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  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Araignée maçonne, araignée tisserande

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Araignée maçonne, araignée tisserande

    À peine éclose, et déjà tisserande douée. Je veux bien qu’elle soit programmée pour ça, mais pourquoi lui dénier tout mérite simplement parce que ça lui est inné ? Quand, comme moi, on est manchot de ses dix doigts, cette figure parfaitement géométrique, qui semble tenir à rien, et qu’on dit pourtant pouvoir résister à une forte tempête, est proprement fascinante.

    Elle avait profité de la nuit pour tisser une belle toile sur le séchoir mural qui d’ailleurs, une fois déployé, imite le dessin de ses rets. «Araignée du matin : chagrin» : c’est Milou qui marmonne ainsi dès la première page de «Tintin au Congo». C’est vrai qu’elle n’a pas bonne réputation, l’araignée, différente au possible de nous autres humains. Mais, je ne voulais tuer personne, aussi, avec de grandes précautions je l’ai déplacée.

    Mais, en nous évitant de petits drames de voisinage, je n’avais pas fait attention à une toile déjà existante. Ma «protégée», après un bon moment d’observation, chassa la propriétaire et s’appropria purement et simplement les lieux. La primo-possédante, de taille plus petite, devint sans domicile. Elle se remit aussitôt à l’œuvre : un centimètre par minute…

    Alors, certes, il est plus souvent question d’arachnophobie que d’arachnophilie. Une charmante famille de bestioles aussi engageantes que les scorpions, les acariens ou les araignées. Il faut avoir, étant gosse, écrasé le ventre d’une maman-araignée enceinte et voir s’en échapper une multitude d’araignées minuscules, mais déjà parfaitement formées et diablement rapides, pour ressentir un malaise animal : comme les bébés-araignées détalent dans tous les sens, certaines semblent vouloir prendre d’assaut la semelle qui a tué leur mère. À ce moment précis, j’aurais voulu être le Spiderman de Stan Lee et Steve Ditko : projeter la toile, se balancer au bout en Tarzan et coller au mur le plus loin et le plus haut grâce aux super-pouvoirs des tarses-ventouse.

    Arachnophile, le Jésuite Paul Camboué (1849-1929) l’était. Arrivé à Madagascar en 1882, il y vivra 47 ans. Dans la région d’Arivonimamo, il put observer l’apprivoisement de la borocera madagascariensis qui se nourrit de feuilles de tapia ou d’amberivatry, produisant le «landibe» ou soie sauvage. Paul Camboué tenta l’expérience des aranéides séricigènes : il s’agissait de notre halabe, «araignée géante» dite «Néphile dorée» (nephila madagascariensis). Dans sa recherche du fil le plus long, le Révérend Père constata que les araignées supportent cinq à six dévidages de leur abdomen par mois, avant de mourir, donnant quatre mille mètres de fil contre mille deux cent mètres pour le bombyx sérigène.

    Plus solide que l’acier, aussi souple que le caoutchouc, la toile d’araignée permet des applications multiples : cordes de violon, vêtements plus résistants que le Kévlar, composants électroniques biodégradables, implants cardiaques minituarisés. Cent trente ans après les essais de Paul Camboué, la startup allemande AMSilk, spécialisée dans la biotechnologie, a transformé des bactéries avec un ADN de soie d’araignée pour obtenir un fil de synthèse trois fois plus extensible qu’une toile d’araignée naturelle : Adidas serait intéressé. De son côté, la marque de vêtements The North Face a développé une parka de soie artificielle d’araignée avec une autre start-up, japonaise, Spiber. Les hommes veulent de l’araignée sans l’araignée.

    Cette Chronique porte son nom, «Antranonkala», la toile d’araignée. Arachnéen, un adjectif finalement premium : fil délicat, dentelle fine, soie éthérée. Chef d’œuvre de la nature. Je voulais rendre un petit hommage à cette petite bête pas toujours bienvenue.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mauvais débats

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mauvais débats

    Ce 29 mai 2019, la question des îles malgaches devenait une affaire présidentielle. À l’issue de leur rencontre, les présidents français et malgache tinrent une conférence de presse commune dont le contenu mérite d’être rappelé.

