Les transferts d’argent des migrants vers l’Afrique ont fortement progressé au cours de la dernière décennie, atteignant environ 124 milliards de dollars en 2025, selon le rapport Sending Money Home du Fonds international de développement agricole (Fida). La hausse des envois a été nettement plus rapide que celle de la population migrante sur le continent, faisant des remises une source de financement de plus en plus importante pour les ménages africains.
La population de migrants africains a augmenté de près de 32% au cours de la période étudiée, pour atteindre près de 46 millions de personnes, tandis que les flux de transferts ont progressé de 86%. Plus de la moitié des Africains vivant à l’étranger résident par ailleurs sur le continent, faisant de l’Afrique la principale destination des transferts intra-africains.
Une grande partie des flux vers l’Egypte et le Nigeria
Les principaux pays bénéficiaires des transferts en Afrique restent l’Egypte et le Nigeria. L’Egypte a reçu environ 41,5 milliards de dollars en 2025, contre 18,6 milliards en 2016. Le Nigeria arrive ensuite avec 22,8 milliards de dollars, contre 19,7 milliards neuf ans plus tôt. Le Maroc complète le trio de tête avec 13,7 milliards de dollars, devant l’Ethiopie, avec 7,1 milliards, et le Kenya, avec 5 milliards. Ces cinq pays ont ainsi capté environ 90,1 milliards de dollars, soit près des trois quarts des transferts reçus par l’Afrique.
Cette concentration par volume contraste avec le poids des transferts dans l’économie de certains pays. En 2025, ils représentent notamment 22% du PIB en Gambie, 21% au Liberia, aux Comores et au Lesotho, et 12% au Cap-Vert.
Les transferts jouent également un rôle important dans les économies rurales. Le FIDA estime qu’environ 34% des flux africains, soit près de 42 milliards de dollars en 2025, bénéficient aux zones rurales. Ils contribuent notamment aux dépenses quotidiennes des ménages, à l’éducation, à la santé et à la gestion des difficultés économiques.
406 millions de dollars pour Madagascar
Madagascar figure parmi les pays africains où les transferts de la diaspora représentent une part non négligeable de l’économie. Le pays a reçu environ 406 millions de dollars en 2025, selon les données du rapport. Ces transferts équivalent à 10% des exportations et à environ 2% du PIB. Leur montant a progressé de 36% par rapport à la période de référence retenue dans le rapport. Le coût moyen d’un transfert vers Madagascar est estimé à 5,3% du montant envoyé.
Le pays reste toutefois loin des économies africaines les plus dépendantes des remises. En Afrique de l’Est, l’Ethiopie reçoit environ 7,1 milliards de dollars, soit 43% de ses exportations, tandis que le Kenya en reçoit 5 milliards, équivalant à 23% de ses exportations.
Le coût moyen d’un transfert de 200 dollars vers l’Afrique est passé de 9% au troisième trimestre 2016 à 7,2% au troisième trimestre 2025, selon le FIDA. Cette baisse reste toutefois insuffisante au regard de l’objectif international de 3%.
Coûts élevés des transferts
Les écarts sont importants entre les sous-régions. L’Afrique de l’Ouest affiche le coût moyen le plus faible, à 4,9%, contre 7,2% en Afrique de l’Est, 7,3% en Afrique du Nord, 9,7% en Afrique centrale et 10,4% en Afrique australe.
L’Afrique de l’Ouest est aussi la seule sous-région où le coût moyen est inférieur à 5%. Le rapport attribue notamment cette situation à l’utilisation du franc CFA, aux corridors de transferts concernés et au développement des services numériques.
La progression des services financiers mobiles a contribué à faciliter les transferts. Le rapport souligne notamment le rôle important du mobile money en Afrique, avec le développement de réseaux permettant d’envoyer et de recevoir de l’argent en dehors des circuits bancaires traditionnels.
Transferts vs investissements
Au-delà de leur rôle dans la consommation des ménages, les transferts peuvent davantage contribuer à l’investissement et à l’activité économique lorsque leurs bénéficiaires disposent de services financiers adaptés, notamment d’un compte bancaire et d’un historique financier.
Le FIDA souligne également le potentiel d’investissement des diasporas. Celles-ci disposent d’environ 500 milliards de dollars d’épargne annuelle à l’échelle mondiale, mais les possibilités d’investir dans les pays d’origine restent limitées. Des mécanismes plus transparents pourraient permettre de mobiliser une partie de cette épargne vers des projets productifs.
Le rapport rappelle toutefois que les transferts sont des ressources privées destinées en premier lieu aux familles. Ils ne peuvent donc se substituer à l’investissement public, à la protection sociale, à l’aide humanitaire ou aux financements destinés à l’action climatique.











