversification des marchés. Elles considèreront également le développement des filières à haute valeur ajoutée ou encore la promotion de Madagascar comme destination industrielle compétitive au niveau continental.
Madagascar entend également s’allier à d’autres pays africains touchés par cette disposition douanière américaine. L’objectif étant d’avoir une position commune dans les plateformes de dialogue avec les Etats-Unis, précise le communiqué du ministère des Affaires étrangères.
Pour le secteur privé, le dialogue stratégique de mardi était, certes, une occasion d’avoir des clarifications plus précises sur le nouveau droit de douane imposé aux exportations malgaches vers les Etats-Unis de la part de l’ambassadrice des Etats-Unis, Claire Pierangelo qui en avait fait l’exposé. Mais les opérateurs s’étaient également intéressés aux dispositions prises par le gouvernement pour répondre aux urgences, rapporte Francis Rabarijohn, du Groupement des entreprises de Madagascar.
Plusieurs points méritaient cependant encore plus d’explications et de précisions. C’est le cas, par exemple, des marchandises qui sont déjà en mer et qui devront accoster bientôt aux Etats-Unis, a soulevé la présidente du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), Beatrice Chan Ching Yiu. Les membres de cette association professionnelle qui sont les principaux touchés par cette nouvelle disposition douanière attendaient encore les réponses apportées par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) sur ce point mardi.
Les conséquences de cette décision des autorités américaines sont déjà perceptibles. Pour l’Etat malgache, celle-ci aura des conséquences directes sur la compétitivité des entreprises malgaches, la pérennité de milliers d’emplois dans les zones industrielles ainsi que l’attractivité de Madagascar pour ceux qui cible le marché américain.
Il n’y a pas que le commerce entre Madagascar et les Etats-Unis qui avait été considéré dans la fixation du droit de douane imposé pour les exportations malgaches vers le marché américain. Le climat des affaires à Madagascar ainsi que les intérêts des entreprises américaines qui s’établissent au pays avaient également été pris en compte, d’après le ministre de l’Industrialisation et du commerce, David Ralambofiringa.
Les mines seront évidemment sur la table quand Madagascar négociera avec les Etats-Unis. Le Conseil des ministres l’avait annoncé avant la décision américaine d’augmenter les tarifs douaniers. Les minerais critiques sont considérés par la Grande île comme des atouts à mettre en exergue. D’autant que ce sont des matières que n’ont pas les Etats Unis mais dont ils ont besoin. Mais les conditions dans lesquelles l’exploitation minière se fait est tout aussi importante. Base Toliara étant un investissement américain, son blocage serait mauvais pour l’image de Madagascar. Mais si le projet avance, les relations bilatérales en seront consolidées, estime David Ralambofiringa.
David Ralambofiringa, Ministre de l’Industrialisation et du commerce : « Au sein de notre département, nous avons en charge les volets industriel et commercial. Notre mission consiste à encadrer l’industrialisation, la transformation ainsi que le développement des entreprises. C’est un suivi que nous assurons quotidiennement. Pour ce qui est du climat des affaires, quand les États-Unis ont élaboré cette mesure de réciprocité évoquée actuellement, nous devons savoir que cela s’inscrit dans une logique d’équilibre de la balance commerciale. Mais les autorités américaines ont également pris en compte les conditions du climat des affaires, ainsi que les intérêts des entreprises américaines dans chaque pays partenaire. Il est évident que tout blocage dans l’ouverture du projet Base Toliara aura un impact sur les investissements américains à Madagascar. C’est précisément ce type d’indicateur que la Maison-Blanche et l’administration américaine actuelle examinent pour évaluer la qualité de notre climat des affaires, ainsi que les perspectives de négociation et de partenariat avec Madagascar. Si nous poursuivons ce projet et parvenons à le faire avancer, cela contribuera clairement à la relance et à la consolidation des relations bilatérales entre nos deux pays. »
Madagascar Airlines reprend de la hauteur. Le ministre des Transports et de la météorologie, Valery Ramonjavelo, se félicite des progrès accomplis par la compagnie aérienne nationale pour son redressement. Il a fait part de son optimisme quant à l’avenir de celle-ci, lors de la reception de son nouvel ATR à l’aéroport d’Ivato, la semaine prochaine.