    Le président malgache a ainsi, et pour la première fois, formulé publiquement et dans un face-à-face qui ne fut pas un tête-à-tête, une demande qui a toujours été exprimée dans la discrétion d’un tour de table (révision des accords de coopération en juin 1973), par le silence très officiel d’un télégramme diplomatique (du Ministre des Affaires étrangères au Secrétaire général des Nations Unies, février 1976), via la procédure désincarnée à l’Assemblée Générale de l’ONU (résolution 34/91 du 12 décembre 1979 nommant les îles malgaches), ou dans les apartés plus ou moins officiels entre techniciens et hauts fonctionnaires.

    Andry Rajoelina a parlé à son homologue français, et tous les Malgaches en furent témoins : «Pour le peuple malagasy, l’appartenance des îles éparses est une question d’identité nationale. En mon personnel et au nom des 25 millions de Malagasy, je demande solennellement et officiellement de trouver une solution pour la gestion ou la restitution des îles éparses à Madagascar».

    De son côté, le président français a reconnu que sur ce sujet («des îles éparses»), «on a eu une discussion très franche et très directe : ma volonté est que nous ayons de manière partenariale, un vrai dialogue et un travail politique pour aboutir à une solution commune (…) Un sujet qui méritait mieux que les recours juridictionnels, les contentieux et les mauvais débats».

    Emmanuel Macron a ensuite annoncé une date, le 26 juin 2020, commémoration du retour de l’indépendance de Madagascar, pour l’aboutissement de ce «travail conjoint (vers des) perspectives communes de développement». Là, aussi, tout le monde a entendu.

    Au-delà des «halako bika tsy tiako tarehy», si on a envie que la question des îles malgaches (terminologie onusienne que fait sienne Madagascar) devienne véritablement une question d’identité nationale, il faut considérer cet échange entre les deux présidents de la République comme la meilleure «base légale» possible. La virulence de certains propos comme l’extrémisme de certaines postures sans oublier le manichéisme de certaines subjectivités, nourrissent de «mauvais débats». En matière d’opinion publique, on peut craindre que tout ce qui est excessif ne devienne pas toujours insignifiant.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Nommer un pays, c’est écrire son histoire

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Nommer un pays, c’est écrire son histoire

    En 1891, devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Grandidier de l’Académie des Sciences lisait une note qu’on peut résumer en cinq points : 1.Madagascar n’est pas le nom sous lequel les habitants désignaient leur île ; 2.Marco Polo, racontant son voyage en Asie de l’année 1290, désigna sous le nom de Madagascar une région sur la côte orientale africaine ; 3.Martin Behaim mit, au Nord de Zanzibar, sur son globe de 1492, une île sous le nom de Madagascar ; 4.le Portugais Diogo Diaz «découvrit» la Grande île le 10 août 1500 et la marqua sous le nom de «Sao Lourenço» ; 5.Oronce Finé fondit en une seule île le Saint-Laurent des Portugais et le Madagascar imaginaire de Behaim. On était en 1531.

    Ceux qui écrivent l’histoire et dessinent les cartes, font l’histoire. Un récit légendaire ici, une approximation là, le mythe des «grandes découvertes» partout : et c’est un malentendu originel qui finit par désigner leur île à l’insu de ses habitants et donner à ceux-ci, sans qu’ils le sachent d’abord, un nom finalement d’emprunt : Madagas (Waldseemüller, 1516), Madagaskarsche (Frederick Van Houtman, 1595), Malégass (J.R. Forster, 1772)…

    Buki en swahili, Komr pour les Arabes, Wak-Wak (de l’Ouest) chez Ibn al-Faquih écrivant au 10ème siècle, Kouen-louen (de l’Ouest) dans des textes chinois : l’archipel des Foko peuplant l’île ne faisaient pas encore nation et chaque ethnie n’avait baptisé que la région de son établissement. Il y avait des Merina, des Betsileo, des Sihanaka, des Antemoro, des Sakalava, des Antankarana, des Antandroy, des Antanosy, des Betsimisaraka, des Tanala, des Antesaka, des Mahafaly, des Tsimihety, des Bara, des Vezo, des Antefasy, des Bezanozano, des Antambahoaka, mais pas de Malgaches unis. Antanandro, Antandrano, Ampatrana, Anala, Antsiraka : mais toujours pas de Malgaches. Dix-huit ? La première carte ethnique, établie par Alfred Grandidier et publiée en 1908, en dénombrait vingt-cinq…

