Au milieu du désert, un puits crache du pétrole depuis près de trois semaines. Les images diffusées lundi soir au journal de la télévision nationale montrent le brut jaillir avec force, pendant qu’une marée noire ruisselle sur plusieurs centaines de mètres. Le ministère nigérien du Pétrole a lui-même qualifié la situation d’« incident environnemental d’une gravité exceptionnelle ».
L’éruption s’est produite sur le puits de Goumeri W8, dans le bloc pétrolier d’Agadem, à environ 1 700 kilomètres de Niamey. Le site est exploité par CNPC Niger Petroleum S.A, filiale locale du géant chinois China National Petroleum Corporation. Il s’agit du premier incident de ce type au Niger. Il n’a fait aucun mort, mais deux employés blessés ont été hospitalisés.
Plus de deux semaines après le début de l’éruption, les autorités reconnaissent ne pas avoir repris le contrôle. « Au 12 octobre, la situation est partiellement contenue, mais pas totalement maîtrisée », indique le ministère. La plateforme, partagée avec les puits Goumeri W3 et W4, est « fortement dégradée », et l’intégrité de ces deux puits voisins est compromise.
Les causes de l’incident ne sont pas encore totalement établies, mais le gouvernement écarte la piste criminelle ou terroriste. Des mesures conservatoires ont été lancées pour prévenir tout incendie, limiter les dégâts environnementaux et sécuriser les puits voisins. Une enquête indépendante sur les causes et les responsabilités a aussi été ouverte, avec le concours de l’expertise algérienne.
La société civile s’inquiétait déjà avant le communiqué officiel. La semaine dernière, le Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger (GREN) alertait sur les « risques potentiels » de ces fuites géantes pour les troupeaux, les pâturages, les sols et les ressources en eau. Dans une région aride où l’élevage et l’accès à l’eau sont vitaux, la crainte d’une pollution durable est bien réelle.
Le Niger produit du pétrole depuis 2011. Le pays raffine aujourd’hui 20 000 barils par jour et extrait 90 000 barils de brut dans l’Agadem. Ce secteur stratégique est déjà fragilisé : un groupe armé hostile au régime militaire y mène des attaques sporadiques contre l’oléoduc de 2 000 kilomètres qui achemine le brut nigérien vers le Bénin voisin.
Avec AFP

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