Sur cinq avions dans la flotte de Madagascar Airlines, quatre sont en location. Et le ministre des Transports et de la météorologie, Valéry Ramonjavelo s’en réjouit parce que pour lui, cela signifie que les loueurs font à nouveau confiance à la compagnie malgache.
« Voilà on était parti avec un programme de cinq avions pour cette année. On espère en avoir encore plus parce qu’il y a également la confiance des loueurs qui est très importante. Si hier encore, plusieurs personnes ne voulaient plus nous parler, ne voulaient plus rien entendre de Madagascar Airlines, aujourd’hui on est une entité qui commence à réacquérir sa légitimité, la confiance de ses partenaires. Pour preuve, les partenaires maintenant se font payer de plus en plus à temps, et les fournisseurs.
Et tout ça aussi, ce sont des marques qu’on peut palper, qu’on peut vraiment évaluer pour ce qu’on est. Et puis tout ce qu’on souhaite [et tout le mal qu’on souhaite] à Madagascar Airlines et à l’ensemble du personnel c’est de réussir, c’est d’aller plus haut et c’est de porter très haut les couleurs de Madagascar et de faire de Madagascar un pays prospère. Parce que si le tourisme va, si l’aviation va, Madagascar va», a déclaré Valéry Ramonjavelo, ministre des Transports et de la météorologie.
Antananarivo, 8 Avril, 15h15 – Armateurs, consignataires, chargeurs, collecteurs ou encore manutentionnaires de navire sur la liaison maritime entre les Comores et Mahajanga. Ensemble, ils ont lancé ce mardi un appel au gouvernement malgache concernant la difficile reprise des liaisons maritimes entre les deux pays malgré la réouverture officielle de la circulation adoptée par l’Etat malgache le 6 mars dernier.
Ces opérateurs maritimes pointent notamment du doigt, la situation de quatre navires battant pavillon malgache qui sont toujours bloqués à Moroni depuis la fermeture des frontières le 11 octobre 2024. Ils évoquent aussi le difficile accostage aux Comores de trois navires malgaches en fin de mois dernier. Ces navires ont dû “attendre plus de 24 heures avant d’obtenir les autorisations des autorités maritimes comoriennes pour accoster aux ports de Moroni et d’Anjouan”, relate la lettre envoyée aux membres du gouvernement malgache. Les Comores indiquent ensuite avoir accordé l’autorisation d’accoster pour des raisons humanitaires, mais n’ont toujours pas délivré l’autorisation de repartir pour les bateaux concernés.
D’après l’explication des opérateurs, la situation est due aux mesures que continue d’imposer le gouvernement malgache aux ressortissants comoriens qui arrivent à Mahajanga malgré la réouverture des liaisons maritimes. Il s’agit selon eux de “l’obligation de chimioprophylaxie imposée aux passagers en provenance des Comores” que Madagascar continue à maintenir. Actuellement la Grande ile est le seul pays ayant une liaison maritime et aérienne de passagers avec l’archipel qui continue à l’imposer, alertent les opérateurs.
Face à cette situation, les opérateurs demandent à l’Etat de prendre de discuter de la situation afin de trouver une solution “équilibrée et pérenne” indiquent-ils. Selon les opérateurs, la situation devient asphyxiante pour les opérateurs économiques, en particulier dans la région Boeny qui sortent de sept mois d’inactivité suite aux fermetures des liaisons maritimes entre les deux pays.
Dans une note d’information publiée le 29 mars dernier, l’agence nationale des affaires maritimes de l’archipel des Comores avait déjà expliqué les réticences comoriennes à laisser les liaisons reprendre normalement leur cours. Selon eux, c’était dû à la publication par les Autorités maritimes régionales de Mahajanga de mesures restrictives rendant impossible la reprise du trafic maritime malgré la réouverture des frontières. Les Comores conditionnent la reprise du trafic entre les deux pays par “la tenue d’une réunion technique pour la régulation du trafic maritime entre les deux pays”.