    Qui dénombre, qui détaille, qui classifie, qui catégorise, qui nomme. Plusieurs toponymes de la Grande île et ses dépendances sont clairement portugais : Joao de Noua, capitaine du navire «Flor de la mar», laissa son nom à l’île Juan de Nova (janvier 1506) ; la déformation de la graphie d’Antonio Gonçalves donna le nom de la baie d’Antongil (février 1506) ; la baie de Diégo-Suarez porte le nom de Diogo Soares qui y fut envoyé en 1543. Signalons le tracé de la «Ilha de Sam Lourenço» (Madagascar), «extraordinairement exact pour son époque», qui est l’œuvre de Francisco Rodrigues (1513-1515).

    Pour la petite histoire, longtemps, les géographes s’étaient demandés si Juan de Nova n’était pas Nosy-Vao, que fréquentaient les pêcheurs sakalava, mais que l’histoire retiendra comme ayant été «découverte» par le grand Alfonso Albuquerque (1453-1515), futur vice-roi des Indes.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Une allégation pour la peine de mort

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Une allégation pour la peine de mort

    6 décembre 2019, une dépêche de l’AFP annonçant l’exécution par la police indienne de quatre violeurs fait le tour des rédactions. Les violeurs avaient été arrêtés la semaine dernière après le viol collectif d’une vétérinaire de 27 ans qu’ils avaient enlevée, après avoir crevé un pneu de son scooter. Leur forfait accompli, ils l’avaient tuée et brûlé son corps. La foule en colère avait failli les lyncher dans le commissariat où les violeurs étaient détenus : une parlementaire aurait justement voulu les voir «lynchés en public» ; un autre parlementaire avait réclamé leur castration ; la sœur de la victime a fait part de sa joie. À l’annonce de leur exécution sommaire par la police, une partie de la population de Hyderabad a publiquement applaudi à cette justice faite.

    Le 16 décembre 2012, à bord d’un bus de New Dehli, une étudiante de 26 ans était violée par six individus qui l’achevèrent en l’empalant avec une barre de fer. Le 29 décembre, Jyoti Singh, mourra d’une hémorragie interne dans un hôpital de Singapour, où le Gouvernement indien l’avait envoyée pour soins. Sur les six accusés, quatre sont condamnés à mort. Un, mineur au moment des faits, est condamné à trois ans de prison. Le chauffeur du bus se suicide dans sa cellule avant le procès.

    Il était 21 h 30 dans cette métropole moderne, et qu’on pensait civilisée, de New Dehli. Jyoti Singh rentrait chez elle après avoir été au cinéma. Elle travaillait dans un call-center d’IBM pour financer ses études de physiothérapie. L’opinion publique indienne s’était émue de son cas et de vives protestations s’ensuivirent que la police avait brutalement réprimées.

    Le 3 décembre 2017, le journal anglais The Guardian demandait : «Cinq ans après le viol collectif et l’assassinat de Jyoti Singh, qu’est-ce qui a changé pour les femmes en Inde» : 33.000 viols étaient encore recensés en 2017. Les parents de Jyoti Singh ne comprenaient pas, que cinq ans après leur condamnation à mort, et sept mois après la confirmation de la peine capitale par la Cour suprême, les agresseurs de leur fille n’avaient toujours pas été exécutés.

    POST-SCRIPTUM : Le 10 décembre, la photographe espagnole, Sofia Moro, exposera au Cercle Germano-Malagasy/Goethe Institut et un débat s’ensuivra sur le thème de «Who deserves to die : an allegation against the death penalty». Qui mérite de mourir et qui mérite la peine de mort ? Les violeurs de Jyoti Singh et les violeurs des 33.000 victimes indiennes. Pour ne citer qu’elles. Les droits de l’homme et de la femme, constamment convoqués au chevet des assassins, des violeurs et des kidnappeurs, sont faits également pour les gens normaux qui ne pensent ni à assassiner ni à violer ni à kidnapper.

