Près de neuf mois après la finale de Rabat, le Tribunal arbitral du sport examine jeudi à huis clos le recours du Sénégal, privé de son titre sur tapis vert. Sa décision dira si un match se gagne sur la pelouse ou devant les juges.
Depuis 9h30 à Lausanne, la juridiction suprême du sport se penche sur un litige inédit : aucune sélection n’avait jamais perdu de cette manière un titre conquis sur le terrain. L’audience se tient à huis clos, à la demande des parties, et la date de la décision reste inconnue.
Deux logiques face à face
Le 18 janvier, le Sénégal avait battu le Maroc (1-0) après prolongation. Mais la finale avait basculé dans le chaos : contestant un penalty accordé aux Marocains dans le temps additionnel, finalement manqué par Brahim Diaz, une grande partie des Sénégalais avaient quitté la pelouse, avant d’y revenir un quart d’heure plus tard.
Saisi par la fédération marocaine, le jury d’appel de la CAF a prononcé le 17 mars la défaite par forfait du Sénégal (3-0). Il s’est appuyé sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, qui interdisent de quitter le terrain avant la fin réglementaire sans l’autorisation de l’arbitre.
La Loi du jeu en embuscade
Pour Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l’Université de Lausanne, cette lecture est « extrêmement stricte ». Elle ignore selon lui un fait central : l’arbitre de la finale, le Congolais Jean-Jacques Ndala, a laissé le match reprendre après le retour des Sénégalais.
Or la Loi du jeu n°5.2, qui s’impose à tous les acteurs du football, dispose que les décisions de l’arbitre sur des faits liés au jeu sont définitives, « y compris la validation d’un but et le résultat du match ». L’IFAB ajoute que l’arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu, même s’il réalise qu’elle est incorrecte. Le TAS a consacré cette logique de longue date avec la « doctrine du terrain de jeu » : sauf preuve de corruption ou de mauvaise foi, les décisions sportives de l’arbitre ne se contestent pas.
« Le résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters », résume Thibault Ulrich.
Un contexte de défiance
Le dossier dépasse la seule règle de droit. Le 18 mars, le gouvernement sénégalais a réclamé une enquête internationale « pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes » de la CAF, qui a répondu en louant l’« indépendance » de ses instances disciplinaires. La fédération sénégalaise a, elle, dénoncé « le braquage administratif le plus grossier de l’histoire de notre sport » et présenté le trophée à ses supporters de la diaspora fin mars au Stade de France.
La CAF a par ailleurs limogé, sans en donner la raison, le juriste djiboutien Yassin Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l’intégrité de ses procédures, quinze jours avant la décision d’appel. Thibault Ulrich invite à « lire l’affaire dans un cadre plus large » : selon lui, la levée sans motif de la suspension de l’Américain Folarin Balogun en plein Mondial-2026 a nourri les soupçons de « décisions politiques » des instances disciplinaires.
Une décision « dans les plus brefs délais »
Matthieu Reeb, directeur général du TAS, a reconnu devant la presse que l’attente des supporters, sénégalais, marocains et africains, « est très longue ». Il vise une décision motivée rapidement, tout en prévenant que cela « devrait durer quand même quelques jours, voire quelques semaines ».
Avec AFP