Antananarivo, 8 Avril, 9h15 – “18 jours avant que nous ne recevions le 5ème Sommet de la Commission de l’océan Indien, la Capitale de Madagascar est globalement prête à accueillir l’événement”. Le ministère des Travaux publics s’est montré optimiste dimanche soir après avoir fait le tour des chantiers lancés dans la Commune urbaine d’Antananarivo. “Nettoyage, embellissement, réparation mais surtout réfection de nombreuses portions de rue sont visibles”, écrit le ministère sur sa page Facebook dimanche dans la soirée.
Une délégation gouvernementale, conduite par le ministre Richard Rafidison, et comprenant entre autres la ministre des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Rasata, et la ministre de la Communication et de la culture, Donna Volamiranty Mara, a constaté de visu l’avancement des travaux sur le terrain dimanche. La délégation comprenait également la maire d’Antananarivo, Harilala Ramananantsoa. Elle s’est notamment rendue sur la Haute ville du côté d’Andohalo pour voir les rues qui ont été déjà été refaites ainsi que pour visiter le Palais d’Andafiavaratra en cours de réparation et le Palais de la Reine à Anatirova.
La descente s’est poursuivie au niveau des différentes rues en cours de réparation dans la Capitale, dont celle de Tsarasaotra qui est d’ailleurs en cours d’élargissement. Lundi, le ministère rapporte également de nombreux travaux en cours et en finition, tels que ceux sur la rue menant vers les locaux de l’Imatep et qui devraient se poursuivre jusqu’à La City. La réfection de la rue entre la Pharmacie Hanitra jusqu’à Ampasanimalo, en passant par la partie basse d’Ambanidia a également commencé.
L’Avenue de l’Indépendance, elle, est presque terminée. Après les chaussées, les travaux de ravalement de façade des immeubles sont déjà presque terminés aussi, avec la peinture en jaune poussin des bâtiments aux arcades.
L’instauration de droits de douane à hauteur de 47 % sur les produits en provenance de Madagascar vers les États-Unis ne constitue pas uniquement un handicap pour les entreprises exportatrices malgaches. Cette mesure devrait également avoir des répercussions sur les activités des partenaires économiques américains de Madagascar. Le ministre de l’Industrialisation et du commerce, David Ralambofiringa, répond aux questions de www.2424.mg sur cette problématique. Il fait le point sur l’entrée en vigueur de cette décision, tout en présentant les dispositions envisagées pour faire face à l’urgence. Entretien.
Qu’en est-il de l’entrée en vigueur de l’imposition de droits de douane à hauteur de 47 % sur les produits malgaches à destination des États-Unis ?
“Dans les faits, un taux de 10 % a été appliqué dès samedi dernier. Le taux de 47 %, quant à lui, devrait entrer en vigueur à compter du 9 avril, soit cette semaine. Durant cet intervalle, nous avons engagé des échanges avec l’administration américaine – notamment avec le Sénat, le Congrès, ainsi qu’avec l’USTR (United States Trade Representative), nos interlocuteurs privilégiés depuis l’administration Trump. L’objectif est de manifester notre volonté d’ouvrir un dialogue bilatéral avec les États-Unis, afin de leur exposer les atouts que Madagascar peut faire valoir dans le cadre de la mise en œuvre du principe de réciprocité qu’ils souhaitent instaurer. »
Madagascar est-elle la seule à subir les effets de cette décision ?
« La position adoptée par le gouvernement américain relève de sa politique intérieure, que nous respectons. Il nous revient de défendre la nôtre. Cependant, il est évident que cette mesure aura également des incidences sur les acteurs économiques américains. Des droits et des taxes à l’importation de 47 % impliquent inévitablement une hausse des prix sur le marché intérieur américain, phénomène déjà perceptible sur place, à en croire les premières réactions.
Parmi les leviers que nous envisageons d’actionner figure la mobilisation de nos clients installés aux États-Unis. Nous comptons sur eux pour relayer notre message, en soulignant que l’application effective de ce tarif douanier aura des conséquences sur l’emploi aux États-Unis eux-mêmes. En effet, beaucoup de produits exportés par Madagascar subissent des transformations supplémentaires sur le sol américain, ce qui contribue à la création d’emplois et à la disponibilité de produits à moindre coût aux Etats-Unis. La hausse même de 10 % sur les droits de douane a déjà pour effet de renchérir le coût de la vie aux États-Unis. »
Quelles sont les dispositions que vous envisagez face à l’urgence de la situation ?