     

     

     

     

     

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le foot, c’est du sérieux.

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Le foot, c’est du sérieux.

    Le site de France-Football, le journal qui a inventé le Ballon d’Or, renseigne qu’ils étaient 176 jurés pour désigner le Ballon d’Or 2019.

    Ceux qui prétendent que le Sénégalais Sadio Mané (Liverpool) n’a pas reçu le Ballon d’Or parce qu’il est Africain, découvriront que les journalistes africains ont voté Messi devant Sané. Plutôt que de penser à un vote raciste ou souhaiter un quota de discrimination positive qui ne stigmatise que ceux qui en ont besoin, pourquoi ne pas accepter que les journalistes africains savent (désormais*) voter simplement pour les meilleurs : 1.Messi (Argentine, 187 points), 2.Sané (Sénégal, 170), 3.van Dijk (Pays-Bas, 154), 4.Ronaldo (Portugal, 111), 5.Salah (Égypte, 68).

    *Désormais, parce que, de mémoire, un journaliste malgache avait eu l’idée saugrenue de glisser le nom d’un compatriote parmi les meilleurs joueurs du monde. Allons, un peu de sérieux. Quoique : le journaliste sénégalais avait quelques raisons objectives de penser que son «pays» méritait le Ballon d’Or 2019…tout comme le journaliste argentin qui a voté Messi…ou le panéliste portugais qui a voté pour Ronaldo… Au moins, ces trois joueurs évoluent-ils chez la Confédération la mieux organisée (UEFA), dans trois des quatre meilleurs championnats du monde (Angleterre, Espagne, Italie) et au sein de trois clubs historiques (Liverpool, Barcelone, Juventus) régulièrement sociétaires de la (vraie) Ligue des Champions, la compétition inter-clubs la plus relevée au monde.

    Cette année, un trophée Lev Yachine, du nom du seul gardien de buts à avoir remporté le Ballon d’Or en 1963, a été inventé pour «consoler» les goalkeepers dont les multiples parades ne seront jamais aussi spectaculaires qu’un improbable retourné acrobatique dès 40 mètres à la Zlatan Ibrahimovic ou un somptueux coup-franc dans la lucarne de Lionel Messi. Le gardien brésilien Alisson Becker (7ème au général) en fut le premier lauréat et, n’était-ce le handicap de son poste particulier, il devance ses coéquipiers van Dijk (2ème), Sané (4ème), Salah (5ème), au niveau palmarès 2019 avec la Ligue des Champions et la Copa America.

    Entre 2010 et 2015, le jury avait été étendu aux membres de la Commission de football de la FIFA ainsi qu’aux sélectionneurs des 208 pays membres de la Fédération internationale. Depuis, France-Football a repris la propriété du Ballon d’Or et restauré le vote du seul panel de journalistes. L’an dernier, le trophée Kopa est venu récompenser le meilleur joueur de moins de 21 ans : en hommage à Raymond Kopa, Ballon d’Or 1958, ce prix est décerné par un jury composé des anciens Ballon d’Or. Des gens censés bien connaître le football.

    Coïncidence ou compétence ? Les jurés des Seychelles et de Nouvelle-Zélande, deux pays qui ne brillent pas particulièrement pour leur football, sont les deux seuls à avoir placé le top 5 du Ballon d’Or dans l’ordre : 1. Lionel Messi (Argentine, Barcelone), 2. Virgil van Dijk (Pays-Bas, Liverpool), 3. Cristiano Ronaldo (Portugal, Juventus Turin), 4. Sadio Mané (Sénégal, Liverpool), 5. Mohamed Salah (Égypte, Liverpool).

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Tout-plastique

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Tout-plastique

    Saluons l’initiative «Kopakelatra». Les mots «écoresponsabilité» et «préservation de l’environnement» faisaient partie du «discours» courant. Il manquait un autre mot, exemplarité, à l’œuvre.