« Nous avons pris l’initiative de solliciter une réunion entre l’ensemble du secteur privé et l’ambassadrice des États-Unis à Madagascar. Cette rencontre vise à favoriser un échange direct, permettant aux opérateurs économiques de poser leurs questions et de s’informer de manière transparente.
L’objectif est double : d’une part, assurer une circulation fluide de l’information ; d’autre part, élaborer une stratégie nationale concertée. Nous devons adopter une approche collective, unie et solidaire, sans chercher à désigner un quelconque responsable de la situation. L’urgence commande que nous identifiions ensemble des solutions durables afin de préserver les emplois menacés par l’éventuelle application de ces droits de douane, notamment dans les entreprises directement concernées par cette mesure pour lesquelles il faut trouver des solutions.
La réduction du déficit commercial, avancée comme justification dans le communiqué de l’ambassade des États-Unis, est-elle réaliste dans la pratique ?
Il est vrai que l’actuelle balance commerciale présente un déséquilibre, Madagascar exportant davantage vers les États-Unis qu’elle n’importe. Cela étant dit, cette situation pourrait évoluer avec la mise en œuvre de différentes stratégies, notamment dans le secteur minier – je pense en particulier au projet Base Toliara. De plus, les réformes économiques envisagées dans le cadre du deuxième pilier de la politique générale de l’État, axées sur la transformation économique et la transformation agricole, ouvriront de nouvelles perspectives de négociation avec les États-Unis. Néanmoins, la question de la compétitivité demeure centrale : il serait prématuré d’envisager une augmentation significative de nos importations en provenance des États-Unis sans une stratégie claire, partagée avec les opérateurs économiques malgaches. Les coûts liés à l’importation, notamment les frais de transport, varient fortement, que cela vienne des Etats-Unis ou d’ailleurs. Il est indispensable de procéder à une analyse approfondie. Dans la situation actuelle, nous ne pouvons pas dire du jour au lendemain que nous allons importer davantage.
Quelle est la position de Madagascar concernant le principe de « réciprocité » souhaité par les États-Unis ?
« Dans la perspective d’une réciprocité commerciale, il convient de s’interroger sur la réelle portée d’une baisse des droits et taxes à l’importation de produits en provenance des États-Unis : cette mesure permettrait-elle véritablement d’accroître le volume de nos importations ? Il faut rappeler que ce que nous importons essentiellement des États-Unis sont des équipements, des véhicules, des marchandises à très forte valeur ajoutée.
Une diminution des tarifs (par Madagascar) pourrait certes favoriser une hausse des volumes, mais son impact global resterait limité. Ce n’est pas l’instauration d’un tarif douanier à 0 % qui, à elle seule, inverserait la tendance. Il faut aussi prendre en compte la distance, les coûts logistiques…
Par ailleurs, nous devons veiller à rester en conformité avec nos engagements au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), notamment sur les règles régissant les membres de l’OMC. Nous devons être vigilants car l’octroi de tarifs préférentiels ne peut se faire à la légère, car cela impliquerait de les étendre à l’ensemble des membres de l’OMC. La prudence s’impose donc. »
Qu’en est-il de l’avenir de l’Agoa?
« L’AGOA est toujours en vigueur à ce jour. Il faudra attendre le mois de septembre pour connaître la décision relative à son éventuel renouvellement. Il est vrai que l’application des droits de 47 %, du Système généralisé de préférences (SGP), ainsi que du régime de l’AGOA se superposent en ce moment, et nous travaillons avec le Congrès américain afin de déterminer lequel prévaudra.
Pour l’heure, l’AGOA continue de s’appliquer tant qu’aucune décision de non-renouvellement n’a été prise. » Espérez-vous un renouvellement ?
« Nous ne saurions ignorer un mécanisme qui a largement contribué à notre développement. Les discussions sont toujours en cours, elles ne sont pas closes. Nos efforts portent à la fois sur la reconduction de l’Agoa, mais également sur l’ensemble des dispositifs douaniers qui nous concernent. »
Ne serait-il pas temps pour Madagascar de diversifier ses marchés afin d’éviter de telles tensions commerciales ?