    Les anciennes brasseries, désormais STAR tout court, ont pris l’initiative de la collecte des bouteilles plastiques vides auprès de 24 points, en supermarchés (Jumbo Score, Supermaki, Leader Price, Shoprite, Shop Liantsoa) et stations-service (la liste sur kopakelatra.star.mg).

    La démarche est vertueuse rien que par le peu d’éducation qu’elle induit : être sensibilisé au problème, en prendre conscience, faire l’effort en conséquence. Nous avons tous déjà vu ces bouteilles en plastique que charrient les égouts à ciel ouvert : leur voyage dans les eaux huileuses et glauques d’Andriantany est une pollution absolue qui n’a rien de la poésie d’une bouteille à la mer; un mot confié au courant ou aux vagues et qui s’en va rencontrer le hasard. Certaines bouteilles ont été trouvées au bout de 50 ans d’errance. D’autres après avoir parcouru la moitié de la Terre, en l’occurrence les océans. Et un petite détail qui fait la grande différence de sympathie : ce sont des bouteilles en verre.

    Le degré de dégradation associé au temps de dégradation serait plus favorable à une bouteille de bière, qui peut certes encombrer le paysage jusqu’à 4000 ans mais se décomposer en portant moins préjudice à la nature grâce aux matières premières «naturelles» (sable et calcaire) qui sont les ingrédients du verre ; en revanche, la bouteille d’eau minérale en plastique, très majoritairement à base de pétrole, se dégrade dix fois plus rapidement mais laisse une empreinte moins naturelle.

    Pour acquérir une bonne conscience écolo, on pourra toujours énumérer les produits en plastique, qu’on se promet d’éviter, mais dont on se passe cependant difficilement au quotidien, et dès le réveil : rasoir jetable qui n’a de métallique que ses lames multiples, tube de dentifrice, gel douche, shampooing, boîte de coton-tiges, capuchon de déodorant. Ma fiole de Noni, mon sachet de sésame noir, mon gingembre en poudre conditionné en multiples sachets de 7500 mg… Le tout-plastique conspire à nuire à la nature.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Lionel Messi Ballon d’Or absolu

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Lionel Messi Ballon d’Or absolu

    Lionel Messi, Ballon d’Or pour la sixième fois (2009, 2010, 2011, 2012, 2015, 2019) : il n’y a là aucun scandale à sacrer définitivement le meilleur joueur de sa génération et l’un des trois meilleurs footballeurs de tous les temps.

    Sa conduite de balle est d’une rare élégance, ses dribbles étourdissants, sa précision chirurgicale, son ratio de buts phénoménal, son impact sur le jeu exceptionnel. Buteur prolifique, passeur décisif. Gaucher de génie, ambidextre à l’occasion, Lionel Messi sait également marquer de la tête du haut de son mètre soixante-huit.

    Que Lionel Messi n’ait pas gagné la Ligue des Champions en devient presque accessoire. On ne peut décemment pas laisser le génie à son apogée être devancé par des joueurs, certainement excellents footballeurs mais guère plus.

    Sud-Américain, Africain, Arabe, Asiatique, voire Européen, c’est le meilleur joueur évoluant en Europe que le Ballon d’Or récompense. Premier League anglaise, Liga espagnole, Calcio italien, Bundesliga allemand attirent les meilleurs joueurs venus des quatre coins du monde avec l’espoir de se distinguer dans la compétition phare : la Ligue des Champions de l’UEFA (Confédération européenne de football). Que Lionel Messi surpasse régulièrement, depuis dix ans, cet aréopage n’est pas le moindre de ses exploits.

    Post-scriptum : Oliver Kahn, qui a gagné aux tirs aux buts la Ligue des Champions 2001, mais seulement troisième du Ballon d’Or décerné à un Michael Owen feu de paille du foot anglais ; Gianluigi Buffon, magistral en finale de la Coupe du Monde 2006, mais seulement deuxième du Ballon d’Or derrière Fabio Cannavaro ; Manuel Neuer, champion du monde 2014, mais seulement troisième du Ballon d’Or derrière Cristiano Ronaldo et Lionel Messi : les gardiens de buts peuvent parler d’injustice quand un seul but (parfois) de raccroc fait oublier dix arrêts de classe mondiale. Cette année 2019, on leur a créé un trophée à part qui porte le nom du seul goalkeeper gagnant du Ballon d’Or en 1963, Lev Yachine : et c’est Alisson Becker qui en est le premier récipiendaire. Vainqueur de la Copa America avec le Brésil, vainqueur de la Ligue des Champions avec Liverpool, il était finalement le joueur d’Anfield le plus titré en 2019.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Des élections 3.0 du Troisième Millénaire

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Des élections 3.0 du Troisième Millénaire

    En décembre 2001, c’était déjà le problème. Novembre 2019, c’est encore le problème. En 2050, les élections poseront le même problème tant que les divers financements ne seront pas dédiés au tout-informatique, au tout-numérique, au tout-biométrique. Au tout 3.0 du Troisième Millénaire.

    Écrit, redit, répété, ici et ailleurs, tant et tant de fois, à propos de l’organisation des élections : une liste électorale indigne du 21ème siècle, avec des oubliés et des doublons. De vrais électeurs devenus fantômes. De bel et bien morts, ressuscités. Chaque fois, et à tour de rôle, mais uniquement quand ils se retrouvent dans l’opposition, les acteurs politiques hurlent au scandale tout en oubliant consciencieusement de remédier aux anomalies une fois au pouvoir : le recensement général de la population, la tenue de l’état-civil et l’établissement de la liste électorale à informatiser. La carte électorale et la carte d’identité nationale à biométriser. Le vote à électroniser avec proclamation immédiate des résultats dès la fin du scrutin.

    Il y a vingt ans, quand le numérique et le biométrique pouvaient encore relever de la science-fiction, le Ministère de l’Intérieur, au sein de sa célèbre «Coupole», avait déjà réussi à publier les résultats complets des municipaux tananariviens la nuit même du scrutin. Vingt ans plus tard, qu’on suppose d’avancée technologique plutôt que recul vers la préhistoire des élections, c’est une aberration que les résultats du millier de bureaux de vote de la Capitale ne soient pas, immédiatement et intégralement, disponibles.

    Ce délai, incompréhensible, devient dangereux quand il laisse place aux rumeurs et ouvre la voie aux suspicions. Des résultats partiels abondamment relayés peuvent induire en erreur l’opinion publique. La passion, soigneusement exacerbée, autour desdits résultats partiels peut dégénérer.

    Parmi toutes les anomalies, il y a l’anomalie en chef : la CENI (commission électorale) elle-même qui, en plusieurs scrutins successifs depuis sa création en 2012, n’a jamais donné satisfaction. La CENI, c’est du copier-coller qui voit tous les pays francophones se doter de la même institution. Paresse intellectuelle ou conditionnalités des bailleurs de fonds ? Comme on nous avait imposé le phénomène PAS (programme d’ajustement structurel), il y eut la série «conférence nationale», la nouvelle série «commission de réconciliation», et maintenant la série CENI. Autant d’acronymes ou de fausses institutions budgétivores et sans réelle utilité.

    La souveraineté nationale, ce sont des institutions d’invention locale sans copier-coller d’importation. La souveraineté nationale, ce sont des élections que ne financent pas les dons étrangers. La souveraineté nationale, ce sont des élections que ne supervisent pas des observateurs internationaux, lesquels d’ailleurs n’ont jamais trouvé à redire à des «élections globalement libres, justes et transparentes». La souveraineté nationale, c’est une bête cohérence à trouver.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE  : L’abstention est déjà le message

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE  : L’abstention est déjà le message

    Rien de ce qui est abstention ne m’est étranger. Je viens de l’abstention.

    Pas plus tard que le 3 juillet 2019, dans une Chronique à L’Express de Madagascar («Boycott citoyen»), j’avais envisagé «la situation extrême d’un candidat unique à un scrutin snobé par neuf autres électeurs : taux de participation 10% ; suffrage exprimé 10% des inscrits mais 100% des votants ; et plébiscite 100% par l’addition à elle-même d’une voix unique. Comment décemment accepter que ce candidat unique, doublé d’un électeur solitaire, puisse représenter les neuf autres ?»