« Vous avez raison, et c’est une démarche que nous avons déjà amorcée depuis un certain temps. Il est impératif de ne pas dépendre d’un seul marché ou d’un seul produit.
Cela dit, la priorité actuelle demeure la gestion de la crise immédiate. Dans les prochaines semaines, nos efforts se concentreront sur les mesures urgentes à mettre en place. Cela ne nous empêche nullement de poursuivre activement notre ouverture vers d’autres marchés. »
Antananarivo, 7 Avril, 12h10 – Voir les tensions comme une opportunité. Le bouleversement mondial actuel est une occasion pour Madagascar de mettre en avant et de valoriser son potentiel minier, d’après le ministre des Mines, Herindrainy Rakotomalala. “Il est temps de transformer le potentiel de ressources naturelles, notamment minières, en richesses qui profiteront à la population malgache”, écrit-il dans un communiqué publié dimanche soir.
Ce membre du gouvernement explique que les cadres permettant d’exploiter les ressources minières de Madagascar au profit de la Nation sont déjà là. Et ces dispositions visent à promouvoir la grande mine qui entre dans la Politique générale de l’Etat, explique-t-il.
Base Toliara figure les grandes exploitations minières que l’Etat a autorisé à opérer au pays. Et les autorités ont déjà veillé aux mesures autour des volets sanitaire et environnemental, avant d’octroyer cette autorisation, insiste-t-il pour dissiper les inquiétudes autour de ce projet.
L’administration minière appelle donc au soutien des communautés locales au projet Base Toliara. Le ministre des Mines, Herindrainy Rakotomalala, les invite à prêter main forte aux autorités pour la poursuite de ce projet, afin que le pays ainsi que la population puissent bénéficier des retombées de cette exploitation minière.
Par ailleurs, certains minerais critiques dont Madagascar dispose mais qui ne sont pas disponibles aux Etats-Unis figurent parmi les produits auxquels les nouveaux droits imposés par l’administration Trump pour les importations vers le marché américain ne s’appliqueront pas. 50 minéraux sont considérés comme étant essentiels à l’économie américaine et à la sécurité nationale, selon l’US Geological Survey. Beaucoup d’entre eux ne sont pas produits aux Etats-Unis qui sont ainsi obligés de les importer.
Antananarivo, 7 Avril, 8h50 – La résilience économique de Madagascar repose sur la poursuite des réformes, l’amélioration des infrastructures et la diversification des exportations, d’après Banque mondiale. C’est ce que soutient cette institution de Bretton Woods dans la dernière mise à jour du profil de la Grande île sur son site web, qu’elle a effectuée vendredi.
La Banque mondiale indique que si le déficit du compte courant s’était creusé à environ 5% du PIB, c’est en grande partie à cause de la baisse des exportations de produits phares de Madagascar. Elle cite entre autres la vanille, le clou de girofle, le cobalt et le nickel. Et bien que le déficit budgétaire se réduise progressivement et devrait atteindre environ 3,8% du PIB 2027, ce partenaire de Madagascar met la diversification des exportations parmi les éléments de base de la résilience économique du pays.
Dans un de ces rapports sur l’analyse de viabilité de la dette de Madagascar, le ministère de l’Economie et des finances (MEF) avait déjà avancé qu’il est primordial pour la Grande île de procéder à une diversification des produits exportés. Madagascar devrait également élargir le marché, en ciblant les pays émergents comme l’Inde et développer son potentiel industriel via la substitution de certains produits importés par des produits locaux
Pour l’heure Madagascar exporte principalement des produits miniers comme le cobalt, le nickel, le titane et les pierres précieuses. La Grande île expédie également à l’étranger des produits agricoles, dont la vanille, le café, le cacao, le girofle ou encore le poivre. La production de nickel et de cobalt du projet minier Ambatovy contribue à hauteur de 30% aux recettes d’exportation du pays. Ce projet est toutefois ralenti depuis le début de l’année 2024, comme indiqué par le rapport économique Yearbook Madagascar.
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