    Je suis absolument opposé à toute forme de vote obligatoire. Le choix démocratique commence bien avant le bureau de vote. Avoir le choix, c’est déjà décider d’y aller ou refuser de s’y rendre. Les suffrages exprimés devraient englober les suffrages non exprimés, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

    Pourquoi l’administration fiscale sait envoyer des mails au contribuable alors que l’administration électorale néglige de contacter les citoyens ? Si la participation ne vient pas à elle, c’est à l’administration d’aller à l’abstention. Les nombreuses et successives défaillances dans l’organisation des élections (état-civil, recensement, liste électorale) auraient dû être corrigées depuis au moins quinze ans : un ID d’état-civil unique et définitif associé à chaque Malgache, dès sa naissance et jusqu’à sa mort ; une liste électorale en mise à jour permanente qui radierait automatiquement les ID désactivés ; un vote électronique qui évite la querelle moyenâgeuse des CIN (carte d’identité nationale) plus ou moins authentiques et la pratique préhistorique de l’encre honteuse et indélébile.

    Le vote est un droit, il n’est pas obligation. L’obligation, c’est au système et à ses acteurs de retrouver la crédibilité. Une crédibilité suffisante pour «faire bouger les lignes». Une crédibilité qui ne se décrète pas, qui ne se convoque pas, qui ne s’obligatoirise pas. Une crédibilité qui se construit, qui se prouve.

  • VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mahamasina résume Antananarivo

    VANF ANTRANONKALA-ONLINE : Mahamasina résume Antananarivo

    Mahamasina, mardi 26 novembre 2019, 17 heures. À quatorze heures de l’ouverture des bureaux de vote, pour l’élection du futur Maire, il n’y a clairement plus de pilote dans l’avion, plus de commandant de bord aux commandes du navire Antananarivo à la dérive.

    Les automobilistes ont pris le pouvoir en court-circuitant massivement le sens interdit qui part de l’entrée du Stade municipal jusqu’à la hauteur de la Pharmacie de Mahamasina. Il faut dire que, débordés de partout, ce sont les agents de la circulation eux-mêmes qui ont instauré, et pour ainsi dire officialisé de facto, ce court-circuit.

    Chaque jour ordinaire d’embouteillages, quatre agents n’arrivent pas canaliser le flot de l’heure de pointe. Les voitures roulent déjà au pas depuis Anosy ou Amparibe. Les marquages au sol deviennent inutiles. Sur un demi-mètre, on accélère d’énervement et on freine de courroux.

    Au pied de l’École de Médecine, sous le regard impassible de la statue du Docteur Antoine-Maurice Fontoynont, il serait intéressant de mesurer le stress quotidien de milliers d’automobilistes et ses conséquences néfastes sur leur santé, leur moral, leur sociabilité. Personne au volant ne peut se permettre un bref répit et se détendre à songer à la carrière malgache de ce médecin vazaha : arrivé à Madagascar à l’époque du général Gallieni, qui lui confia la direction de l’École de Médecine (créée en décembre 1896) ainsi que la présidence de l’Académie malgache (fondée en janvier 1902), Fontoynont décède à Antananarivo en 1948, à l’âge de 79 ans et repose au cimetière d’Anjanahary.

    Retour à la réalité : depuis le Fort-Voyron d’Ambohijanahary, les voitures descendent au ralenti et au forceps par une rue étroite encombrée par des voitures en stationnement. La circulation arrive presque miraculeusement au niveau de l’hôpital Befelatanana pour se retrouver définitivement coincée par quatre files de front qui se poussent dans un goulet d’étranglement à voie unique, le reste de la chaussée étant envahi par les fruits et légumes vendus à même le sol.

    Sur une centaine de mètres, tout y est : inflation du parc automobile, insuffisance de la voirie, transhumance vers la banlieue-dortoir, indiscipline des automobilistes, sans-gêne des marchands de rue. Instantané d’une ville qui prend l’eau : écoper dans les mentalités, colmater la déperdition des investissements, fermer les écoutilles au flot de l’anarchie.